Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
Pour les modernes Hindous, ils sont descendus jus¬ qu’aux derniers échelons des croyances supersti¬ tieuses : l’enchanteur est à la fois, chez eux, oracle, magnétiseur, exorciste, saltimbanque et mendiant. Ce sont surtout les Fakirs et même certains prêtres de bas étage {Pourohîtas), puis les ascètes et les moines quêteurs ; tous rivalisent de momeries et per¬ pètrent des phénomènes d’ailleurs surprenants, à grand renfort de mentrams^ et d’invocations aux Pitris . On peut lire dans les intéressants ouvrages de Louis Jacoliiot — le Spiritisme dans l’Inde en particulier et les Fils de Dieu — des détails aussi complets qu’imprévus sur ces sortes d’espèces. L’admiration, la vénération des campagnes leur est universelle¬ ment acquise. Les brahmes pandits ^ et les initiés dë
1 Voir Platon (Dialogue de Timée).
2 Conjurations.
5 Esprits désincarnés, âmes des ancêtres. ^ Savants.
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la Haute Doctrine : Dioidjas * et Yoghis ^ véritables, Tchêlas et Shabérons ^ sont presque seuls sur la pénin¬ sule, tout à fait exempts de cette lèpre morale; si nous sortons de la caste sacerdotale, à peine quelques Rajahs et l’élite des Xchatryas ^ font-ils exception
Chez les anciens Hébreux, la Magie noire se borne à révocation des spectres de la lumière négative, Aôbôth, niaiN, si sévèrement proscrite par Moïse. Les raffinements de la sorcellerie ne s’introduisent en Israël que relativement tard.
* Deux fois nés.
2 Unis en Dieu.
^ Shabérons, moines bouddhistes des couvents thibétains ; — Tchêlas, disciples de la Science occulte. On en compte assez peu dans rinde proprement dite.
Rajahs, princes hindous; — Xchatryas, nobles de la caste guerrière.
^ Recommandons à ce propos un livre très ancien et fort peu connu, dont les documents, cueillis au jour le jour dans l’Inde, furent groupés et mis en lumière par un voyageur du xvii® siècle, missionnaire protestant, Abraham Rogerics, « qui a faict sa rési¬ dence l’espace de dix années sur les costes du Ghoromandel, et aux païs circonuoisins » : La porte ouuerte pour paruenir à la con¬ naissance du Paganisme caché, traduit en français par Th. La Grue (Amsterdam, Jean Schipper, 1670, 1 vol. in-4, frontispice et gravures très curieuses). Le lecteur y trouvera de précieux docu¬ ments, souvenirs peut-être un peu mêlés de mirage, mais doués de la rare et pénétrante saveur qui est propre aux impressions vierges, absolument sincères et naïves. On sent ce livre écrit d’après les enquêtes journalières d’un observateur neuf, ignorant des phi¬ losophies orientales, comme tous ceux de son temps, mais scrupu¬ leux à raconter les choses vues, sans prétention au bel esprit, et ce qui vaut peut-être mieux encore, sans parti pris d’école. Il y est est ^raité fort au long des superstitions de ITnde et des maléfices qui s’y exercent.
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Mais les Finnois et les Accadiens se révèlent moins novices aux opérations criminelles, et François Lenormant nous signale sur la nécromancie d’Accad mille détails caractéristiques : on peut voir, dans les nom¬ breux monuments qu’il commente, le théurge très nettement distingué du sorcier, que l’on flétrit du nom ^homme méchant. Les maléfices s’appellent Vœuvre; les incantations, la parole ; les philtres, la chose mor¬ telle
Nous ne mentionnerons que pour mémoire l’exis¬ tence des magiciens du Mal, dans les autres contrées de l’Orient. Ce n’est point qu’ils soient rares ou que le' r influence y soit nulle: mais à part Geylan, où le Svivaïsme dégénéré en sorcellerie (c’est le cas de tous les cultes morts) fait une rude guerre au Boud¬ dhisme triomphant comme religion, les sorciers orien¬ taux manquent de caractéristiques ; ils semblent tous façonnés sur le même patron.
Il est d’ailleurs un malentendu qu’on ne saurait éclaircir d’une plume trop précise, une confusion coutumière à tous les historiens des mœurs orientales et que les narrateurs de voyages — missionnaires ou explorateurs officiels —semblent prendre à tâche de perpétuer. Sur ce point délicat, ils amoncellent à l’envi de compendieuses ténèbres. Qu’il s’agisse de
^ On ne faisait guère alors de différence entre le philtre et le poison.
Voir La Magie chez les Chaldéens (1874), La Divination chez les Chaldéens (1875). 2 vdl. in-8, Maisonneuve, éditeur.
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récits contemporains ou de documents sur l’époque la plus reculée, historien ou narrateur parle volontiers de magie ; mais il désigne d’un même substantif et enveloppe d’une même épithète le théurge initié des sanctuaires et le nécromant de bas étage dont l’art, prostitué à des œuvres criminelles et sombres, ne répugne pas non plus aux procédés du plus vulgaire escamotage.
Or, la Magie Noire a pour premiers caractères d’être furtive et antisacerdotale, et les rites les plus suspects ne sauraient justifier l’appellation de sorcel¬ lerie, lorsqu’ils sont célébrés au grand jour, par les prêtres d’une religion quelconque, devant les fidèles assemblés.
As for the modern Hindus, they have descended to the lowest rungs of superstitious belief: the enchanter is among them at once oracle, magnetiser, exorcist, mountebank and beggar. They are above all the Fakirs and even certain priests of low degree (Pourohîtas), then the ascetics and the mendicant monks; all vie in mummeries and per¬ petrate phenomena surprising enough, with a great reinforcement of mantrams^ and of invocations to the Pitris. One may read in the interesting works of Louis Jacolliot — Spiritism in India in particular and the Sons of God — details as complete as they are unforeseen upon these sorts of species. The admiration, the veneration of the countryside is universal¬ ly theirs. The brahmin pandits ^ and the initiates of
1 See Plato (Dialogue of the Timæus).
2 Conjurations.
5 Disincarnate spirits, souls of the ancestors. ^ Learned men.
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the High Doctrine: true Dwidjas * and Yogis ^, Chelas and Shaberons ^ are almost alone in the penin¬ sula wholly exempt from this moral leprosy; if we go outside the sacerdotal caste, scarcely do a few Rajahs and the elite of the Kshatryas ^ make an exception
Among the ancient Hebrews, Black Magic is confined to the evocation of the spectres of the negative light, Aôbôth, niaiN, so severely proscribed by Moses. The refinements of sorcery are introduced into Israel only relatively late.
* Twice born.
2 United in God.
^ Shaberons, buddhist monks of the Tibetan convents; — Chelas, disciples of occult Science. Few enough of them are counted in India properly so called.
Rajahs, hindu princes; — Kshatryas, nobles of the warrior caste.
^ Let us recommend in this connection a very old and little known book, whose documents, gathered day by day in India, were grouped and brought to light by a traveller of the xvii century, a protestant missionary, Abraham Rogerius, « who made his resi¬ dence the space of ten yeares upon the coasts of Ghoromandel, and in the neighbouring countreys »: The open doore to attaine to the kno¬ wledge of hidden Paganisme, translated into french by Th. La Grue (Amsterdam, Jean Schipper, 1670, 1 vol. in-4, frontispiece and most curious engravings). The reader will find there precious docu¬ ments, recollections perhaps a little mingled with mirage, but endowed with the rare and penetrating savour proper to virgin impressions, absolutely sincere and artless. One feels this book written after the daily enquiries of a fresh observer, ignorant of the ori¬ ental philosophies, as all of his time were, but scrupu¬ lous in recounting things seen, without pretension to wit, and what is perhaps worth more still, without the parti pris of a school. There is treated in it at great length the superstitions of India and the maleficences that are practised there.
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But the Finns and the Accadians reveal themselves less novice in criminal operations, and François Lenormant points out to us upon the necromancy of Accad a thousand characteristic details: one may see, in the num¬ erous monuments he comments upon, the theurge very clearly distinguished from the sorcerer, who is branded with the name of wicked man. The maleficences are called the work; the incantations, the word; the philtres, the mor¬ tal thing
We shall mention only for the record the exis¬ tence of the magicians of Evil in the other countries of the East. It is not that they are rare or that their influence there is nil: but apart from Ceylon, where Sivaism degenerated into sorcery (it is the case with all dead cults) wages a rough war upon Bud¬ dhism triumphant as a religion, the oriental sorcer¬ ers want for characteristics; they seem all fashioned upon the same pattern.
There is moreover a misunderstanding that cannot be cleared up with too precise a pen, a confusion customary to all the historians of oriental manners and which the narrators of travels — missionaries or official explorers — seem to make it their task to perpetuate. Upon this delicate point they heap up with one accord a compendious darkness. Whether it be a question of
^ Hardly any difference was made then between the philtre and the poison.
See Magic among the Chaldeans (1874), Divination among the Chaldeans (1875). 2 vol. in-8, Maisonneuve, publisher.
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contemporary narratives or of documents upon the most remote epoch, historian or narrator speaks readily of magic; but he designates by one same substantive and wraps in one same epithet the initiated theurge of the sanctuaries and the necromancer of low degree whose art, prostituted to criminal and sombre works, does not shrink either from the procedures of the most vulgar sleight of hand.
Now, Black Magic has for its first characters to be furtive and antisacerdotal, and the most suspect rites could not justify the appellation of sorce¬ ry when they are celebrated in broad day, by the priests of any religion whatever, before the assembled faithful.
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