Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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On entend bien, au plus fort de la question, les sorciers pousser des gémissements ou même des cris, mais c’est un fait avéré qu’o» ne leur voit pas verser une larme, quelques efforts qu ils fassent dans ce but. 11 y a plus ; le magistrat est si pleinement édifié sur le ■compte d’une telle impuissance à manifester un phé¬ nomène qui est la conséquence normale, immédiate et première de l'a douleur physique, qu’il en tire un grave indice à la charge de l’accusé. C’est le cas, pense-t-il, d’ordonner de nouvelles perquisitions. Sitôt le dia¬ gramme découvert et brûlé, les grognements à sec et

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sans confossion sg métamorphosent en hurlements entrecoupés d'aveux — et les larmes de couler avec abondance.

Toutes les relations authentiques sont d’accord sur ce point. Quant aux conclusions à tirer de là, nous avons foi dans la sagacité du lecteur, qui n’ignore ni les miracles de l’autosuggestion \ ni les cas si fréquents d’anesthésie hystérique.

A la ruine de l’homme et du bétail ne se limite point la pernicieuse influence du Sorcier. Nuisance est son lot, dit le proverbe : justifier ce dicton de toutes les manières, voilà son ambition. Les sorts jetés sur les moissons ne passaient pas jadis pour les moindres témoignages de son universelle malveillance On attri¬ buait à son seul regard le sinistre privilège de stériliser la terre et de nuire à tout être animé du souffle de la vie ; d’où la locution populaire : lia le mauvais æiL

Au demeurant, cette canaille, experte aux pires négoces, tenait boutique de poudres de succession, de charges de contagion, d’élixirs de réparation. Son but? — Abolir toutes fécondités heureuses; faire avorter les récoltes et les femmes; semer la mort au logis comme à l’étable. L’ouvrier de ces précieuses besognes montrait deux visages comme Janus; empoi¬ sonneur ou sorcier — au choix — : compétence double !

^ Empressons-nous d’ajouter qu’il y avait là quelque chose de plus.

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La moisissure, récoltée la nuit sur les crânes de pendus, macérait dans ses boîtes ou distillait dans ses retortes avec l’écume des crapauds et la bave des vipères. Le règne végétal fournissait ses poisons, le règne animal ses venins, pêle-mêle ; et hâve, dégue¬ nillé, sordide, on pouvait voir l’irréconciliable ennemi des hommes et des choses consommer, avec des paroles homicides ou sacrilèges, la subversive union de ces ingrédients hétérogènes, étonnés de se sentir pétris ensemble, aux hasards de sa folie.

Nous avons marqué plus haut l’origine ridicule des élixirs que le Diable lui-même, s’il faut en croire la Légende, distribuait aux fidèles de la messe noire. « Vne sorcière raconta en l’an 1583, qu’elle iettoit certaine poudre en l’air, que son Maistre luy auoit baillée, de laquelle naissoient de ces bestioles qui rongeoiét en peu de temps les fruicts de la terre » 11 va sans dire qu’on la brûla.

Il serait facile de multiplier les exemples équivalents ; mais je préfère conter une anecdote un peu différente, rapportée par plusieurs démonographes

Un paysan du diocèse de Trêves surveillant sa fille {âgée de huit ans à peine), qui plante des choux dans le potager, voit qu’elle s’en tire fort bien et la féli¬ cite de son adresse. — Je suis adroite à bien d’autres besognes, va, répond l’enfant avec mystère. Tu vois, le temps est serein, le ciel sans un nuage : eh bien ! dis moi

< Boguet, Discours des Sorciers, page 243. 2 Entre autres, Delrio.

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l’endroit du jardin où tu veux que je fasse pleuvoir... — Le père ébahi désigne une petitepelouse située dans l’enclos ; puis il observe la fillette qui s’est retirée à l’écart. Avec une croissante stupeur, il la voit creuser un trou dans le sol, à l’aide d’une gaulette de coudrier ; cela fait, remplir la fosse d’un liquide singulier et dont je laisse à deviner la provenance : le fait est qu’elle ne va pas le chercher bien loin, n’ayant qu’à s’accroupir pour cet exercice. Enfin il la voit battre de sa

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The sorcerers are certainly heard, at the height of the question, to utter groans or even cries, but it is an established fact that they are not seen to shed a tear, whatever efforts they make to that end. 11 there is more; the magistrate is so fully edified upon the score of such an impotence to manifest a pheno¬ menon that is the normal, immediate and first consequence of physical pain, that he draws from it a grave indication against the accused. It is the moment, he thinks, to order fresh searches. As soon as the dia¬ gram is discovered and burned, the dry groanings without

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confession are metamorphosed into howlings broken by avowals — and the tears flow in abundance.

All the authentic relations are agreed upon this point. As for the conclusions to be drawn from it, we have faith in the sagacity of the reader, who is ignorant neither of the miracles of autosuggestion nor of the so frequent cases of hysterical anaesthesia.

The pernicious influence of the Sorcerer is not limited to the ruin of man and of cattle. Harm is his lot, says the proverb: to justify that saying in every manner, there is his ambition. The spells cast upon the harvests did not pass of old for the least testimonies of his universal malevolence. There was attri¬ buted to his look alone the sinister privilege of sterilising the earth and of harming every being animated with the breath of life; whence the popular locution: he has the evil eye.

For the rest, this rabble, expert in the worst trades, kept a shop of succession powders, of charges of contagion, of elixirs of separation. His aim? — To abolish all happy fecundities; to make the harvests and the women miscarry; to sow death in the house as in the byre. The workman of these precious businesses showed two faces like Janus; poison¬ er or sorcerer — at choice —: a double competence!

^ Let us hasten to add that there was something more there.

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The mould, harvested by night upon the skulls of hanged men, macerated in his boxes or distilled in his retorts with the scum of toads and the slaver of vipers. The vegetable kingdom furnished his poisons, the animal kingdom his venoms, pell-mell; and haggard, tat¬ tered, sordid, one might see the irreconcilable enemy of men and of things consummate, with homicidal or sacrilegious words, the subversive union of these heterogeneous ingredients, astonished to find themselves kneaded together at the hazards of his madness.

We noted above the ridiculous origin of the elixirs that the Devil himself, if the Legend is to be believed, distributed to the faithful of the black mass. « A sorceresse recounted in the yeare 1583 that shee cast a certaine powder into the aire, which her Maister had giuen her, whereof were borne those little beasts which gnawed in short time the fruicts of the earth » 11 goes without saying that she was burned.

It would be easy to multiply equivalent examples; but I prefer to tell an anecdote a little different, reported by several demonographers

A peasant of the diocese of Trèves watching his daughter (scarcely eight years old), who is planting cabbages in the kitchen garden, sees that she manages very well and congra¬ tulates her on her skill. — I am skilful at plenty of other businesses, go to, answers the child mysteriously. Thou seest, the weather is serene, the sky without a cloud: well then! tell me

< Boguet, Discourse of Sorcerers, page 243. 2 Among others, Delrio.

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the spot in the garden where thou wouldst have me make it rain... — The astounded father designates a little lawn situated in the enclosure; then he watches the girl, who has withdrawn apart. With a growing stupor he sees her dig a hole in the ground with the help of a hazel switch; that done, fill the pit with a singular liquid whose provenance I leave to be guessed: the fact is that she does not go far to seek it, having only to crouch

for that exercise. At last he sees her beat with her

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