Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
son, ils allument cette chan¬ delle, et, se servant de la main du pendu comme d’un chandelier, ils entrent hardi¬ ment où ils ont affaire ; bien convaincus qu’y eût-il là vingt personnes armées jus¬ qu’aux dents, toutes seront frappées sur le champ de stu¬ peur et d’engourdissement, en sorte qu’ils pourront se livrer sans crainte au pil¬ lage, car pas un des témoins de leur crime ne bronchera,
LA MAIN DE GLOIRB tant que la chandelle ma¬ gique ne sera point éteinte.
C’est là, du moins, ce que soutiennent les compi¬ lateurs de grimoires, qui chantent les louanges de ce prestigieux secret.
Le Glaneur indou-chinois, qui se publiait à Malacca dans la première moitié du xix* siècle, signale un exemple de charme, qui n’est pas sans analogie avec la Main de gloire. Malheureusement, nous n’a201
ŒUVRES DE SORCELLERIE
vons aucun détail sur les cérémonies en usage pour l’accomplir le résultat nous est seul connu ; « La cu¬ riosité publique, dit le Glaneur, 2 i éié vivement excitée depuis quelques jours parla découverte d’une bande de voleurs d’enfants des deux sexes. Cette découverte a été faite par le zèle d’un tisserand en soie, qui, en se pro¬ menant dans les rues deKanton, reconnut l’enfant de son maître, perdu depuis quelques jours. L'enfant tourna sur lui un regard stupide et refusa de le reconnaître. Le tisserand l’emmena de force chez son père.
« Il restait toujours sous de charme de la stu¬ pidité; mais on n'eut pas plutôt appelé les pretres de Bouddha et pratiqué les cérémonies efficaces, célébrées en pareille occasion, que le charm,e disparut et que l’enfant, en versant des larmes abondantes, reconnut son maître et son père. L’affaire et le miracle furent immédiatement communiqués au gouvernement, qui fit cerner le rendez-vous des voleurs d’enfants. On trouva six hommes et trois femmes qui faisaient ce métier depuis plus de vingt ans. Ils avaient enleve, pendant cette époque, plusieurs milliers d’enfants ; il n’en restait plus que dix dans la maison, tous sous l’influence du charme stupéfiant, qui, comme celui jeté sur l’enfant du tisserand, disparut par les prières et les cérémonies des prêtres de Bouddha^. »
Cette compétence aux exorcismes est commune aux ministres de tous les sacerdoces réguliers ; il n’est pas indifférent d’y prendre garde.
* Le Glaneur indou-chinois du 8 juillet 1820.
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LE TEMPLE DE SATAN
Représentants ici-bas de l’Humanité céleste et man¬ dataires de groupes importants des candidats terrestres à cette humanité, les prêtres de tout culte ont pouvoir de conjurer les forces collectives du Mal, au nom de cette Puissance collective du Bien qui s’appelle la com¬ munion des Elus. Dans l’espèce, la réussite immédiate de l’Exorcisme — car c’en est un — prouve d’abon¬ dant que l’état de stupeur où ces enfants se trouvaient plongés n’était point l’effet de quelque narcotique ou de tout autre moyen artificiel : mais bien le résultat d’une action occulte, qu’on veuille l’appeler d’ailleurs charme stupéfiant comme M. deMirville qui rapporte l’anecdote ’, ou qu’on préfère lui donner le nom moins archaïque, et plus à la mode aujourd’hui, de phéno¬ mène suggestif.
Avant d’entamer la description d’un autre ordre de sortilèges, nous signalerons encore le charme dit de taciturnitè, si fameux dans les fastes Judiciaires de la Sorcellerie. Charme anesthésique serait une locution plus exacte 2 .
C’était, en substance, un diagramme le plus souvent tracé sur une bande minuscule de papier d’une extrême minceur. Les magiciens poursuivis en justice, ayant réduit ce diagramme au plus imperceptible volume, s’ingéniaient à le dissimuler sous l’ongle de leur orteil ou dans une mèche de leurs cheveux. Tant que ce
< Des Esprits et de leurs manifestations diverses, tome I, page 262.
2 La taciturnitè du sorcier n’est, en effet, qu’une conséquence de son état anesthésique.
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palladium ne leur était point soustrait, ils affrontaient les plus abominables tortures sans ressentir la moindre malaise, et sans risquer par conséquent de se perdre, en laissant échapper, à l’improviste, l’aveu décisif de leurs méfaits.
Aussi le premier soin du tortionnaire était-il de couper les ongles au patient, de lui raser les cheveux (et le cas échéant, la barbe), enfin de l’épiler sur toutes les surfaces de son corps. Heureux pouvait se dire le prévenu, qu’on daignât s’en tenir à ces humiliants pré¬ liminaires, sans procéder à des sondages plus outra¬ geants encore.
Les exemples ne se comptent pas, en face du bour¬ reau, d’attitudes impassibles dues au sort de taciturnitè. C’est un diplôme de stoïcisme, un brevet de sou¬ veraine indifférence aux plus cruels traitements. Son efficace vertu ne saurait être mise en doute ; aussi bien est-il d’un usage presque universel, si l’on en croit les auteurs.
se at leisure, they light this can¬ dle and, using the hanged man's hand as a candlestick, they enter boldly where they have business; well convinced that were there twenty persons armed to the teeth, all will be struck on the spot with stu¬ por and with numbness, so that they may give themselves without fear to the pil¬ lage, for not one of the witnesses of their crime will stir
THE HAND OF GLORY so long as the ma¬ gical candle is not put out.
That, at least, is what the compi¬ lers of grimoires maintain, who sing the praises of this prestigious secret.
The Indo-Chinese Gleaner, which was published at Malacca in the first half of the xix century, points out an example of a charm not without analogy to the Hand of glory. Unhappily we ha201
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ve no detail upon the ceremonies in use for accomplishing it; the result alone is known to us: « Public cu¬ riosity, says the Gleaner, 2 i been keenly excited these few days past by the discovery of a band of stealers of children of both sexes. This discovery was made by the zeal of a silk weaver who, walk¬ ing in the streets of Canton, recognised his master's child, lost some days before. The child turned upon him a stupid look and refused to recognise him. The weaver took him by force to his father's house.
« He remained still under the charm of stu¬ pidity; but the priests of Buddha had no sooner been called and the efficacious ceremonies practised, celebrated on such an occasion, than the charm disappeared and the child, shedding abundant tears, recognised his master and his father. The affair and the miracle were immediately communicated to the government, which had the meeting-place of the child-stealers surrounded. There were found six men and three women who had followed this trade for more than twenty years. They had carried off, during that period, several thousand children; there remained but ten of them in the house, all under the influence of the stupefying charm which, like that cast upon the weaver's child, disappeared through the prayers and ceremonies of the priests of Buddha^. »
This competence in exorcisms is common to the ministers of all regular priesthoods; it is not indifferent to take heed of it.
* The Indo-Chinese Gleaner of the 8 July 1820.
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THE TEMPLE OF SATAN
Representatives here below of celestial Humanity and man¬ datories of important groups of the terrestrial candidates for that humanity, the priests of every cult have power to conjure the collective forces of Evil in the name of that collective Power of Good which is called the com¬ munion of the Elect. In the case in point, the immediate success of the Exorcism — for such it is — proves abundantly that the state of stupor in which these children were plunged was not the effect of some narcotic or of any other artificial means: but rather the result of an occult action, whether one choose to call it a stupefying charm like M. de Mirville who reports the anecdote, or prefer to give it the less archaic name, more in fashion to-day, of suggestive pheno¬ menon.
Before entering upon the description of another order of sortileges, we shall point out further the charm called of taciturnity, so famous in the judicial annals of Sorcery. Anaesthetic charm would be a more exact locution 2.
It was, in substance, a diagram most often traced upon a minuscule band of paper of an extreme thinness. The magicians prosecuted at law, having reduced this diagram to the most imperceptible bulk, contrived to conceal it under the nail of their toe or in a lock of their hair. So long as this
< Of Spirits and of their various manifestations, volume I, page 262.
2 The taciturnity of the sorcerer is in fact but a consequence of his anaesthetic state.
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palladium was not taken from them, they faced the most abominable tortures without feeling the least discomfort, and consequently without risking their own ruin by letting escape, unawares, the decisive avowal of their misdeeds.
And so the torturer's first care was to cut the patient's nails, to shave his hair (and if the case so fell out, his beard), lastly to depilate him over every surface of his body. Happy might the accused call himself if they deigned to hold to these humiliating pre¬ liminaries without proceeding to soundings still more outra¬ geous.
The examples are past counting, before the execu¬ tioner, of impassive attitudes due to the spell of taciturnity. It is a diploma of stoicism, a patent of sove¬ reign indifference to the cruellest treatments. Its efficacious virtue could not be put in doubt; indeed it is of an almost universal use, if the authors are to be believed.
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