Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1— Allons, viens, reprit-il. Tous les deux ils s’élancèrent sur les faibles sentiers tracés le long de la montagne, en y dévorant les distances et volant d’étage en étage, de ligne en ligne, avec la rapidité dont est doué le cheval arabe, cet oiseau du désert. En quelques moments, ils atteignirent un tapis d’herbes, de mousses et de fleurs, sur lequel personne ne s’était encore assis. — Le joli sœler ! dit Minna en donnant à cette prairie son véritable nom ; mais comment se trouve-t-il à cette hauteur ? — Là cessent, il est vrai, les végétations de la Flore norwégienne, dit Séraphîtüs ; mais, s’il se rencontre ici quelques herbes et des fleurs, elles sont dues à ce rocher qui les garantit contre le froid du pôle. — Mets cette touffe dans ton sein, Minna, dit-il en arrachant une fleur, prends cette suave création qu’aucun œil humain n’a vue encore, et garde cette fleur unique comme un souvenir de cette matinée unique dans ta vie ! Tu ne trouveras plus de guide pour te mener à ce sœler.
2Il lui donna soudain une plante hybride que ses yeux d’aigle lui avaient fait apercevoir parmi des silènes acaulis et des saxifrages, véritable merveille éclose sous le souffle des anges. Minna saisit avec un empressement enfantin la touffe d’un vert transparent et brillant comme celui de l’émeraude, formée par de petites feuilles roulées en cornet, d’un brun clair au fond, mais qui, de teinte en teinte, devenaient vertes à leurs pointes partagées en découpures d’une délicatesse infinie. Ces feuilles étaient si pressées qu’elles semblaient se confondre, et produisaient une foule de jolies rosaces. Çà et là, sur ce tapis, s’élevaient des étoiles blanches, bordées d’un filet d’or, du sein desquelles sortaient des anthères pourprées, sans pistil. Une odeur qui tenait à la fois de celle des roses et des calices de l’oranger, mais fugitive et sauvage, achevait de donner je ne sais quoi de céleste à cette fleur mystérieuse que Séraphîtüs contemplait avec mélancolie, comme si la senteur lui en eût exprimé de plaintives idées que, lui seul ! il comprenait. Mais à Minna, ce phénomène inouï parut être un caprice par lequel la nature s’était plu à douer quelques pierreries de la fraîcheur, de la mollesse et du parfum des plantes.
3— Pourquoi serait-elle unique ? Elle ne se reproduira donc plus ? dit la jeune fille à Séraphîtüs qui rougit et changea brusquement de conversation. — Asseyons-nous, retourne-toi, vois ! À cette hauteur, peut-être, ne trembleras-tu point ? Les abîmes sont assez profonds pour que tu n’en distingues plus la profondeur ; ils ont acquis la perspective unie de la mer, le vague des nuages, la couleur du ciel ; la glace du Fiord est une assez jolie turquoise ; tu n’aperçois les forêts de sapins que comme de légères lignes de bistre ; pour vous, les abîmes doivent être parés ainsi. Séraphîtüs jeta ces paroles avec cette onction dans l’accent et le geste connue seulement de ceux qui sont parvenus au sommet des hautes montagnes du globe, et contractée si involontairement, que le maître le plus orgueilleux se trouve obligé de traiter son guide en frère, et ne s’en croit le supérieur qu’en s’abaissant vers les vallées où demeurent les hommes. Il défaisait les patins de Minna, aux pieds de laquelle il s’était agenouillé. L’enfant ne s’en apercevait pas, tant elle s’émerveillait du spectacle imposant que présente la vue de la Norwége, dont les longs rochers pouvaient être embrassés d’un seul coup d’œil, tant elle était émue par la solennelle permanence de ces cimes froides, et que les paroles ne sauraient exprimer.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Seraphitus left Minna clinging to the granite, and went as a shadow might have done to stand on the edge of the crag, his eyes sounding the bottom of the fiord, defying its bewildering depths; his figure did not sway, his brow was as white and calm as that of a marble statue—deep meeting deep. ‘Seraphitus, if you love me, come back!”’ cried the girl. 20 BALZAC’S WORKS ‘Your danger brings back all my torments. Who—who are you to have such superhuman strength at your age?’’ she asked, feeling his arms around her once more. 3 ‘‘Why,’’ said Seraphitus, ‘‘you can look into far vaster space without a qualm’’; and raising his hand, the strange being pointed to the blue halo formed by the clouds round a clear opening just over their heads, in which they could see the stars, though it was daylight, in consequence of some atmospheric laws not yet fully explained. ‘‘But what a difference!’ she said, smiling. ‘‘You are right,’’ he replied; ‘‘we are born to aspire skyward. Our native home, like a mother’s face, never frightens its children.”’ ¥ His voice found an echo in his companion’s soul; she was silent. ‘‘Come, let us go on,’’ said he. They rushed on together by the paths faintly visible along the mountain side, devouring the distance, flying from shelf to shelf, from ledge to ledge, with the swiftness of the Arab horse, that bird of the desert. In a few minutes they reached a green carpet of grass, moss and flowers, on which no one yet had ever rested.
2‘‘What a pretty seter /’’ cried Minna, giving the native name to this little meadow; ‘‘but how comes it here, so high up?” ‘‘Here, indeed, the Norwegian vegetation ceases,’’ said Seraphitus; ‘‘and if a few plants and flowers thrive on this spot, it is thanks to the shelter of the rock which protects them from the Polar cold.—Put this spray in your bosom, Minna,’’ he went on, plucking a flower; ‘‘take this sweet creature on which no human eye has yet rested, and keep the unique blossom in memory of this day, unique in your SERAPHITA 21 life! You will never again find a guide to lead you to this seeter.”’
3_ He hastily gave her a hybrid plant which his eagle eye had discerned among the growth of silene acaulis and saxifrage, a real miracle developed under the breath of angels. Minna seized it with childlike eagerness; a tuft of green, as transparent and vivid as an emerald, composed of tiny leaves curled into cones, light brown at the heart, shaded softly to green at the point, and cut into infinitely delicate teeth. These leaves were so closely set that they seemed to mingle in a dense mass of dainty rosettes. Here and there this cushion was studded with white stars edged with a line of gold, and from the heart of each grew a bunch of purple stamens without a pistil. A scent that seemed to combine that of the rose and of the orange-blossom, but wilder and more ethereal, gave a heavenly charm to this mysterious flower, at which Seraphitus gazed with melancholy, as though its perfume had expressed to him a plaintive thought, which he alone understood. ‘To Minna this amazing blossom seemed a caprice of Nature, who had amused herself by endowing a handful of gems with the freshness, tenderness and fragrance of a plant. ‘‘Why should it be unique? Will it never reproduce its kind ?”’ said’she to Seraphitus, who colored and changed the subject. :
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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