Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
t Traduit et condensé par André du Chesne, 1611, petit in-8.
2 C’est l’ouvrage auquel nous avons emprunté la note de la page précédente.
3 Nous restituerons seulement l’orthographe de l’époque.
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corder cette fantaisie dernière, et laissa comme un testament singulier de sa monomanie, s’est fait introu¬ vable. Il semble assez curieux pour mériter les hon¬ neurs de la réimpression, qu’on accorde si commu¬ nément à des pièces médiocres et insipides. Puisse un éditeur artiste réaliser ce vœu !
.En ma presence vn iource faict est arriué :
Comme à mes questions, d’vn air embarrassé La sorcière restait entièrement muette, le deuinai prez d’elle vne cause secrette.
Elle baissoit les yeux et puis les releuoit.
Par ses gestes à soy du secours appeloit.
l’exigeai la raison d’vne si grande craincte ;
La Sorcière alors, déposant la conlraincte :
« Hélas ! s’écria-t-elle en sa viue douleur,
« Voilà de tous mes maux l’abominable autheur!
« Il se tient sur ce mur, placé dans ceste fante;
« Pour me couper la voix, il seme l’espouuante.
« Des pattes d’vn homard ses mains ont le contour ;
« Dans la fante il s’auance et rentre tour à tour,
« Pareil au limaçon qui rencontre vne borne.
« Ah! voicy qu’il reculle, auec sa double corne! »
De la société sages modérateurs.
De tous crimes commis inflexibles vengeurs, luges, ne craignez poinct de vous monstrer seueres Dans vos arrêts portez pour punir la sorcière.
Sur ce faict, prononcez du bûcher le supplice :
Tous les siècles loueront ces actes de justice !...
La rime nest pas riche et le style en est vieux,..^ mais ce morceau donne l’envie de connaître le reste.
Il semble que nous ayons suffisamment compilé, pour qu’on nous veuille octroyer la dispense de nomen¬ clatures nouvelles.
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Ce n’est pas en quelques lignes qu’on peut retracer les exploits des démonologues, presque tous doublés d’un juge et d’un législateur. Mais il y aurait un beau livre à faire, terrible et captivant ! Ges suppôts d’un fanatisme légal ont tous leurs traits distinctifs : chacun d’eux signa son œuvre d’une estampille qui lui est propre ; — et l’on retrouverait aisément ce cachet psy¬ chologique, à l’examen des diverses hécatombes dont ils ensanglantèrent à la ronde le territoire de leurs juri¬ dictions respectives.
Nicolas Remigius est un mystique de la férocité ; les neuf cents sorcières qu’il brûle dans la Lorraine en un court laps de temps n’en témoignent pas seules : qua¬ torze femmes inculpées se suicident, pour ne point passer par ses mains, et il s’en vante dans la préface de son livre, dédié au cardinal de Lorraine (1596).
L’Evêque de Genève, grand seigneur des plus hau¬ tains, n’est pas moins çxpéditif, une quinzaine de lustres auparavant : c’est en trois mois qu’il brûle ses cinq cents sociers.
Grillandus, inquisiteur à Arezzo, (1520) avoue mille sept cent soixante-dix victimes : inflexible et solennel, sans colère et sans pitié *, c’est un sacer-
* Un trait de Grillandus, conté par Michelet : « Un jeune homme ■ traversant la campagne à la première heure de l’aube et suivant un ruisseau s’entend appeler d’une voix très douce, mais craintive et tremblante. Et il voit là un objet de pitié, une blanche figure de femme à peu près nue, sauf un petit caleçon. Honteuse, frisson¬ nante, elle était blottie dans les ronces. Il reconnaît une voisine; elle le prie de la tirer de là. « Qu’y faisiez-vous? — Je cherchais mon âne. » Il n’en croit rien, et alors elle fond en larmes.Le
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doce qu’il exerce ; et nul autre Docteur, sauf peut-être le jésuite Delrio, n’est plus systématique et plus casuiste.
Sprenger, tout à l’inverse, est compatissant et bon; c’est par charité qu’il grille ses quelque mille justi¬ ciables (1485); il veut les sauver de l’enfer, d’abord; puis, attendri par les plaies et les misères du peuple, communément attribuées aux adeptes de la Magie noire, il veut faire cesser cet état de choses, en exter¬ minant jusqu’au dernier magicien.
Pierre de Lancre, conseiller au Parlement de Bor¬ deaux, homme de naturel bienveillant et de mœurs faciles — amoureux des jolies sorcières quand il ne les brûle pas — Pierre de Lancre avoue, avec une désinvolture incroyable, en avoir condamné six cents, dans l’espace de trois mois, au pays de Labourt ( 1609). Suivant certains historiens, c’est un millier qu’il fal¬ lait dire.
A la même époque, le plus férocement stupide de tous, Henry Boguet, juge à Saint-Claude, en fait monter six cents sur les bûchers bourguignons (vers 1602).
L’auteur de la République, éloquent avocat,écrivain d’ailleurs libéral et fort en avance sur son siècle, Jean
Diable l’a menée au Sabbat; en la ramenant, il a entendu une cloche et l’a laissée tomber. Elle tâcha d’assurer sa discrétion... Malheu¬ reusement le sot ne put tenir sa langue... Elle fut brûlée. Grillandus en parle avec complaisance, et dit (le sensuel boucher) : « Elle était belle et assez grasse, pulchra et satis pinguis. » (La Sor¬ cière, page 445.)
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Bodin s’esquisse lui-même d’un trait de plume : il émet le vœu de voir réunis les centaines de mille sorciers qui infestent le monde, pour pouvoir, lui Bodin, les griller en un seul tas.
t Translated and condensed by André du Chesne, 1611, small in-8.
2 It is the work from which we borrowed the note of the preceding page.
3 We shall restore only the orthography of the epoch.
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ting himself this last fancy, and left as a singular testament of his monomania, has made itself unfin¬ dable. It seems curious enough to merit the hon¬ ours of reprinting, so commonly accorded to mediocre and insipid pieces. May an artist publisher realise that wish!
.In my presence a strange deed came to passe:
As to my questions, with an embarrassed aire The sorceresse remained entirely mute, I diuined neere her a secret cause.
Shee lowered her eyes and then raised them againe,
By her gestures called succour to herselfe.
I required the reason of so great a feare;
The Sorceresse then, laying downe constraint:
« Alas! shee cried in her liuely griefe,
« Behold of all my woes the abominable authour!
« He holds upon this wall, placed in this cranny;
« To cut off my voice, he soweth terrour.
« Of a lobster's clawes his hands haue the contour;
« Into the cranny he aduanceth and withdraweth by turnes,
« Like the snaile that meeteth with a bound.
« Ah! see how he recoileth, with his double horne! »
Of societie wise moderatours,
Of all crimes committed inflexible auengers, ludges, feare not to shew yourselues seuere In your decrees borne to punish the sorceresse.
Upon this deed, pronounce the torment of the stake:
All the ages shall praise these acts of iustice!...
The rhyme is not rich and the style of it is old,.. but this morsel gives one the wish to know the rest.
It seems that we have compiled sufficiently for the dispensation from new nomen¬ clatures to be granted us.
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It is not in a few lines that one can retrace the exploits of the demonologists, almost all of them doubled with a judge and a legislator. But there would be a fine book to make, terrible and captivating! These underlings of a legal fanaticism all have their distinctive traits: each of them signed his work with a stamp proper to himself; — and one would easily find again that psy¬ chological seal on examining the divers hecatombs with which they bloodied all around the territory of their respective juris¬ dictions.
Nicolas Remigius is a mystic of ferocity; the nine hundred sorceresses he burns in Lorraine in a short space of time do not alone witness to it: four¬ teen accused women kill themselves rather than pass through his hands, and he boasts of it in the preface of his book, dedicated to the cardinal of Lorraine (1596).
The Bishop of Geneva, a great lord of the most haugh¬ ty, is no less expeditious some fifteen lustres earlier: it is in three months that he burns his five hundred sorcerers.
Grillandus, inquisitor at Arezzo, (1520) avows one thousand seven hundred and seventy victims: inflexible and solemn, without anger and without pity *, it is a priest-
* A trait of Grillandus, told by Michelet: « A young man crossing the country at the first hour of dawn and following a stream hears himself called in a very gentle voice, but fearful and trembling. And he sees there an object of pity, a white figure of a woman almost naked, save for a little pair of drawers. Ashamed, shiver¬ ing, she was huddled in the brambles. He recognises a neighbour; she begs him to draw her out of there. « What were you doing there? — I was seeking my ass. » He believes nothing of it, and then she melts into tears. The
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hood he exercises; and no other Doctor, save perhaps the jesuit Delrio, is more systematic and more casuist.
Sprenger, quite the reverse, is compassionate and good; it is out of charity that he grills his thousand or so justi¬ ciables (1485); he wishes to save them from hell, first; then, moved by the sores and miseries of the people, commonly attributed to the adepts of black Magic, he wishes to make an end of that state of things by exter¬ minating the last magician.
Pierre de Lancre, counsellor at the Parlement of Bor¬ deaux, a man of benevolent nature and of easy morals — a lover of the pretty sorceresses when he is not burning them — Pierre de Lancre avows, with an incredible offhandedness, that he condemned six hundred of them in the space of three months in the country of Labourt (1609). According to certain historians, a thousand is what should have been said.
At the same epoch, the most ferociously stupid of them all, Henry Boguet, judge at Saint-Claude, sends six hundred up onto the Burgundian stakes (about 1602).
The author of the Republic, an eloquent advocate, a writer moreover liberal and well in advance of his century, Jean
Devil had taken her to the Sabbath; bringing her back, he heard a bell and let her fall. She tried to make sure of his discretion... Unfor¬ tunately the fool could not hold his tongue... She was burned. Grillandus speaks of it with complacency, and says (the sensual butcher): « She was fair and fat enough, pulchra et satis pinguis. » (The Sorceress, page 445.)
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Bodin sketches himself with a stroke of the pen: he utters the wish to see gathered together the hundreds of thousands of sorcerers who infest the world, so that he, Bodin, might grill them in a single heap.
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