Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
« La paupière soulevée ne montra qu’un œil vitreux et éteint comme celui d’un cadavre.
« Les disciples et les serviteurs lavèrent le corps et frictionnèrent les membres. L’un d’eux appliqua sur le crâne du yoghi une couche de pâte de froment chaude, que l’on renouvela plusieurs fois, pendant qu’un autre disciple enlevait les tampons des oreilles et du nez et ouvrait la bouche avec un couteau. Haridès, semblable à une statue de cire, ne donnait aucun signe indiquant qu’il allait revenir à la vie.
« Après lui avoir ouvert la bouche, le disciple lui prit la langue et la ramena dans sa position normale, où il la maintint, car elle tendait sans cesse à retom228
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ber sur le larynx. Il lui frictionna les paupières avec de la graisse, et une dernière application de pâte chaude fut faite sur la tête. A ce moment, le corps de l’ascète fut secoué par un tressaillement, ses narines se dila¬ tèrent, une profonde inspiration s’en suivit; son pouls battit lentement et ses membres tiédirent. Un peu de beurre fondu fut rais sur la langue, et après cette scène pénible, dont l’issue paraissait douteuse, les yeux reprirent tout à coup leur éclat.
« La résurrection du yoghi était accomplie, et comme il aperçut le rajah, il lui dit simplement ; « Me « crois-tu, maintenant? »
« Il avait fallu une demi-heure pour le ranimer, et après un laps de temps égal, bien que faible encore, mais revêtu d’une riche robe d’honneur et décoré d’un collier de perles et de bracelets d’or, il trônait à la table royale.
« A quelque temps delà, le rajah ayant sans doute mis le yoghi au défi, ce dernier se fit de nouveau ense¬ velir, mais cette fois-ci à six pieds sous le sol. La terre fut battue autour de son cercueil, le caveau fut muré, de la terre fut répandue dessus et on y sema de l’orge. Toujours d’après les mêmes témoins ocu¬ laires, Haridès fut laissé quatre mois dans ce tombeau ; au bout de ce temps, il revint à la vie comme la première fois L »
A quoi qu’on attribue la léthargie des fakirs et des yoghis indous, et si distante qu’on la suppose de l’état
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vampirique, tel que nous l’avons déjà décrit plus haut, on n’en conviendra pas moins que ces divers exemples, également attestés et certifiés à plusieurs siècles, comme à plusieurs mille lieues d’intervalle, se soutiennent et se corroborent mutuellement.
Quant à la Lycanthropie, une étroite parenté la relie de toute évidence au vampirisme proprement dit. Dans les deux cas, le spectre assassin court la cam¬ pagne SOUS diverses formes d’animaux ; dans les deux cas, il s’attaque volontiers aux êtres qu’il rencontre : la différence essentielle consiste en ceci précisément, que le loup-garou, tandis que sa forme astrale vaga¬ bonde au dehors, est un sorcier vivant qui sommeille dans son lit ; et que le vampire, au contraire, est un sorcier mort qui végète dans sa tombe.
Le vocable Lycanthropie est un terme très impropre ; car il s’en faut que les transformations erratiques du sorcier se bornent à la forme générale du loup ; les traditions de la magie ténébreuse nous font voir les adeptes du Sabbat varier les déguise¬ ments animaux sous lesquels ils effectuent leur retour, l’assemblée finie : chat, chien, bouc, mouton, et même escargot, limace ou crapaud ; — le seul embarras est celui du choix. Ce qui permet aux enragés de la démonologie de croiser assez fréquemment des magi¬ ciens et des sorcières, retour du Sabbat : car il fau¬ drait bien de la malchance, pour ne pas apercevoir sur sa roule un seul de ces divers animaux.
Disons, pour en revenir au loup-garou, que dans
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les cas réels de bilocation pseudo-morphique, l’on a constaté maintes fois l’instantanéité du phénomène répercussif, qui imprime sur le corps matériel inerte et absent la trace des coups et le stigmate des bles¬ sures qui sont portés au fantôme erratique. — Un exemple: « Encore list-on qu’au diocese d’Argêtine trois damoiseUes sorcières assaillirent en forme de chats vn villageois ‘ qui coupoit du bois, et que se deffendant, il les frappa et blessa fort; pour lequel faict, il fut peu apres constitué prisonnier, et là s’ex¬ cusant, il fist voir qu’il n’auoit blessé des femmes, mais bien trois chats, qui comme espris malings, l’auoient assailly pour le tuer, dequoy on descouure que c’estoit vn prestige du diable » Les trois sor¬ cières furent brûlées, comme bien on pense.
« The lifted eyelid showed only an eye glassy and extinguished like that of a corpse.
« The disciples and the servants washed the body and rubbed the limbs. One of them applied to the yogi's skull a layer of warm wheaten paste, which was renewed several times, while another disciple removed the plugs from the ears and the nose and opened the mouth with a knife. Haridas, like a wax statue, gave no sign indicating that he was about to return to life.
« After opening his mouth, the disciple took his tongue and brought it back to its normal position, where he held it, for it tended ceaselessly to fall bac228
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k upon the larynx. He rubbed his eyelids with grease, and a last application of warm paste was made upon the head. At that moment the ascetic's body was shaken by a start, his nostrils dila¬ ted, a deep inspiration followed; his pulse beat slowly and his limbs grew warm. A little melted butter was put upon the tongue, and after this painful scene, whose issue appeared doubtful, the eyes suddenly recovered their brightness.
« The resurrection of the yogi was accomplished, and as he perceived the rajah, he said to him simply: « Dost thou « believe me now? »
« It had taken half an hour to revive him, and after a lapse of time equal, though still weak, but clothed in a rich robe of honour and decorated with a collar of pearls and bracelets of gold, he was enthroned at the royal table.
« Some time after, the rajah having doubtless challenged the yogi, the latter had himself buried again, but this time six feet under the soil. The earth was beaten about his coffin, the vault was walled, earth was spread over it and barley was sown there. Still according to the same eyewit¬ nesses, Haridas was left four months in that tomb; at the end of that time he came back to life as the first time L »
To whatever one attribute the lethargy of the Hindu fakirs and yogis, and however distant one suppose it from the
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vampiric state, such as we have already described it above, one will nevertheless grant that these divers examples, equally attested and certified at several centuries as at several thousand leagues of interval, sustain and corroborate one another mutually.
As for Lycanthropy, a close kinship evidently links it to vampirism properly so called. In both cases the murderous spectre ranges the country¬ side under divers forms of animals; in both cases it willingly attacks the beings it meets: the essential difference consists precisely in this, that the were-wolf, while his astral form wan¬ ders abroad, is a LIVING sorcerer who slumbers in his bed; and that the vampire, on the contrary, is a DEAD sorcerer who vegetates in his tomb.
The word Lycanthropy is a very improper term; for the erratic transformations of the sorcerer are far from being confined to the general form of the wolf; the traditions of shadowy magic show us the adepts of the Sabbath varying the animal disguis¬ es under which they effect their return, the assembly ended: cat, dog, goat, sheep, and even snail, slug or toad; — the only embarrassment is that of choice. Which permits the rabid of demonology to cross rather frequently magi¬ cians and sorceresses returning from the Sabbath: for it would need great ill luck not to perceive upon one's road a single one of these divers animals.
Let us say, to return to the were-wolf, that in
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the real cases of pseudo-morphic bilocation, the instantaneity of the repercussive phenomenon has been established many a time, which imprints upon the inert and absent material body the trace of the blows and the stigma of the woun¬ ds borne by the erratic phantom. — An example: « It is read moreouer that in the diocese of Argentine three damsell sorceresses assailed in the forme of cats a villager ' who was cutting wood, and that defending himselfe he strooke and wounded them sore; for which deed he was a little after made prisoner, and there excu¬ sing himselfe, he made it appeare that he had not wounded women, but rather three cats, which as malign spirits had assailed him to kill him, whereby it is discouered that it was a prestige of the diuell » The three sor¬ ceresses were burned, as one may well suppose.
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