Fetching
One moment.
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One moment.
1Deux eiders volant du même vol, le son dans l’écho, la pensée dans la parole, sont peut-être des images imparfaites de cette union. Ici chacun les aimait d’une affection qui ne pourrait s’exprimer qu’en la comparant à l’amour de la plante pour le soleil. La femme était simple dans ses manières, belle de formes, belle de visage, et d’une noblesse semblable celle des personnes les plus augustes. En 1783, dans la vingt-sixième année de son âge, cette femme conçut un enfant ; sa gestation fut une joie grave. Les deux époux faisaient ainsi leurs adieux au monde, car ils me dirent qu’ils seraient sans doute transformés quand leur enfant aurait quitté la robe de chair qui avait besoin de leurs soins jusqu’au moment où la force d’être par elle-même lui serait communiquée. L’enfant naquit, et fut cette Séraphîta qui nous occupe en ce moment ; dès qu’elle fut conçue, son père et sa mère vécurent encore plus solitairement que par le passé, s’exaltant vers le ciel par la prière. Leur espérance était de voir Swedenborg, et la foi réalisa leur espérance. Le jour de la naissance de Séraphîta, Swedenborg se manifesta dans Jarvis, et remplit de lumière la chambre où naissait l’enfant. Ses paroles furent, dit-on : — L’œuvre est accomplie, les cieux se réjouissent ! Les gens de la maison entendirent les sons étranges d’une mélodie qui, disaient-ils, semblait être apportée des quatre points cardinaux par le souffle des vents. L’esprit de Swedenborg emmena le père hors de la maison et le conduisit sur le Fiord, où il le quitta. Quelques hommes de Jarvis s’étant alors approchés de monsieur Séraphîtüs, l’entendirent prononçant ces suaves paroles de l’Écriture : — Combien sont beaux sur les montagnes les pieds de l’Ange que nous envoie le Seigneur !
2Je sortais du presbytère pour aller au château, y baptiser l’enfant, le nommer et accomplir les devoirs que m’imposent les lois lorsque je rencontrai le baron. — « Votre ministère est superflu, me dit-il ; notre enfant doit être sans nom sur cette terre. Vous ne baptiserez pas avec l’eau de l’Église terrestre celui qui vient d’être ondoyé dans le feu du Ciel. Cet enfant restera fleur, vous ne le verrez pas vieillir, vous le verrez passer ; vous avez l’ exister , il a la vie ; vous avez des sens extérieurs, il n’en a pas, il est tout intérieur. » Ces paroles furent prononcées d’une voix surnaturelle par laquelle je fus affecté plus vivement encore que par l’éclat empreint sur son visage qui suait la lumière. Son aspect réalisait les fantastiques images que nous concevons des inspirés en lisant les prophéties de la Bible. Mais de tels effets ne sont pas rares au milieu de nos montagnes, où le nitre des neiges subsistantes produit dans notre organisation d’étonnants phénomènes. Je lui demandai la cause de son émotion. — Swedenborg est venu, je le quitte, j’ai respiré l’air du ciel, me dit-il. — Sous quelle forme vous est-il apparu ? repris-je. — Sous son apparence mortelle, vêtu comme il l’était la dernière fois que je le vis à Londres, chez Richard Shearsmith, dans le quartier de Cold-Bath-Field , en juillet 1771. Il portait son habit de ratine à reflets changeants, à boutons d’acier, son gilet fermé, sa cravate blanche, et la même perruque magistrale, à rouleaux poudrés sur les côtés, et dont les cheveux relevés par-devant lui découvraient ce front vaste et lumineux en harmonie avec sa grande figure carrée, où tout est puissance et calme.
3J’ai reconnu ce nez à larges narines pleines de feu ; j’ai revu cette bouche qui a toujours souri, bouche angélique d’où sont sortis ces mots pleins de mon bonheur : — « À bientôt ! » Et j’ai senti les resplendissements de l’amour céleste. La conviction qui brillait dans le visage du baron m’interdisait toute discussion, je l’écoutais en silence, sa voix avait une chaleur contagieuse qui m’échauffait les entrailles ; son fanatisme agitait mon cœur, comme la colère d’autrui nous fait vibrer les nerfs. Je le suivis en silence et vins dans sa maison, où j’aperçus l’enfant sans nom, couché sur sa mère qui l’enveloppait mystérieusement. Séraphîta m’entendit venir et leva la tête vers moi : ses yeux n’étaient pas ceux d’un enfant ordinaire ; pour exprimer l’impression que j’en reçus, il faudrait dire qu’ils voyaient et pensaient déjà. L’enfance de cette créature prédestinée fut accompagnée de circonstances extraordinaires dans notre climat. Pendant neuf années, nos hivers ont été plus doux et nos étés plus longs que de coutume. Ce phénomène causa plusieurs discussions entre les savants ; mais si leurs explications parurent suffisantes aux académiciens, elles firent sourire le baron quand je les lui communiquai. Jamais Séraphîta n’a été vue dans sa nudité, comme le sont quelquefois les enfants ; jamais elle n’a été touchée ni par un homme ni par une femme ; elle a vécu vierge sur le sein de sa mère, et n’a jamais crié. Le vieux David vous confirmera ces faits, si vous le questionnez sur sa maîtresse pour laquelle il a d’ailleurs une adoration semblable à celle qu’avait pour l’arche sainte le roi dont il porte le nom.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘In 1783, in the twenty-sixth year of her age, this woman bore a child; it was a time of solemn rejoicing. The husband and wife took leave of the world, telling me that they had no doubt that they should be transformed when the child should have shed the garb of flesh, which would need their care until she should have received strength to live by herself. The child was born, and was this Seraphita with whom we are just now concerned; for the nine months before her birth her father and 82 BALZAC’S WORKS mother lived in greater retirement than before, uplifting themselves to heaven by prayer. Their hope was that they might see Swedenborg, and faith procured its fulfilment. On the day of Seraphita’s birth, Swedenborg appeared in Jarvis, and filled the room where the babe was born with light. His words, it is said, were: ‘*«The work is accomplished; the heavens rejoice!’ ‘“‘The servants in the house heard strange sounds of music, brought, they declared, by the winds from the four points of the compass. “The spirit of Swedenborg led the father out of the house and out on the fiord, where it left him. Some men of Jarvis, going up to the Baron, heard him repeating these soothing words from Scripture—‘How beautiful upon the mountains are the feet of him that bringeth good tidings!’ ‘‘T was setting out from the manse to go to the castle, intending to baptize the child, and carry out the duties enjoined on me by law, when [ met the Baron.
2‘**Your ministrations are superfluous,’ said he; ‘our child is to be nameless on earth. You will not baptize with earthly waters one who has been bathed in fires from heaven. This child will always be a flower; you will not see it grow old; you will see it pass away. You have existence, it has life; you have external senses, it has not; it is wholly inward.’ The words were uttered in a supernatural voice, which impressed me even more than the brightness of his face, which shed a radiance. His whole appearance was a realization of the fantastic ideas we form of inspired men, as we read the prophecies in the Bible. Still, such effects are not rare in our mountains, where the nitre formed in the permanent snows produces singular effects on our persons. SERAPHITA 83 “T asked him the cause of his agitation. “ *Swedenborg has appeared; I have just parted from him; I have breathed the air of heaven,’ said he. ‘**Under what form did he appear to you?’ I asked.
3‘**Under his mortal aspect, dressed as he was the last time I saw him in London with Richard Shearsmith, near Coldbath Fields, in July, 1771. He had on his shot velveteen coat with steel buttons, a high waistcoat, a white cravat, and the same imposing wig, with heavy, powdered curls at the side, and the hair combed back from the forehead, showing that broad and luminous brow in harmony with his large, square face, so full of calm power. I recognized his nose with its open, ardent nostrils; the mouth that always smiled—an angel’s mouth, from which fell these words of promised happiness, ‘‘We meet again, soon!’’ And I felt the glory of heavenly love.’ ‘‘The conviction stamped on the Baron’s face prohibited any discussion; [ listened in silence; his voice had an infectious fervor that warmed me to the core; his enthusiasm stirred my heart, as another man’s anger can thrill one’s nerves. I followed him, without speaking, home to his house, where I saw the nameless child lying mysteriously wrapped on her mother’s bosom. Seraphita heard me come in, and raised her head toward me; her eyes were not those of an ordinary infant; to express the impression they produced on me, I can only say they already saw and understood.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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