Le Serpent de la Genèse — Stanislas de Guaita (Essais de sciences maudites II, 1891)
Pour ce qui est des bulles fulminées par les papes contre les sorciers, des décisions de Conciles, man¬ dements épiscopaux et autres documents émanés de l’autorité religieuse, mon cadre me défend d’y tou¬ cher, même encourant. — Aborder le récit des com¬ pétitions entre les Pouvoirs ecclésiastique et civil, les conflits entre les Tribunaux des deux ordres, et la création des Cours mixtes, etc., ce serait engager mon lecteur dans un inextricable dédale, où je courrais grand risque de m’égarer avec lui, à moins qu’il n’eûtle cruel bon sens de me fausser compagnie; ce dont je le crois bien capable, car sa patience est à bout (j’imagine), après l’énumération sèche et monoMl y a deux ordonnances connexes ; toutes deux se trouvent reproduites in extenso vers la fin de l’ouvrage de Daugy : Traité sur la Magie, Le Sortilège, les Possessions, Obsessions et Maléfices.,, A Paris, chez Pierre Prault, i732, in-12.
Ce sont : 1° Un Edit du Roy pour la punition des différens crimes que font devins, magiciens, sorciers, empoisonneurs, etc... (Devins bannis du Royaume, sacrilèges et empoisonneurs punis de mort...)
2° Une Déclaration du Roy rendue contre les Bohèmes et ceux qui leur donnent retraite.., (Galères à perpétuité pour les Bohémiens ; les Bohémiennes rasées, et en cas de récidive, fustigées et bannies).
p. 230
LE TEMPLE DE SATAN
tone à travers lequelle il a eu la courtoisie de me suivre tout à l’heure.
Je dirai seulement, d’une manière générale, en ce qui regarde la France, qu’un acte du Parlement, décrété en 1281, à la requête de l’Evêque de Paris, réservait exclusivement au clergé la connaissance des crimes qui nous occupent ' ; mais vers le xv' siècle, la jurispru¬ dence enfin se fixa et le juge lai en fut de nouveau saisi.
Je signalerai encore l’inqualifiable bulle d’inno¬ cent VIII (1484) qui prescrit aux magistrats de ne pas soutïrir que le sorcier (souvent idiot et fort incapable de défendre sa vie) se fasse représenter par un avo¬ cat, ou même par un défenseur bénévole. — Dans l’immense majorité des cas, les juges les plus féroces et les moins scrupuleux n’ont tenu aucun compte de cette prohibition ; mais elle n’en reste pas moins typique et révélatrice de l’esprit sacerdotal au moyen âge.
Au demeurant, il en fut de cette défense comme il en sera toujours des prescriptions excessives et propres à révolter la conscience publique : on les viole ouvertement et surtout chacun s’empresse de les faire tomber en désuétude.
En veut-on d’autres exemples ? — Le Rituel Romain rappelle aux malades que, par les décrets du Concile
' Pour plus amples détails, voyez Gôrres [LaMystique, déjà citée, tome V, page 338).
LA JUSTICE DES HOMMES
p. 251
de Latran et parles brefs de plusieurs papes, il est in¬ terdit à tout médecin, sous les peines les plus graves, de visiter plus de trois fois ses clients, sans avoir exigé la preuve qu’ils se sont confessés et qu’ils ont reçu l’abso¬ lution de leurs fautes *. Quand pareille défense a-t-elle été respectée?... Je ne sache pas qu’on en ait tenu compte, même au temps du plus exécrable fanatisme.
Troisième exemple : ce qu’on reproche si aigre¬ ment à Rome d’avoir prescrit en des siècles barbares, le Gouvernement de Louis-Philippe n’a pas eu honte de le reproduire en 1832, après l’émeute du cloître Saint-Merry. Non, je me trompe : il a osé bien pire. M. Gisquet, préfet de Police, a lancé une circulaire, enjoignant à tous les médecins de dénoncer aux con¬ seils de guerre les blessés auxquels ils auraient donné leurs soins!. Pour l’honneur du corps médical français, ce malencontreux fonctionnaire s’est vu désobéi sur toute la ligne : pas une dénonciation n’a été déposée. Cette circulaire avait soulevé une telle nausée dans l’opinion, que le roi Louis-Philippe (soit contagion ou pudeur) crut devoir témoigner lui aussi qu’il en avait eu le cœur levé.
Mais revenons aux mœurs juridiques des derniers siècles en matière de sorcellerie. Des derniers siècles,
* Voici le texte exact du Ritdel : « Au si opus fuerit, tara infirmo quam ejus familiaribus vel propinquis in memoriam revocet, quod Latranensis Concilii, ac plurium Summorutn Pontiflcum decretis eavetur sub gravibus pœnis, ne mediei ultra iertiam rneem ægrotos visitent, nisi prias eertoeonst et eon/essionis saeramenlo rite expiatos fuisse. »
(Chapitre DE VISITATIONE ET CURA INFIRMORüM.)
p. 252
disons-nous, car, si atroce qu’ait été le moyen âge, jamais les exécutions capitales, assaisonnées de cruautés sans nom, ne s’étaient multipliées dans l’histoire comme sous les derniers Valois et les pre¬ miers Bourbons.
Les juristes, nous l’avons dit, avaient classé les faits qui nous occupent parmi les crimes d’exception ; or, nous allons voir ce qu’ils entendaient par là : ces crimes sont « plus graues et qui tendent plus direcment au dômage public et affligent la Republique d’vne façon merueilleuse et toute particulière, comme le crime de laise Maiesté.l’heresie.la sorcel¬ lerie. la trahizon. la coniuration. la falciflcation de la monnoye.le brigandage., lesquels
As for the bulls fulminated by the popes against the sorcerers, the decisions of Councils, episcopal man¬ dates and other documents emanating from religious authority, my frame forbids me to touch them, even in passing. — To approach the account of the com¬ petitions between the ecclesiastical and civil Powers, the conflicts between the Tribunals of the two orders, and the creation of mixed Courts, etc., would be to engage my reader in an inextricable maze where I should run great risk of losing myself with him, unless he had the cruel good sense to give me the slip; of which I believe him quite capable, for his patience is at an end (I imagine), after the dry and monoThere are two connected ordinances; both are found reproduced in extenso towards the end of Daugy's work: Treatise upon Magic, Sortilege, Possessions, Obsessions and Maleficences.,, At Paris, at Pierre Prault's, i732, in-12.
They are: 1° An Edict of the King for the punishment of the divers crimes committed by diviners, magicians, sorcerers, poisoners, etc... (Diviners banished from the Kingdom, sacrilegious persons and poisoners punished with death...)
2° A Declaration of the King rendered against the Bohemians and those who give them shelter.., (Galleys in perpetuity for the Bohemian men; the Bohemian women shaved, and in case of relapse, flogged and banished).
230
THE TEMPLE OF SATAN
tonous enumeration through which he has had the courtesy to follow me just now.
I shall say only, in a general manner, as regards France, that an act of the Parlement, decreed in 1281 at the request of the Bishop of Paris, reserved exclusively to the clergy the cognisance of the crimes that occupy us '; but towards the xv century the jurispru¬ dence was at last fixed and the lay judge was again seised of them.
I shall point out further the unqualifiable bull of Inno¬ cent VIII (1484) which prescribes to the magistrates not to suffer that the sorcerer (often an idiot and quite incapable of defending his life) have himself represented by an advo¬ cate, or even by a benevolent defender. — In the immense majority of cases, the most ferocious and least scrupulous judges took no account of this prohibition; but it remains none the less typical and revelatory of the sacerdotal spirit in the middle ages.
For the rest, it fared with this prohibition as it will always fare with prescriptions excessive and apt to revolt the public conscience: they are openly violated and above all everyone hastens to let them fall into desuetude.
Are other examples wanted? — The Roman Ritual reminds the sick that, by the decrees of the Council
' For fuller details, see Görres (the Mysticism already cited, volume V, page 338).
THE JUSTICE OF MEN
251
of Lateran and by the briefs of several popes, it is for¬ bidden to every physician, under the gravest penalties, to visit his clients more than three times without having required proof that they have confessed and received abso¬ lution of their faults *. When has such a prohibition been respected?... I do not know that account was taken of it, even in the time of the most execrable fanaticism.
Third example: what is so sourly reproached to Rome for having prescribed in barbarous centuries, the Government of Louis-Philippe was not ashamed to reproduce in 1832, after the riot of the cloister Saint-Merry. No, I am wrong: it dared far worse. M. Gisquet, prefect of Police, issued a circular enjoining all physicians to denounce to the coun¬ cils of war the wounded to whom they had given
their care!. For the honour of the medical body French, this unfortunate functionary saw himself disobeyed all along the line: not one denunciation was lodged. That circular had raised such a nausea in opinion that king Louis-Philippe (whether by contagion or by shame) thought fit to testify that he too had had his stomach turned by it.
But let us return to the juridical manners of the last centuries in matter of sorcery. Of the last centuries,
* Here is the exact text of the Ritual: « At si opus fuerit, tam infirmo quam ejus familiaribus vel propinquis in memoriam revocet, quod Latranensis Concilii, ac plurium Summorum Pontificum decretis cavetur sub gravibus pœnis, ne medici ultra tertiam vicem ægrotos visitent, nisi prius certo constet confessionis sacramento rite expiatos fuisse. »
(Chapter DE VISITATIONE ET CURA INFIRMORüM.)
252 THE TEMPLE OF SATAN
we say, for, atrocious as the middle ages were, never had capital executions, seasoned with nameless cruelties, multiplied in history as under the last Valois and the fir¬ st Bourbons.
The jurists, we have said, had classed the facts that occupy us among the crimes of exception; now we shall see what they understood by that: these crimes are « more graue and which tend more directly to the publicke dammage and afflict the Republicke in a maruellous and altogether particular fashion, as the crime of lese Maiestie.heresie.sorce¬ rie. treason. conspiracie. the falsifying of the coyne.brigandage., which
No commentary for this page under the selected tracks.
There is commentary on page 1.