Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
« .Et voilà lin grand dragon roux ayant sept lêles et dix cornes et sur ses sept têtes sept diadèmes.
« Et sa queue entraînait la tierce partie des étoiles du ciel.
« Un grand combat eut lieu dans le ciel; Michaël et ses anges combattirent le dragon entouré et soutenu par les siens.
« Mais ces derniers n ont pu résister et, dès lors, il a été impos¬ sible de retrouver leur place dans le ciel.
« Et le grand dragon a été précipité du ciel, lui qui est cet ancien serpent, séducteur du monde entier; lui qu’on a nommé des noms de Diable et de Satan.... ».
[Apocal.y ch. XII, 3 à 9, passim.)
On lit d'autre part dans les révélations de sainte Hildegarde, écrites soi-disant sous la dictée du Verbe, ces paroles touchant Lucifer : — « Alors toutes les Etoiles de son armée, baignées jusque-là dans les flots de sa lumière, complètement éteintes aujourd’hui, semblent de noirs charbons calcinés par le feu. Un vent irrésistible les précipite vers le nord, à l’opposé du trône, et dans de tels abîmes que jamais il ne sera plus donné à personne de voir aucune d’elles h »
Ces lignes de la sainte sont visiblement un commen¬ taire des versets transcrits toifl à l’heure.
^ Sciüias,
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Le marquis Eudes de Mirville, auteur de ce rap¬ prochement mirifique, invoque ce fait, dont il a été frappé : que l’Astronomie moderne évalue à un tiers environ la lacune intersidérale dans la portion du ciel accessible à ses instruments. Le résultat de ces con¬ frontations diverses est pour le marquis un coup de génie, dont il reste en quelque sorte assommé. Gom¬ ment, en effet, dans ces étoiles perdues, ne pas voir le tiers du Tsebaoth que le dragon roux a balayé de sa queue, au cours de sa chute vers le gouffre ‘ ? Pour nier l’évidence, il faut être de mauvaise foi.
Au demeurant, nous laisserons là M. de Mirville, tout étourdi d’un si brusque et lumineux éclair. — Mieux vaut reprendre nos investigations sur 1 essence de la doctrine dyarchique.
L’antagonisme des deux principes constitue un dogme antérieur à Zoroastre même et qui date des premiers cycles cosmogoniques de l’Inde. — « Ce qui avait donné naissance à ce dogme (dit Fabre d Olivet, dans son admirable commentaire de Caïn) était une ancienne tradition des Hindous, dans laquelle on apprenait que, dès l’origine du monde, les génies du nord et du sud de la terré s’étaient divisés au sujet du breuvage d’immortalité, dont ils prétendaient égale¬ ment conserver la possession exclusive. Cette division amena des combats longs et désastreux, dont le résultat
' I.e sens caché de la chute angélique est bien réellement lié à l’existence de l’immense armée des astres, mais d’un rapport tout autre et que nous indiquerons au livre III : Le Problème du Mal.
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fut la déroute entière des génies du sud, appelés Assoûrs, et leur asservissement par ceux du nord appelés Dévas. Cette tradition, qui se retrouve dans l’Edda des Scandinaves, presque dans les mêmes termes, était connue des Egyptiens, des Grecs et des Romains sous le nom de Guerre des dieux contre les géants [Caïn, page 169). »
C’est assez piquant, comme on voit ; les vainqueurs se sont faits dieux et ont infligé Funiforme diabolique aux pauvres vaincus. Je crois entendre parler ainsi des sceptiques encore plus naïfs qu’irrévérencieux... Peut-être, modelant un peu trop les choses d’en haut sur celles d’ici-bas *, s’imaginent-ils de très bonne foi que si l’émeute céleste avait abouti, au lieu d’échouer, Jéhovah, à cette heure,calomnié de cornes et de griffes, se verrait réduit au rôle fâcheux et subalterne de souffleur de mauvais conseils ! — Le Mal alors serait le Bien ; on appellerait lâcheté l’oubli des injures ; bassesse, la modestie ; la charité se verrait réputée honteuse faiblesse; la chasteté, taxée d’infamie... Pour les vices, tout au rebours : l’orgueil deviendrait gran¬ deur d’âme ; l’avarice, prévoyante sagesse ; l’arrogance et la colère seraient la marque d’une âme généreuse ; l’intempérance et la luxure, garantie de belle santé
^ — Trop, dites-vous? Etl’axiôme d’Hermès : quæ superius sieut et quæ inferiusf,,,,^ Et la méthode analogique, fondement et cri¬ térium de l’Occultisme? Qu’en faites vous?
— Je laisse Louis Lucas répondre, selon cette méthode, par une comparaison : l’homme est l’image de Dieu, et pourtant Dieu n’est pas un animal vertébré.
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physique et morale; la ruse et le mensonge, enfin, preuves d’habileté, de finesse et d esprit.
« And behold a great red dragon having seven heads and ten
horns and upon his seven heads seven diadems.
« And his tail drew the third part of the stars of heaven.
« A great battle took place in heaven; Michael and his angels fought the dragon, surrounded and upheld by his own.
« But these last could not resist and, from then on, it has been impos¬ sible to find their place again in heaven.
« And the great dragon was cast down from heaven, he who is that ancient serpent, seducer of the whole world; he whom men have named by the names of Devil and of Satan.... ».
[Apocal., ch. XII, 3 to 9, passim.)
One reads on the other hand in the revelations of saint Hildegard, written so it is said under the dictation of the Word, these words touching Lucifer: — « Then all the Stars of his army, bathed until then in the floods of his light, wholly extinguished to-day, seem black coals calcined by the fire. An irresistible wind casts them towards the north, opposite the throne, and into such abysses that never again will it be given to anyone to see one of them h »
These lines of the saint are visibly a commen¬ tary upon the verses transcribed just now.
^ Sciüias,
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The marquis Eudes de Mirville, author of this wondrous compa¬ rison, invokes this fact, by which he was struck: that modern Astronomy reckons at about a third the intersidereal gap in the portion of the sky accessible to its instruments. The result of these various con¬ frontations is for the marquis a stroke of genius, by which he remains in some sort stunned. How, indeed, in these lost stars, is one not to see the third of the Tsebaoth that the red dragon swept away with his tail in the course of his fall towards the gulf '? To deny the evidence, one must be in bad faith.
For the rest, we shall leave M. de Mirville there, quite dazed by so abrupt and luminous a flash. — Better to take up again our investigations upon 1 essence of the dyarchic doctrine.
The antagonism of the two principles constitutes a dogma anterior to Zoroaster himself, and dating from the first cosmogonic cycles of India. — « What had given birth to this dogma (says Fabre d'Olivet, in his admirable commentary upon Caïn) was an ancient tradition of the Hindus, in which one learned that, from the origin of the world, the genii of the north and of the south of the earth had divided over the beverage of immortality, of which they claimed equal¬ ly to keep the exclusive possession. This division brought on long and disastrous combats, of which the result
' The hidden sense of the angelic fall is indeed really bound up with the existence of the immense army of the stars, but by a quite other relation, which we shall indicate in book III: The Problem of Evil.
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was the entire rout of the genii of the south, called Assoûrs, and their enslavement by those of the north called Dévas. This tradition, which is found again in the Edda of the Scandinavians, in almost the same terms, was known to the Egyptians, the Greeks and the Romans under the name of War of the gods against the giants [Caïn, page 169). »
It is piquant enough, as one sees; the victors made themselves gods and inflicted the diabolical uniform upon the poor vanquished. I seem to hear sceptics, still more artless than irreverent, speaking so... Perhaps, modelling the things above a little too closely upon those here below*, they imagine in the best of faith that if the celestial riot had succeeded instead of failing, Jehovah, at this hour, calumniated with horns and claws, would find himself reduced to the vexatious and subaltern part of a prompter of bad counsels! — Evil then would be Good; the forgetting of injuries would be called cowardice; modesty, baseness; charity would be reputed a shameful weakness; chastity taxed with infamy... For the vices, quite the reverse: pride would become great¬ ness of soul; avarice, provident wisdom; arrogance and anger would be the mark of a generous soul; intemperance and lust, a warrant of fine health
^ — Too closely, you say? And the axiom of Hermes: quæ superius sieut et quæ inferiusf,,,,^ And the analogical method, foundation and cri¬ terion of Occultism? What do you make of it?
— I leave Louis Lucas to answer, by that method, with a comparison: man is the image of God, and yet God is not a vertebrate animal.
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physical and moral; cunning and falsehood, lastly, proofs of skill, of finesse and of wit.
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