Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
C’est alors seulement qu’un lecteur judicieux s’esti¬ mera en mesure de prononcer et le pourra sans pré¬ somption, en confrontant les documents fournis à son loyal examen et les explications proposées à son sagace arbitrage.
^ Deuxième septaine du Serpent, de la Genèse.
ŒUVRES DE SORCELLERIE
p. 171
Il semble que d’ici là, toute réserve s’impose à lui.
Il n’en saurait être de même pour l’écrivain, dont le premier devoir est de sacrifier la logique même de son plan à l’intérêt et sur toutes choses à la clarté.
Que si, dans cette première septaine, où le sommaire des opinions communément admises devrait seul trou¬ ver place en regard des faits allégués, l’auteur laisse préjuger parfois son propre sentiment, ou trahit d’aven¬ ture ses préférences doctrinales, il s’en excuse assu¬ rément comme d’un vice de forme. Mais la correc¬ tion du fond dogmatique, voilà l’essentiel. Du moins le croit-il ainsi et le but qu’il a visé sera sans doute atteint, si ses conclusions, prématurément devinées ou pressenties à contre-temps, trouvent deux fois leur justification, et dans l’éloquent plaidoyer des faits euxmêmes, et dans l’enchaînement rationnel des hypothèses explicatives de ces faits.
Nous l’avons vu : le Diable est le singe de Dieu ; le sorcier, le singe du prêtre. L’analogie peut fort bien se poursuivre, caria sorcellerie fut de tous temps l’image dépravée des religions et comme un sacerdoce à rebours.
Qu’est-ce, en effet, qu’une religion?— C’est, d’une part, un ensemble de dogmes et de symboles expres¬ sifs des grandes vérités de la Mystique céleste ; d’autre part, un ensemble de rites sacramentaux, qui sont l’ac¬ tive traduction et l’adaptation vivante de ces symboles : toutes choses destinées, en quelque sorte, à servir de lien entre la divinité et les hommes, entre le ciel et la terre.
p. 172
LE TEMPLE DE SATAN
Le but de la Religion est de relier (religare) l’hunianité déchue à son type céleste, le Verbe éternel.
Si l’on retourne cette définition, elle conviendra par¬ faitement àla sorcellerie, sorte de religion reflétée au miroir infernal, qui en renverse et en déforme l’image. Figurez-vous Dieu à l’envers, et vous aurez le Diable ; c’est un des axiomes bien connus de la Kabbale : Dæmon est Deus inver sus
La sorcellerie a ses dogmes négatifs, ses symboles d’erreur et ses rites d’abomination. Elle a ses sacre¬ ments ; on peut même distinguer en eux la matière et la forme, à l’instar de ceux qu’administre l’Église.
La matière du sortilège consiste en un objet sensible, qui sert de base symbolique à la foi mensongère du sor¬ cier, de traduction expresse à son intention mauvaise, comme à sa volonté funeste il sert encore de point d’appui. — La forme du sortilège est le signe expres¬ sif de l’infusion diabolique, la manifestation occulte du verbe intentionnel, qui consacre la matière pour un but préfixe et l’évertue dans la direction voulue d’avance.
Tous les théoriciens de la Goëtie, Tamblique en tête, parlent de substances propres à recevoir les dieux (imprégnation pneumatique) et de signes qui
' On lit dans la Collection des Kabbalistes de Pistorius {Artis cabbalistieœ... Tomus I, ex Pistorii Bibliotheca, Basileæ, 1387, in-folio, page 792) : « Eædem sunt lilteræ nominis Cacodæmonis (qui est princeps mundi huius) et nominis nini. Et qui sciuerit ordinare transpositum, deducet vnum ex alio. »
CEUVRES DE SORCELLERIE
p. 173
ont la vertu de liev les dieux à ces dites substances.
Qui ne reconnaîtrait là d’emblée la et la forme du sacrement magique ^ ?
La théorie sacramentelle est identique en Reli^oiL en Magie noire et en Haute Magie. Q ue nous exami- ) nions le prêtre dans l’administration du baptême, le sorcier dans la pratique de l’envoûtement, ou le mage dans la confection d’un talisman ou d’un pantacle , il nous sera pareillement impossible de méconnaître le caractère sacramentel de ces trois opérations-, saintes ou sacrilèges, bienfaisantes ou néfastes, qu’importe?
Or, ce caractère est double ; il consiste essentielle¬ ment — on n’y saurait trop insister — dans le con¬ cours de deux éléments complémentaires, indispen¬ sables l’un à l’autre : la matière du sacrement et sa forme ; en d’autres termes, le corps du sacrement et son âme. L’intention seule varie, — mais, soit eau naturelle pour le baptême, soit figure de cire pour l’en¬ voûtement, soit rondelle de métal pour l’infusion talis-
It is only then that a judicious reader will deem himself in a position to pronounce, and will be able to do so without pre¬ sumption, by confronting the documents furnished to his loyal examination with the explanations proposed to his sagacious arbitration.
^ Second septenary of the Serpent of Genesis.
WORKS OF SORCERY
171
It seems that until then all reserve is imposed upon him.
It could not be the same for the writer, whose first duty is to sacrifice the very logic of his plan to interest and above all things to clarity.
If, in this first septenary, where the summary of commonly admitted opinions alone should find place over against the alleged facts, the author sometimes lets his own feeling be prejudged, or by chance betrays his doctrinal preferences, he assur¬ edly excuses himself for it as for a fault of form. But the correct¬ ness of the dogmatic substance, there is the essential. At least he believes it so, and the aim he has had in view will doubtless be attained if his conclusions, prematurely guessed or sensed out of season, find their justification twice over, both in the eloquent pleading of the facts themselves and in the rational linking of the hypotheses explanatory of those facts.
We have seen it: the Devil is the ape of God; the sorcerer, the ape of the priest. The analogy may very well be pursued, for sorcery was at all times the depraved image of the religions and as it were a priesthood in reverse.
What in fact is a religion? — It is, on the one hand, a body of dogmas and of symbols expres¬ sive of the great truths of celestial Mysticism; on the other, a body of sacramental rites which are the ac¬ tive translation and the living adaptation of those symbols: all things destined, in some sort, to serve as a bond between the divinity and men, between heaven and earth.
172
THE TEMPLE OF SATAN
The aim of Religion is to bind back (religare) fallen humanity to its celestial type, the eternal Word.
If this definition be turned about, it will suit per¬ fectly with sorcery, a sort of religion reflected in the infernal mirror, which reverses and deforms its image. Figure God inverted to yourself, and you will have the Devil; it is one of the well-known axioms of the Kabbalah: Dæmon est Deus inversus
Sorcery has its negative dogmas, its symbols of error and its rites of abomination. It has its sacra¬ ments; one may even distinguish in them matter and form, after the fashion of those the Church administers.
The matter of the sortilege consists in a sensible object which serves as symbolic base to the lying faith of the sor¬ cerer, as express translation of his evil intention, as it serves further as a point of support to his baleful will. — The form of the sortilege is the expres¬ sive sign of the diabolical infusion, the occult manifestation of the intentional word, which consecrates the matter for a prefixed end and empowers it in the direction willed beforehand.
All the theoreticians of Goety, Iamblichus at their head, speak of substances proper to receive the gods (pneumatic impregnation) and of signs which
' One reads in the Collection of the Kabbalists of Pistorius (Artis cabbalisticæ... Tomus I, ex Pistorii Bibliotheca, Basileæ, 1387, in-folio, page 792): « Eædem sunt litteræ nominis Cacodæmonis (qui est princeps mundi huius) et nominis nini. Et qui sciuerit ordinare transpositum, deducet vnum ex alio. »
WORKS OF SORCERY
173
have the virtue of binding the gods to those said substances.
Who would not recognise there at once the matter and the form
of the magical sacrament ^?
The sacramental theory is identical in Religion, in black Magic and in High Magic. Whether we exam¬ ine the priest in the administration of baptism, the sorcerer in the practice of spellbinding, or the mage in the making of a talisman or of a pantacle, it will be equally impossible for us to misprize the sacramental character of these three operations; holy or sacrilegious, beneficent or baleful, what does it matter?
Now, this character is double; it consists essential¬ ly — one cannot insist upon it too much — in the con¬ course of two complementary elements, indispen¬ sable to one another: the matter of the sacrament and its form; in other terms, the body of the sacrament and its soul. The intention alone varies, — but, be it natural water for baptism, be it a figure of wax for spell¬ binding, be it a disc of metal for the talis-
No commentary for this page under the selected tracks.
There is commentary on page 1.