Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)

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Des bergers ignares et crétins sont souvent de redoutables jettatores; chez eux l’instinct supplée à l’intelligence avortée. Ils dis¬ pose nt de fluides grossiers, accumulés à haute tension — et la terreur crédule des masses soumet à leur ascendant des êtres infiniment supérieurs à eux-mêmes, mais s ubjugués par la crainte et la su¬ perstition.

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s’ensuit que le cachet de sa domination, l’empreinte de sa présence, sdL signature vaovdXQ, en un mot, offrent nécessairement toutes les marques distinctives du nonêtre, de la misère et de l’envie.

Ce triple critérium est infaillible. Le lecteur luimême pourra s’en convaincre au chapitre vi : consa¬ cré tout entier à la description du sorcier dans son moderne avatar (si différent par la forme de ce qu’il apparaissait jadis), ce chapitre n’étonnera personne; et placé face à face avec les familiers de Béelzebuth, en blouse ou en habit noir, nul, grâce au signalement ci-dessus, n’hésitera sans doute à les reconnaître.

Il .est de fait qu’en tous climats comme à tous les âges, le mal se manifeste sous des aspects peu va¬ riables : aberration de l’esprit, perversion de l’âme, souillures du corps — ce sont mêmes folies, mêmes passions, mêmes vices et, comme le dit quelque part Eliphas Lévi, « l’Esprit de ténèbres n’est guère in¬ ventif V . wt C-âw. X it. V^C

Les magiciens noirs se retrouvent donc tout au long de l’histoire des peuples et l’on serait bien empêché de dire une époque ou un pays qu’ait épargné ce genre de peste.

Interrogez les annales de l’antiquité : pas un écri¬ vain qui ne témoigne de leur existence et delà terreur qui gagnait les hommes à leur approche. Les Pères de l’Église proclament à l’envi que les premiers siècles de l’ère chrétienne en furent infestés.

Si l’on se reporte aux chroniques du moyen âge.

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12o on les voit pulluler sur la face de l’Europe, avec l’effroyable fécondité propre aux races maudites.

Ils sont les larves de ce long crépuscule... Gomme les libellules de nos étangs, nées de la vapeur d’eau sous l’influence d’un rayon de soleil j eux semblent naître de l’épaississement des ténèbres sur la vapeur du sang versé.

Mais ce ne sont pas de simples fantômes, hélas! car la grande aurore de la Renaissance ne les dissipe point. Ils ne sont que d’une trop formidable réalité. Loin qu’il diminue, leur nombre croît de jour en jour : le zèle féroce du magistrat ne le dispute qu’à la ruse perverse du criminel et, toujours capitaux, les procès de sorcellerie ne laissent chômer ni juge, ni p^’ocureur, ni bourreaux.

Ceci nous conduit jusqu’en plein xviii” siècle !.

A cette heure même, que la torture est abolie et que les nécromans ne risquent guère de démêlés avec la justice, si ce n’est quelque anodine poursuite pour escroquerie ou vagabondage, 1 on commettrait une grave erreur à soutenir la disparition de leur postérité funeste.

Etre hybride, presque uniformément malicieux et sot, le sorcier ne témoigne que par exception d’une intelligence à demi-sombrée déjà dans le fanatisme. Ingénieux par instinct aux travestissements les plus inouïs, il a changé d’aspect, de mœurs et de langage. Sous la blouse du paysan, sous la redingote du mé¬ decin, ailleurs encore nous le retrouvons, presquep. 126 aussi répandu et j’ajouterai plus dangereux peut-être dans ses modalités nouvelles. hélas ! aussi sous la robe du prêtre. C’est affaire de statistique ; à toute époque, du reste, il en fut ainsi. Comme les médecins fournissent à l’opiophagie et à ses équivalents le con¬ tingent le plus sérieux : de même et pour des motifs analogues, l’armée de Satan s’est toujours recrutée de préférence dans le sacerdoce. Ce rapprochement ne laisse pas que d’être piquant et la vérification facile de part et d’autre.

Je le répète : jamais sorciers ne furent plus hardis et plus malfaisants qu’à cette époque qui les nie.

Il y a peut-être quelque courage à rompre de visière aux préjugés les plus honorablement reçus : mais ce que j’avance, je le soutiendrai par des exemples ; je le démontrerai par des faits ; enfin je l’expliquerai par la mise au jour d’une doctrine singu¬ lière et méconnue, médiatrice delà libre raison et des institutions populaires, conciliatrice de la science la plus méfiante et des plus augustes traditions.

Le sorcier, ai-je dit, est de tous les temps, de toutes les latitudes.

Pour remonter à la plus lointaine des civilisations — si vaguement estompée dans les brumes du passé, que tous les documents réunis sur elle par les chercheurs tiendraient en une demi-page — nous savons pour¬ tant que les Atlantes, dont un cataclysme sans exemple dans l’histoire engloutit le continent plus de neuf

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mille ans avant notre ère ^ avaient leurs devins et leurs sorciers.

L’Inde a toujours connu les sorciers; mais, à l’ori¬ gine, ils dissimulaient leur malice et déguisaient leurs pratiques sans nom, que n eussent point tolérées les sages successeurs du grand théocrate Rama. Ils ne commencèrent à se montrer dans la péninsule qu’à l’heure où, sourdement travaillé par la fermentation du schisme imminent, l’Etat social penchait insensible¬ ment vers son déclin.

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Ignorant and cretinous shepherds are often redoubtable jettatores; in them instinct supplies the place of an aborted intelligence. They dis¬ pose of gross fluids accumulated at high tension — and the credulous terror of the masses subjects to their ascendancy beings infinitely superior to themselves, but s ubjugated by fear and su¬ perstition.

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follows that the seal of his domination, the imprint of his presence, his moral signature, in a word, offer necessarily all the distinctive marks of non-being, of misery and of envy.

This triple criterion is infallible. The reader himself will be able to convince himself of it in chapter vi: devoted entire to the description of the sorcerer in his modern avatar (so different in form from what he appeared of old), that chapter will astonish nobody; and set face to face with the familiars of Beelzebub, in smock or in black coat, none, thanks to the description above, will doubtless hesitate to recognise them.

It is a fact that in all climates as in all ages, evil manifests itself under aspects little va¬ riable: aberration of the spirit, perversion of the soul, defilements of the body — they are the same follies, the same passions, the same vices and, as Eliphas Lévi says somewhere, « the Spirit of darkness is hardly in¬ ventive V . wt C-âw. X it. V^C

The black magicians are found therefore all along the history of the peoples, and one would be hard put to name an epoch or a country that this kind of plague has spared.

Question the annals of antiquity: not a wri¬ ter but bears witness to their existence and to the terror that seized men at their approach. The Fathers of the Church proclaim with one accord that the first centuries of the christian era were infested with them.

If one turns to the chronicles of the middle ages,

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one sees them swarm over the face of Europe, with the appalling fecundity proper to accursed races.

They are the larvae of that long twilight... Like the dragonflies of our ponds, born of the water's vapour under the influence of a ray of sunlight, they seem to be born of the thickening of the darkness upon the vapour of spilt blood.

But they are not simple phantoms, alas! for the great dawn of the Renaissance does not dispel them. They are of a reality only too formidable. Far from diminishing, their number grows from day to day: the ferocious zeal of the magistrate contends only with the perverse cunning of the criminal and, always capital, the trials for sorcery leave neither judge, nor prosecutor, nor executioners idle.

This carries us right into the xviii century!.

At this very hour, when torture is abolished and the necromancers hardly risk any dealings with justice, save some harmless prosecution for swindling or vagrancy, 1 would commit a grave error in maintaining the disappearance of their baleful posterity.

A hybrid being, almost uniformly malicious and foolish, the sorcerer bears witness only by exception to an intelligence already half foundered in fanaticism. Ingenious by instinct in the most unheard-of disguises, he has changed aspect, manners and language. Under the peasant's smock, under the phy¬ sician's frock-coat, elsewhere again we find him, almost

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as widespread and I would add more dangerous perhaps

in his new modalities. alas! also under the priest's robe. It is a matter of statistics; at every epoch, moreover, it was so. As physicians furnish to opiophagy and its equivalents the most serious con¬ tingent: so likewise and for analogous motives, the army of Satan has always recruited itself by preference in the priesthood. This comparison is not without its piquancy, and the verification is easy on both sides.

I repeat it: never were sorcerers bolder and more maleficent than at this epoch which denies them.

There is perhaps some courage in breaking a lance against the most honourably received prejudices: but what I advance I shall maintain by examples; I shall demonstrate it by facts; lastly I shall explain it by bringing to light a singu¬ lar and misprized doctrine, mediatrix of free reason and of popular institutions, conciliatrix of the most distrustful science and of the most august traditions.

The sorcerer, I have said, belongs to all times, to all latitudes.

To go back to the most distant of civilisations — so vaguely blurred in the mists of the past that all the documents gathered upon it by seekers would hold in half a page — we know nev¬ ertheless that the Atlanteans, whose continent a cataclysm without example in history engulfed more than nine

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thousand years before our era ^, had their diviners and their sorcerers.

India has always known sorcerers; but at the ori¬ gin they dissembled their malice and disguised their nameless practices, which the wise successors of the great theocrat Rama would not have tolerated. They began to show themselves in the peninsula only at

the hour when, secretly worked upon by the ferment of

the imminent schism, the social State was leaning insensib¬ ly towards its decline.

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