Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Mes discours ne sont point du stile des Sermons :

Baisant le Crucifix, je lui crache à la joue;

Levant les yeux au Ciel, je fais aux Saints la moue :

Quand j’invoque mon Dieu, j’appelle les Démons.

D’autres, moins prévenus, disent, malgré l’envie.

Qu’on peut louer ma mort sans aprouver ma vie;

Qu’être bien résigné marque espérance et foi;

Que pardonner, soufrir, sans plainte, sans murmure,

C’est charité parfaite, et que l’âme s’épure.

Quoi qu’on ait vécu mal, à mourir comme moi.

Le ciel parut venger la mémoire du pauvre prêtre, en frappant tous ses bourreaux. Laubardemont, tout le premier, foudroyé dans ses affections de famille, tomba dans la disgrâce du cardinal; les Pères Lactance et Tranquille moururent presque aussitôt dans les accès d’une frénésie qu’on mit sur le compte du Diable. Le Père Surin, autre exorciste, devint fou. Quant au chirurgien Mannoury, qui fut si cruel à

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l’égard du pauvre inculpé, le spectre de sa victime ne le quitta plus, le harcelant sans répit jusqu’à la tombe.

Urbain Grandier avait eu des prédécesseurs ; il ne fut pas le dernier mis à mort sur la dénonciation d’énergumènes, se prétendant toutes plus ou moins déshonorées par un homme qui, de sa vie, n’avait eu l’occasion de les voir et de leur parler. La tradition le voulait ainsi : les possédés se piquèrent toujours de la suivre servilement.

Sans doute, la Possession (du, comme l’appelle le D" Galmeil, l’Hystéro-démonopathie) est une maladie des plus mystérieuses, féconde en manifestations stu¬ péfiantes et dont la Faculté de médecine éprouverait quelque embarras à rendre compte, d’après les lois actuellement admises de ses doctes professeurs ; mais qu’induire de là? — Que certains mystères demeurent impénétrables, quand même la science officielle inter¬ vient pour les éclaicir.

Les exorcistes n’entendent pas de cette oreille et voici de quel style ils ont coutume de vaticiner ;

Le Diable est Vauteur de tous les ‘phénomènes qui ne s’expliquent point par les lois connues de la Na¬ ture. — Dûment exorcisé, le Diable est contraint à dire vrai; son témoignage doit faire foi devant la justice .

Ces deux formules, combinées avec art, ont été la condamnation sans appel de bien des innocents. HeuLE DIABLEp. 101 reusement, si le Diable marque encore des velléités de témoigner en justice, Injustice n'a plus souci des témoi¬ gnages du Diable. Nul ne se plaint aujourd'hui de ce petit changement...

Je me trompe, ami lecteur ; il faut bien t en faire l'aveu.

Toute une école contemporaine, dont je veux te toucher un mot, semble regretter l'ère des exorcismes journaliers et des procès de sorcellerie. — Mais avant de te faire faire la connaissance du marquis Eudes de Mirville et de son ami, le chevalier Gougenot des Mous¬ seaux, souffre qu'on te présente un moderne hiéro¬ phante, qui fut, vers 1820, plus curieux encore de voir se rallumer les bûchers^. C’est l'auteur de qua¬ torze cents pages in-8 sur les Farfadets"^^ ouvrage orné de figures et d'un portrait au bas duquel 1 auteur

^ En effet, son plus doux espoir* est d’amener, par ses révélations, les souverains à faire revivre les anciens décrets contre les adeptes de la magie. Il entrecoupe constamment de pareilles menaces les invectives qu’il fulmine contre ses persécuteurs : — « Quel fruit recueillerez-vous de vos infâmes procédés? La certitude d’être un jour resserrés dans les cachots de la sainte Inquisitioii, si sagement instituée pour punir les esprits, les sorciers, les magiciens et même tous ceux qui douteraient un instant du pouvoir du Dieu suprême.

J'espère un jour lire les noms de tous ceux qui s'attachent à me persécuter, sur leb listes sanglantes de ce redoutable

Tribunal (tome I, page 143) !» -ru

Il va jusqu’à émettre ce vœu charitable: « Grand Dieu... faites croître sur la terre assez de bois, pour pouvoir élever en tous lieux des bûchers assez grands et assez spacieux, pour contenir et pul¬ vériser toute la race farfadéenne (tome III, p. 197)1 »

2 Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l’autre monde... Paris, l’auteur, 1821, 3 vol. in-8.

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décline, de la meilleure grâce, ses noms, titres et qualités : « Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve-du-Thym, natif de Garpentras, habitant Avignon; momentanément domicilié à Paris... » Nous voilà renseigné.

C’est un possédé véritable, qui ne voit partout que démons (qn’il nomme des Farfadets) et sorciers (qu’il appelle des. physiciens). Il se plaint amèrement d’une société infernalico-diabolique [sic ), dont il démasque à la face du ciel les principaux affidés — des docteurs, des étudiants, des avocats, des pharmaciens... Les incessantes persécutions que lui font subir ces misé¬ rables empoisonnent son existence ; il croit s’en venger en dénonçant leurs noms.

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My discourses are not of the style of Sermons:

Kissing the Crucifix, I spit upon its cheek;

Raising my eyes to Heaven, I make a mouth at the Saints:

When I invoke my God, I call upon the Demons.

Others, less prejudiced, say, in spite of envy,

That one may praise my death without approving my life;

That to be well resigned marks hope and faith;

That to pardon, to suffer, without complaint, without murmur,

Is perfect charity, and that the soul is purified,

However ill one has lived, by dying as I do.

Heaven seemed to avenge the memory of the poor priest by striking all his executioners. Laubardemont, first of all, thunderstruck in his family affections, fell into the cardinal's disgrace; the Fathers Lactance and Tranquille died almost at once in the fits of a frenzy that was set down to the Devil's account. Father Surin, another exorcist, went mad. As for the surgeon Mannoury, who was so cruel towards

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the poor accused, the spectre of his victim never left him again, harrying him without respite to the grave.

Urbain Grandier had had predecessors; he was not the last put to death upon the denunciation of energumens, all claiming to be more or less dishonoured by a man who, in his life, had never had occasion to see them or speak to them. Tradition would have it so: the possessed always piqued themselves on following it servilely.

Doubtless Possession (or, as the D' Calmeil calls it, Hystero-demonopathy) is a most mysterious malady, fertile in stu¬ pefying manifestations and one that the Faculty of medicine would find some embarrassment in accounting for, according to the laws at present admitted by its learned professors; but what is to be inferred from that? — That certain mysteries remain impenetrable, even when official science inter¬ venes to clear them up.

The exorcists will not hear of it that way, and here is in what style they are wont to prophesy:

The Devil is the author of all the phenomena that are not explained by the known laws of Na¬ ture. — Duly exorcised, the Devil is constrained to speak true; his testimony must be given credit before justice.

These two formulas, combined with art, have been the condemnation without appeal of many an innocent. HappTHE DEVIL

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ily, if the Devil still shows some inclination to testify in justice, justice has no more care for the testi¬ mony of the Devil. Nobody complains to-day of that little change...

I am wrong, friendly reader; I must indeed avow it to thee.

A whole contemporary school, of which I mean to say a word to thee, seems to regret the era of daily exorcisms and of trials for sorcery. — But before making thee acquainted with the marquis Eudes de Mirville and his friend, the chevalier Gougenot des Mous¬ seaux, suffer that a modern hiero¬ phant be presented to thee, who was, about 1820, more curious still to see the stakes rekindled^. He is the author of four¬ teen hundred pages in-8 upon the Hobgoblins^^ a work adorned with figures and with a portrait beneath which 1 author

^ In fact, his sweetest hope* is to bring the sovereigns, by his revelations, to revive the ancient decrees against the adepts of magic. He constantly interlards with such threats the invectives he fulminates against his persecutors: — « What fruit will you gather from your infamous proceedings? The certainty of being one day shut up in the dungeons of the holy Inquisition, so wisely instituted to punish spirits, sorcerers, magicians and even all those who should doubt for an instant the power of the supreme God.

I hope one day to read the names of all those who set themselves to persecute me upon the bloody lists of that redoubtable

Tribunal (volume I, page 143)!» -ru

He goes so far as to utter this charitable wish: « Great God... make grow upon the earth wood enough to be able to raise in every place stakes great and spacious enough to contain and pul¬ verise the whole hobgoblin race (volume III, p. 197)1 »

2 The Hobgoblins, or all the demons are not of the other world... Paris, the author, 1821, 3 vol. in-8.

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declines, with the best grace, his names, titles and qualities: « Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve-du-Thym, native of Garpentras, dwelling at Avignon; momentarily domiciled at Paris... » Now we are informed.

He is a true possessed man, who sees nothing anywhere but demons (whom he names Hobgoblins) and sorcerers (whom he calls physicians). He complains bitterly of an infernalico-diabolical society [sic), whose principal confederates he unmasks in the face of heaven — doctors, students, advocates, apothecaries... The incessant persecutions these wret¬ ches make him undergo poison his existence; he thinks to avenge himself by denouncing their names.

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