Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Un pli de terrain est à franchir encore ; te voilà sur la crête : le sentier aboutit à une lande solitaire ; l’herbe très rare est jaune par endroits...

Devant toi se dresse un édifice sauvage. Ap¬ proche encore, c’est un dolmen : tu vois la pierre gigantesque, où le couteau sacré des druides s’em¬ pourprait au sacriflce prescrit, en l’honneur de Tbor et de Teutad.

. La nuit est tombée tout à fait.

Mais voici qu’un clair sinistre et sanglant frappe

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^antique autel du Moloch de la Geltide. On dirait du sang et c’en est — peut-être !

Allons ! la lune s’est levée toute rouge à Thorizon des bois, au loin ; la scène s’éclaire d’un jour étrange; l’air pèse, fétide et croupissant.

Mais, comme un souffle errant de brasier refroidi,

Dans le val qui revêt une étrange figure,

Un vent tiède, muet et de mauvais augure Bouffe sur l’herbe rare et le buisson roidi L..

Maintenant que la lune énorme et qui s’élève avec lenteur éclaire bien la lande, précisant les objeis d’a¬ bord indistincts... est-ce un sentier, dis-moi, cette bande circulaire et qui contourne le dolmen ?

Ce n’est pas un sentier. L’herbe y est tondue et comme ravagée par une vapeur corrosive, à fleur de sol. C'est tout le contraire du rond des fées,

La fécondité, la vie ont disparu.

Quelques minutes encore et la mort va vomir tout les spectres de son empire - : ce sont d’indécises larves

^ Maurice Rollinat : Les Névroses. L’allée des Peupliers.

2 Nos renseignements sont puisés dans un grand nombre d'au¬ teurs. Citer nos autorités à chaque détail serait chose fastidieuse, insoutenable.à toute ligne, il faudrait des renvois.

Se reporter de préférence à Roguet, Discours exécrable des Sorciers. Lyon, 1610, in-8. — Nicolas Remigiüs, Deraonolatria. Lugduni, 1595, in-4. — Bodin, Demonomanie. Paris, 1580, in-4. — Le Loyer, Histoire des spectres. Paris, 1605, in-4. — Jacques d’AuTüN, La Crédulité sçauante. Lyon, 1674, in-4. — Del Rio (traduit par Du Ghesne), Controuerses magiques. Paris, 1611, petit in-8. — Binsfeldids, De confessionibus malejicorum, August. Trev..., 1591, in-8. — Taillepied, Apparition des Esprits. Paris, 1588, petit in-12. — Dom Galmet, Esprits et Vampires.

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qui oscillent et se condensent avec peine; crapauds volants, crocodiles dont l’œil flambe et brusquement alterne; dragons aux gueules d’hippopotame,aux ailes de chauves-souris; énormes chats aux pattes molles et incertaines, comme des tentacules de pieuvre... Voici descendre des femmes toutes nues, hurlantes et farouches et échevelées, caracolant sur un balai qui rue et se cabre tour à tour.

Nous sommes au Sabbat !

Une sorcière incante, accroupie au pied du dolmen ; une poignée de verges a pris feu dans sa main droite ; elle trempe deux doigts de sa main gauche dans une cruche de grès, entre ses genoux. — Aye Saraye ! crie-t-elle, Aye Saraye ^ Une lueur point au fond de la cruche, et voici qu’un petit animal s’en échappe, léger, preste, et de la grosseur d’un écureuil : c’est Maître Léonard.

La sorcière s’est levée en signe de respect. Léonard, en une seconde, a grandi de deux mètres ; c’est à cette heure un bouc monstrueux aux cornes torses. La vague fluorescence que tout son corps semble exhaler comme une pâle atmosphère se perd en spirales et pue étrangement.

Mille feux follets voltigent çà et là, par la lapde.

Paris, 1751, 2 vol. in-12. — Garinet, Histoire de la Magie. Paris, 1818, in-8. — Michelet, La Sorcière. Paris, 1862, in-12. — Paul Adam, Être. Paris, 1888, in-12

< Par corruption de l’hébreu ninx lüX ninx [Æhieh asher Æhieh) ; l’Être est l’Être.

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Soudain l’un paraît s’élancer, crépite et soudain se fixe entre les cornes du Diable.

Car c’est le Diable, que ce Maître Léonard 1...

Des quatre coins de l’horizon l’on voit accourir, des quatre points cardinaux de l’air on voit fondre pêle-mêle sorciers, sorcières et démons. Le ciel se raye au vol des esprits, et sous l’œil enflammé d’Hécate l’air glauque s’enténèbre vaguement ; vaguement la terre s’estompe de mouvantes ombres qui s’entre¬ croisent.

— Har ! Har ! Sahbath!... hurlent les arrivants, pressés en groupe autour du Maître, qui, tour à tour, avec un gracieux empressement, offre à chacun son derrière à baiser. Mais, au lieu des fesses décharnées d’un bouc, c’est un jeune visage d’une merveilleuse beauté — et tout affilié reçoit sur la bouche la caresse de deux lèvres fraîches et vivantes.

Des feux de bruyère et de cyprès s’allument par toute la lande : ils ardent et flamboient, multicolores. Dé lentes mélodies, qui semblent d’un invisible har¬ monica, égrènent leurs notes perlées, d’un timbre liquide et d’une ineffable pureté...

Et c’est avec les hurlements des familiers un étrange contraste.

Or, Maître Léonard, après l’hommage de ses féaux, reprend un air ennuyé ; dédaigneusement, il gagne la haute chaire dorée à quoi l’autel druidique sert de piédestal : il domine de là toute l’assemblée.

Par devant, se tient le Maître des cérémonies, son

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bâton de commandement à la main. C’est alors que se fait l’appel des noms et la vérification des marques ou stigmates.

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A fold of ground is still to be crossed; there thou art upon the crest: the path ends in a solitary heath; the very sparse grass is yellow in places...

Before thee rises a savage edifice. Ap¬

proach again, it is a dolmen: thou seest the gigantic stone where the sacred knife of the druids empur¬ pled itself at the prescribed sacrifice, in honour of Thor and of Teutad.

. Night has fallen altogether.

But now a sinister and bloody gleam strikes

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the antique altar of the Moloch of Celtdom. One would say blood, and so it is — perhaps!

Come! the moon has risen all red on the horizon of the woods, far off; the scene lights with a strange day; the air weighs, fetid and stagnant.

But, like a wandering breath from a cooled brazier,

In the vale that puts on a strange figure,

A wind lukewarm, mute and of ill omen Puffs upon the sparse grass and the stiffened bush ..

Now that the moon, enormous and rising slowly, lights the heath well, making precise the objects at first indistinct... is it a path, tell me, this circular band that skirts the dolmen?

It is not a path. The grass there is shorn and as if ravaged by a corrosive vapour at ground level. It is quite the contrary of the fairy ring.

Fecundity, life have vanished.

A few minutes more and death will vomit forth all the spectres of its empire: they are indistinct larvae

^ Maurice Rollinat: The Neuroses. The Poplar Walk.

2 Our particulars are drawn from a great number of aut¬ hors. To cite our authorities at each detail would be a tedious thing, unsustainable.at every line, references would be needed.

Refer by preference to Boguet, Execrable Discourse of Sorcerers. Lyons, 1610, in-8. — Nicolas Remigius, Demonolatria. Lugduni, 1595, in-4. — Bodin, Demonomanie. Paris, 1580, in-4. — Le Loyer, History of spectres. Paris, 1605, in-4. — Jacques d'Autun, Learned Credulitie. Lyons, 1674, in-4. — Del Rio (translated by Du Chesne), Magicall Controuersies. Paris, 1611, small in-8. — Binsfeldius, De confessionibus maleficorum, August. Trev..., 1591, in-8. — Taillepied, Apparition of Spirits. Paris, 1588, small in-12. — Dom Calmet, Spirits and Vampires.

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which oscillate and condense with difficulty; flying toads, crocodiles whose eye flames and abruptly alternates; dragons with hippopotamus jaws and bat wings; enormous cats with soft and uncertain paws, like the tentacles of an octopus... Here come down women all naked, howling and fierce and dishevelled, caracoling upon a broom that

kicks and rears by turns.

We are at the Sabbath!

A sorceress incants, crouched at the foot of the dolmen; a handful of rods has taken fire in her right hand; she dips two fingers of her left hand in a stoneware jug between her knees. — Aye Saraye! she cries, Aye Saraye ^ A gleam dawns at the bottom of the jug, and behold a little animal escapes from it, light, nimble, and of the bigness of a squirrel: it is Master Leonard.

The sorceress has risen in sign of respect. Leonard, in one second, has grown two metres; he is at this hour a monstrous goat with twisted horns. The vague fluorescence that his whole body seems to exhale like a pale atmosphere is lost in spirals and stinks strangely.

A thousand will-o'-the-wisps flit here and there over the heath.

Paris, 1751, 2 vol. in-12. — Garinet, History of Magic. Paris, 1818, in-8. — Michelet, The Sorceress. Paris, 1862, in-12. — Paul Adam, To Be. Paris, 1888, in-12

< By corruption of the Hebrew ninx lüX ninx (Æhieh asher Æhieh); the Being is the Being.

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Suddenly one of them seems to dart forward, crackles and suddenly fixes itself between the Devil's horns.

For he is the Devil, this Master Leonard 1...

From the four corners of the horizon they are seen to come running, from the four cardinal points of the air they are seen to swoop pell-mell, sorcerers, sorceresses and demons. The sky is streaked with the flight of spirits, and beneath the inflamed eye of Hecate the glaucous air vaguely darkens; vaguely the earth blurs with moving shadows that inter¬ cross.

— Har! Har! Sabbath!... howl the arrivals, pressed in a group about the Master, who, one after another, with a gracious eagerness, offers each his hinder parts to kiss. But, instead of the fleshless buttocks of a goat, it is a young face of marvellous beauty — and every affiliate receives upon the mouth the caress of two lips fresh and living.

Fires of heather and of cypress are kindled all over the heath: they burn and blaze, many-coloured. Slow melodies, which seem to come from an invisible har¬ monica, tell out their pearled notes, of a liquid timbre and of an ineffable purity...

And it is a strange contrast with the howlings of the familiars.

Now Master Leonard, after the homage of his liegemen, resumes a bored air; disdainfully he gains the high gilded chair to which the druidic altar serves as pedestal: from there he dominates the whole assembly.

In front stands the Master of ceremonies, his

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staff of command in hand. It is then that the calling of the names and the verification of the marks or stigmata takes place.

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