Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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la guerre civile sonnaient le glas de la liberté, l’heure de la licence était venue. On vit éclore toute une généra¬ tion spontanée des larves du faux Occultisme. Jeteurs de sorts, diseurs de bonne aventure, Phrygiens faisant négoce clandestin de philtres, de charmes et d’amu¬ lettes ; faux astrologues, soi-disant Ghaldéens qu’on jugeait versés dans le tréfonds de toutes les connais¬ sances secrètes et prohibées ; la lie des peuples avait envahi la grande cité en fermentation. A défaut de science et de moralité, ces charlatans, qui ne man¬ quaient pas d’audace, faisaient une rude concurrence aux augures, flamines et autres aruspices ; le peuple penchait aux momeries, déjà désenchanté de la reli¬ gion des ancêtres — et les vainqueurs policés du monde accueillaient avec faveur les plus dégradantes superstitions des barbares vaincus.

Mais la vogue allait de préférence aux devins, aux astrologues: on vit des citoyens acquérir à prix d’or et consulter dans le plus grand mystère quelques recueils d’énigmes, qu’ils s’obstinaient à regarder comme d’authentiques et inappréciables copies de ces fameux rouleaux que la sybille de Gumes avait brûlés, dit la légende, en présence de Tarquin et de son attitude dédaigneuse.

La Magie devient empoisonneuse à Rome avec Locuste, comme en Golchide et en Thessalie, avec Médée. La mort de Britannicus, scrupuleusement relatée par Tacite jusqu’en ses moindres détails, atteste la connaissance et l’emploi, sous le règne de

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Néron, de toxiques dont nous ne possédons plus la formule. Le fait du jeune prince foudroyé dès que la coupe eut touché ses lèvres, fit songer la plupart des scholiastes à VAcide frussique, le seul* des poi¬ sons connus à cette heure, dont l’action sur l’organisme soit assez immédiate pour expliquer la très précise version des contemporains.

Mais cette hypothèse nous apparaît elle-même dé¬ nuée de fondement. — L’on se souvient que l’empe¬ reur, par une perfidie vraiment exquise et bien propre à détourner le soupçon, voulut qu’un esclave goûtât le premier au breuvage qu’il destinait à sa victime. Mais Britannicus se récria, tant la boisson lui parut brûlante et, sans défiance, y versa de l’eau froide. Chose prévue: seule, l’eau froide était empoisonnée... C’est ainsi la que mort se glissa — furtivement, si l’on peut dire — dans la coupe de l’hôte impérial.

Or, l’acide cyanhydrique (ou prussique) est aussi volatil que l’éther. Mêlé à un liquide presque en ébulli¬ tion, il se fût aussitôt dégagé en tori'ents d’âcres vapeurs ; et non seulement Britannicus eût chancelé, suffoqué du coup, sans avoir pu lever la coupe à hau¬ teur de ses lèvres ; mais l’asphyxie aurait encore ter¬ rassé l’échanson lui-même, et peut-être les voisins immédiats du prince. En tout cas, une subtile et péné¬ trante odeur d’amande amère, envahissant toute la salle.

' Toutes les substances susceptibles d: ta rif/wea/" d’avoir produit une mort aussi rapide,— Nicotine, Conieine, Azotite d’Amyte — sont également volatiles, les deux dernières surtout, et douées toutes trois d’une odeur aussi forte que révélatrice.

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eût révélé sur-le-champ, en incommodant les convives, la nature du liquide versé. Qu’on se reporte aux récits de Tacite, de Suétone; rien de pareil n’eut lieu.

Qu’en conclure? Est-ce à dire que Locuste possédât le secret de toxiques inconnus à la science de nos jours?... Ou le breuvage qu’elle sut préparer était-il flus ou moins qu’un poison, dans la moderne accep¬ tion du vocable?.

L’école théurgique des néo-platoniciens, fondée à Alexandrie, appartient par tout un côté à l’histoire de la Haute Magie. Elle verse néanmoins dans certaines pratiques plus que suspectes, et c’est sans injustice qu’on lui a reproché souvent, malgré sa science, des tendances entachées d’une évidente superstition.

Ce même grief s’applique plus équitablement encore aux diverses écoles de gnose, même les moins excen¬ triques; nées dès le berceau du christianisme, ces sectes, sous prétexte d’une protestation de Vesprit contr,p la lettre morte, réalisèrent VAntéchrist ‘ dans

^ Spiritus qui solüit Christum... nous connaissons déjà cette définition profonde de l’Antéchrist : c’est l’esprit de sectarisme, d’intolérance, de division...

Il est bien entendu qu’il ne saurait être question ici des gnpstiques orthodoxes: saint Irénée, saint Denis l’Aréopagite, saint Clé¬ ment d’Alexandrie, Synésius, etc.

Quant à certains gnostiques dissidents, tels que Marcion et Va¬ lentin, nous les blâmons comme sectaires, se mettant d’eux-mêmes en dehors de l’unité ; mais nous ne saurions méconnaître la Science de ces ésotériciens, qui rayonne encore, bien que mêlée d’erreurs, sous le voile malheureusement éclectique et par conséquent bâtard

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l’Eglise, en y déterminant le schisme. Ce point de vue capital une fois mis de coté, il n’est guère déniable encore que plusieurs de ces communautés dissidentes s’adonnèrent presque aussitôt aux plus noires pratiques de la Goëtie.

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the civil war was tolling the knell of liberty, the hour of licence had come. There was seen to hatch a whole spontaneous genera¬ tion of the larvae of false Occultism. Casters of spells, tellers of fortunes, Phrygians driving a clandestine trade in philtres, charms and amu¬ lets; false astrologers, so-called Chaldeans who were judged versed in the innermost depths of all secret and prohibited knowl¬ edge; the dregs of the peoples had invaded the great city in ferment. For want of science and morality, these charlatans, who did not want for audacity, made rough competition for the augurs, flamens and other haruspices; the people leaned to mummeries, already disenchanted with the reli¬ gion of the ancestors — and the polished conquerors of the world welcomed with favour the most degrading superstitions of the vanquished barbarians.

But the vogue went by preference to the diviners, to the astrologers: citizens were seen to acquire at a price of gold and consult in the greatest mystery certain collections of enigmas, which they persisted in regarding as authentic and inappreciable copies of those famous rolls that the sibyl of Cumae had burned, says the legend, in the presence of Tarquin and of his disdainful attitude.

Magic becomes a poisoner at Rome with Locusta, as in Colchis and in Thessaly with Medea. The death of Britannicus, scrupulously related by Tacitus down to its least details, attests the knowledge and the use, under the reign of

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Nero, of toxics whose formula we no longer possess. The fact of the young prince struck down as soon as the cup had touched his lips made most of the scholiasts think of prussic Acid, the only* one of the poi¬ sons known at this hour whose action upon the organism is immediate enough to explain the very precise version of the contemporaries.

But this hypothesis appears to us itself de¬ void of foundation. — It will be remembered that the empe¬ ror, by a perfidy truly exquisite and well fitted to turn away suspicion, willed that a slave should taste first of the draught he destined for his victim. But Britannicus cried out, so scalding did the drink seem to him and, unsuspecting, poured cold water into it. A thing foreseen: the cold water alone was poisoned... It was thus that death slipped — furtively, if one may say so — into the cup of the imperial guest.

Now hydrocyanic (or prussic) acid is as volatile as ether. Mingled with a liquid all but boiling, it would have been released at once in torrents of acrid vapours; and not only would Britannicus have staggered, suffocated on the instant, without having been able to raise the cup to the height of his lips; but the asphyxia would further have felled the cupbearer himself, and perhaps the prince's immediate neighbours. In any case, a subtle and pene¬ trating odour of bitter almond, invading the whole hall,

' All the substances liable to be suspected of having produced a death so rapid, — Nicotine, Conicine, Amyl Nitrite — are equally volatile, the two last above all, and all three endowed with an odour as strong as it is revealing.

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would have revealed on the spot, by incommoding the guests, the nature of the liquid poured. Let one turn to the narratives of Tacitus, of Suetonius; nothing of the sort took place.

What is to be concluded from it? Is it to say that Locusta possessed the secret of toxics unknown to the science of our day?... Or was the draught she knew how to prepare more or less than a poison, in the modern accep¬ tation of the word?.

The theurgic school of the neo-platonists, founded at Alexandria, belongs by one whole side to the history of High Magic. It falls nevertheless into certain more than suspect practices, and it is without injustice that it has often been reproached, despite its science, with tendencies tainted by an evident superstition.

This same grievance applies still more equitably to the divers schools of gnosis, even the least eccen¬ tric; born in the very cradle of christianity, these sects, under pretext of a protest of the spirit against the dead letter, realised the Antichrist ' in

^ Spiritus qui solvit Christum... we know already this profound definition of the Antichrist: it is the spirit of sectarianism, of intolerance, of division...

It is well understood that there can be no question here of the orthodox gnostics: saint Irenaeus, saint Denis the Areopagite, saint Cle¬ ment of Alexandria, Synesius, etc.

As for certain dissident gnostics, such as Marcion and Va¬ lentinus, we blame them as sectaries, putting themselves of their own accord outside unity; but we could not misprize the Science of these esotericists, which shines still, though mingled with errors, beneath the unhappily eclectic and consequently bastard veil

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the Church, by determining schism in it. This capital point of view once set aside, it is hardly deniable further that several of these dissident communities gave themselves up almost at once to the blackest practices of Goety.

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