Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Bref, le pape Clément V rend, en 1310, une dernière bulle, pour ordonner le jugement définitif des Tem¬ pliers. Un petit nombre a nié ; d’autres ont avoué ; plusieurs, comme je l’ai dit, ont rétracté leurs aveux. Les conciles de Sens et de Reims font des accusés quatre catégories : les uns (classes 1,2,3), repentants et réconcilies a 1 Église, en sont quittes pour une péni¬ tence ecclésiastique ou pour la prison perpétuelle ; on livre les autres (4° classe), déclarés relaps, au bras sé¬ culier, et les exécutions commencent.

Le 10 mai 1311, en face de l’abbaye Saint-Antoine, on brûle tout vif un premier condamné, dans l’espoir d’intimider les autres qui s’étaient rétractés et de les réduire à la lettre de leurs premiers aveux. Mais ils sont inébranlables.

Huit jours après, cinquante-quatre de ceux-là mon¬ tent sur des bûchers construits sur le même emplace¬ ment. Cette execution, ralentie a plaisir, pour que la mort vienne plus lente et plus atroce, fait éclater la constance et la haute bravoure de ces martyrs, qui prennent le ciel à témoin qu’ils meurent innocents. Les jours d’après, on brûle encore en deux fois quinze Templiers, qui refusent de se dire coupables.

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En Provence et au Piémont, s’étaient succédées plusieurs exécutions pareilles.

Cependant le grand maître, Jacques de Molay^ lan¬ guissait encore dans les fers avec ses grands prieurs , il ne monte sur l’échafaud que le 18 mars 1313 \ en compagnie du Prince-Dauphin qui 1 a suivi dans la ré¬ tractation solennelle de ses premiers aveux. Tous deux sont hrûlés à très petit feu, dans l’île située entre les jardins du roi et les Augustins, au lieu précis où se dresse aujourd’hui la statue équestre de Henri IV, sur le terre-plein du Pont-Neuf. Le lendemain le Chevalier Aumont et sept Templiers, déguisés _^en_jmaçons, recueillent pieusement les cendres du bûcher. L’Ordre des Francs-Maçons a pris naissance...

Dès septembre 1311, le Concile de Vienne, où l’on vit siéger plus de trois cents prélats, avait aboli l’Ordre du Temple ; les biens immenses de la communauté, passant aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem récemment établis à Rhodes, ne devaient profiter que d’une sorte indirecte ~ à l’inique héritier de Hugues

^ Nombre d’auteurs, notamment Henri Martin [Histoire de France, tome IV, page o03), Bouillet, dans son Dictionnaire d’Histoire et de Géographie, et Collin de Plancy, dans son Dic¬ tionnaire Infernal, donnent une date différente : 18 mars 1314. — Nous allons voir que les traditions maçonniques disent de même.

Cette apparente contradiction n’ad’autre cause que le remaniement apporté au Calendrier sous Charles IX, par l’édit de Roussillon (1364). L’année qui ne commençait qu’à Pâques remonta jusqu’au l®'' jan¬ vier. Le supplice de Jacques Molay se trouva donc à la date de 1313 ou de 1314 selon lesyslème qu’on adoptait: l’ancien ou le nouveau.

2 Frais de mutation, impôts, amendes et redevances de toute na¬ ture, — confiscation à peine déguisée.

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Gapet. Plus ouvertement heureux, les monarques espagnols réussirent à se faire attribuer tous les biens que les Templiers possédaient dans leurs États.

Quelque réserve que nous ayons apportée dans la qualification des crimes qui furent imputés à ceux-ci, nous ne pouvons éluder une dernière question, qui touche de trop près à l’objet de ce livre : les Templiers étaient-ils des sorciers ?

Il s’agit de bien s’entendre sur les mots.Le lec¬ teur nous pardonnera-t-il d’ouvrir une parenthèse ?

C’est une règle de prudence, de se méfier toujours des catégories trop tranchées et des étiquettes trop exclusives...

Un occultiste de nos jours a condensé, dans une double et excellente formule, la définition distinctive des hiérophantes de la Lumière et de la Nuit : — « Le magicien dispose d’une force qu’il connaît ; le sorcier s’efforce d’abuser de ce qu’il ignore. Le

Diable (s’il est permis dans un livre de science d’em¬ ployer ce mot décrié et vulgaire), le Diable se donne au magicien^et le sorcier se donne au Diable^. «

Voilà qui s’appelle pris sur le vif. Il est supérieu¬ rement crayonné là, le Janus de l’occultisme, dans l’antithèse de sa double nature: de ces deux faces, l’une sourit, empreinte d’une autorité sereine et douce ; l’autre grimace, flétrie des stigmates jumeaux de l’impuissance finale et de l’envie. Tout semble indiqué

^ Eliphas Lévi, Dogme, page U7.

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dans chacun par effet de repoussoir : ce qu’il est, ce qu’il sait, ce qu’il veut, ce ({w'Wpeut, ce qu’il ose.

Mais, si judicieuses qu’on les veuille supposer, ces sortes de formules absolues restent entachées d’un vice rédhibitoire : les meilleures d’entre elles, énonçant l’universel qui est la règle, non seulement négligent, maiif^(fêmentent le particulier qui est l’exception.

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In short, pope Clément V issues, in 1310, a last bull, to order the definitive judgment of the Tem¬ plars. A small number have denied; others have avowed; several, as I have said, have retracted their avowals. The councils of Sens and of Reims make of the accused four categories: the first (classes 1,2,3), repentant and reconciled to 1 Church, are quit of it for an ecclesiastical peni¬ tence or for perpetual prison; the others (4° class), declared relapsed, are delivered to the se¬ cular arm, and the executions begin.

The 10 May 1311, over against the abbey Saint-Antoine, a first condemned man is burned all alive, in the hope of intimidating the others who had retracted and of reducing them to the letter of their first avowals. But they are unshakable.

Eight days after, fifty-four of those moun¬ t upon pyres constructed upon the same site. This execution, slowed at pleasure, that death might come more slow and more atrocious, makes burst forth the constancy and the high bravery of these martyrs, who take heaven to witness that they die innocent. The days after, there are burned again in two times fifteen Templars, who refuse to call themselves guilty.

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In Provence and in Piedmont, several like executions had followed one upon another.

Meanwhile the grand master, Jacques de Molay^ lan¬ guished still in irons with his grand priors , he mounts the scaffold only the 18 March 1313 \ in company with the Prince-Dauphin who 1 has followed him in the solemn re¬ tractation of his first avowals. Both are burned at a very slow fire, in the island situated between the gardens of the king and the Augustins, at the precise place where rises to-day the equestrian statue of Henri IV, upon the terre-plein of the Pont-Neuf. The morrow the Knight Aumont and seven Templars, disguised _^as_jmasons, piously gather the ashes of the pyre. The Order of the Free-Masons has taken birth...

From September 1311, the Council of Vienne, where more than three hundred prelates were seen to sit, had abolished the Order of the Temple; the immense goods of the community, passing to the Knights of Saint-Jean of Jerusalem recently established at Rhodes, were to profit only in an indirect sort ~ the iniquitous heir of Hugues

^ A number of authors, notably Henri Martin [Histoire de France, tome IV, page o03), Bouillet, in his Dictionnaire d'Histoire et de Géographie, and Collin de Plancy, in his Dic¬ tionnaire Infernal, give a different date: 18 March 1314. — We shall see that the masonic traditions say the same.

This apparent contradiction hasno other cause than the recasting brought to the Calendar under Charles IX, by the edict of Roussillon (1364). The year which began only at Easter went back to the l®'' Jan¬ uary. The torment of Jacques Molay found itself therefore at the date of 1313 or of 1314 according to thesystem one adopted: the old or the new.

2 Fees of transfer, imposts, fines and dues of every na¬ ture, — a confiscation barely disguised.

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Capet. More openly fortunate, the Spanish monarchs succeeded in having attributed to themselves all the goods the Templars possessed within their States.

Whatever reserve we may have brought into the qualification of the crimes that were imputed to these, we cannot elude a last question, which touches too nearly the object of this book: were the Templars sorcerers?

It is a matter of understanding one another well upon the words.The rea¬

der, will he pardon us for opening a parenthesis?

It is a rule of prudence always to mistrust categories too clear-cut and labels too exclusive...

An occultist of our days has condensed, in a double and excellent formula, the distinctive definition of the hierophants of the Light and of the Night: — « The magician disposes of a force he knows; the

sorcerer strives to abuse that of which he is ignorant. The

Devil (if it be permitted in a book of science to em¬ ploy this decried and vulgar word), the Devil gives himself to the magician^and the sorcerer gives himself to the Devil^. »

That is what is called taken from the life. He is superb¬ ly pencilled there, the Janus of occultism, in the antithesis of his double nature: of these two faces, the one smiles, stamped with a serene and gentle authority; the other grimaces, withered with the twin stigmata of final impotence and of envy. Everything seems indicated

^ Eliphas Lévi, Dogme, page U7.

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in each by effect of foil: what he is, what he knows, what he wills, what he can, what he dares.

But, however judicious one may wish to suppose them, these sorts of absolute formulas remain tainted with a redhibitory vice: the best among them, enouncing the universal which is the rule, not only neglect, but belie the particular which is the exception.

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