Fetching
One moment.
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One moment.
1C’est alors d’autres existences à user pour arriver au sentier où brille la lumière. La mort est le relais de ce voyage. Les expériences se font alors en sens inverse : il faut souvent toute une vie pour acquérir les vertus qui sont l’opposé des erreurs dans lesquelles l’homme a précédemment vécu. Ainsi vient d’abord la vie où l’on souffre, et dont les tortures donnent soif de l’amour. Ensuite la vie où l’on aime et où le dévouement pour la créature apprend le dévouement pour le créateur, où les vertus de l’amour, ses mille martyres, son angélique espoir, ses joies suivies de douleurs, sa patience, sa résignation, excitent l’appétit des choses divines. Après vient la vie où l’on cherche dans le silence les traces de la Parole, où l’on devient humble et charitable. Puis la vie où l’on désire. Enfin, la vie où l’on prie. Là est l’éternel midi, là sont les fleurs, là est la moisson ! Les qualités acquises et qui se développent lentement en nous, sont les liens invisibles qui rattachent chacun de nos existers l’un à l’autre, et que l’âme seule se rappelle, car la matière ne peut se ressouvenir d’aucune des choses spirituelles. La pensée seule a la tradition de l’antérieur. Ce legs perpétuel du passé au présent et du présent à l’avenir, est le secret des génies humains : les uns ont le don des Formes, les autres ont le don des Nombres, ceux-ci le don des Harmonies. C’est des progrès dans le chemin de la lumière. Oui, qui possède un de ces dons touche par un point à l’infini. La parole, de laquelle je vous révèle ici quelques mots, la terre se l’est partagée, l’a réduite en poussière et l’a semée dans ses œuvres, dans ses doctrines, dans ses poésies.
2Si quelque grain impalpable en reluit sur un ouvrage, vous dites : « Ceci est grand, ceci est vrai, ceci est sublime ! » Ce peu de chose vibre en vous et y attaque le pressentiment du ciel. Aux uns la maladie qui nous sépare du monde, aux autres la solitude qui nous rapproche de Dieu, à celui-ci la poésie ; enfin tout ce qui vous replie sur vous-même, vous frappe et vous écrase, vous élève ou vous abaisse, est un retentissement du Monde Divin. Quand un être a tracé droit son premier sillon, il lui suffit pour assurer les autres : une seule pensée creusée, une voix entendue, une souffrance vive, un seul écho que rencontre en vous la parole, change à jamais votre âme. Tout aboutit à Dieu, il est donc bien des chances pour le trouver en allant droit devant soi. « Quand arrive le jour heureux où vous mettez le pied dans le chemin et que commence votre pèlerinage, la terre n’en sait rien, elle ne vous comprend plus, vous ne vous entendez plus, elle est vous. Les hommes qui arrivent à la connaissance de ces choses, et qui disent quelques mots de la Parole vraie ; ceux-là ne trouvent nulle part à reposer leur tête, ceux-là sont poursuivis comme bêtes fauves, et périssent souvent sur des échafauds à la grande joie des peuples assemblés, tandis que les Anges leur ouvrent les portes du ciel. Votre destination sera donc un secret entre vous et Dieu, comme l’amour est un secret entre deux cœurs. Vous serez le trésor enfoui sur lequel passent les hommes affamés d’or, sans savoir que vous êtes là. Votre existence devient alors incessamment active ; chacun de vos actes a un sens qui se rapporte à Dieu, comme dans l’amour vos actions et vos pensées sont pleines de la créature aimée ; mais l’amour et ses joies, l’amour et ses plaisirs bornés par les sens, est une imparfaite image de l’amour infini qui vous unit au céleste fiancé.
3Toute joie terrestre est suivie d’angoisses, de mécontentements ; pour que l’amour soit sans dégoût, il faut que la mort le termine au plus fort de sa flamme, vous n’en connaissez alors pas les cendres ; mais ici Dieu transforme nos misères en délices, la joie se multiplie alors par elle-même, elle va croissant et n’a pas de limites. Ainsi, dans la vie Terrestre, l’amour passager se termine par des tribulations constantes ; tandis que, dans la vie Spirituelle, les tribulations d’un jour se terminent par des joies infinies. Votre âme est incessamment joyeuse. Vous sentez Dieu près de vous, en vous ; il donne à toutes choses une saveur sainte, il rayonne dans votre âme, il vous empreint de sa douceur, il vous désintéresse de la terre pour vous-même, et vous y intéresse pour lui-même en vous laissant exercer son pouvoir. Vous faites en son nom les œuvres qu’il inspire : vous séchez les larmes, vous agissez pour lui, vous n’avez plus rien en propre, vous aimez comme lui les créatures d’un inextinguible amour ; vous les voudriez toutes en marche vers lui, comme une véritable amante voudrait voir tous les peuples du monde obéir à son bien-aimé. La dernière vie, celle en qui se résument les autres, où se tendent toutes les forces et dont les mérites doivent ouvrir la Porte Sainte à l’être parfait, est la vie de la Prière. Qui vous fera comprendre la grandeur, les majestés, les forces de la Prière ? Que ma voix tonne dans vos cœurs et qu’elle les change. Soyez tout à coup ce que vous seriez après les épreuves ! Il est des créatures privilégiées, les Prophètes, les Voyants, les Messagers, les Martyrs, tous ceux qui souffrirent pour la Parole ou qui l’ont proclamée ; ces âmes franchissent d’un bond les sphères humaines et s’élèvent tout à coup à la Prière.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Wilfrid remained standing, silent and motionless, lost in such contemplation as is suggested by things so vast that they make us understand, here on earth, the Supreme Immensity. Minna, emboldened by the weakness of this powerful being, or perhaps by her dread of losing her beloved forever, bent down and murmured, ‘‘Seraphitus—let me follow you!”’ **Can I hinder you ?”’ **But why do you not love me enough to remain here ?”’ “T could not love anything here.”’ ‘‘What, then, do you love ?”’ “Heaven.” ‘*Are you worthy of heaven if you thus despise God’s creatures here ?”’
2‘‘Minna, can we love two beings at the same time? Is the Best-beloved really the Best-beloved if He does not fili the whole heart? Ought He not to be the first and last and only One? Does not she who is all love quit the world for her Beloved? Her whole family becomes but a memory; she has but one relation—it is He! Her soul is no longer her own, but His! If she keeps anything within her that is not His, she does not love; no, she does not love! Is loving half-heartedly loving at all? The voice of the Beloved makes her all glad and flows through her veins like a purple tide, redder than the blood; His look is a light that flashes through her, she is fused with Him; where He is all is beautiful. He is warmth to her soul, He lights everything; near Him, is it ever cold or dark to her? He is never absent; He is always within us, we think in Him, with Him, for Him. That, Minna, is how I love Him.”’ ‘“Whom?’’ said Minna, gripped by consuming jealousy. ‘““Godl’’ replied Seraphitus, whose voice flashed upon a — a SERAPHITA 157
3their souls like a beacon light of freedom blazing from hill to hill—‘‘God, who never betrays us! God, who does not desert us, but constantly fulfils our desires, and who alone ean perennially satisfy His creatures with infinite and unmixed joys! God, who is never weary, and who only has smiles! God, ever new, who pours His treasures into the soul, who purifies it without bitterness, who is all harmony, all flame! God, who enters into us to blossom there, who fulfils all our aspirations, who never calls us to account if we are His, but gives Himself wholly, ravishes us, and expands and multiplies us in Himself—God, in short! *‘Minna, I love you because you may be His! I love you because if you ecme to Him you will be mine.” ‘Then lead me to Him,”’ said she, kneeling down. “Dake me by the hand; 1 will leave you no more.”’ ‘‘head us, Seraphita,”’ cried Wilfrid vehemently, coming forward to kneel with Minna. ‘‘Yes, you have made me thirst for the Light and thirst for the Word; I thirst with the love you have implanted in my heart, [ will cherish your soul in mine; impart your Will, and [ will do whatsoever you bid me do. If I may not win you, I will treasure every feeling that you can infuse into me as part of you! Tf I cannot be united to you but by my strength alone, f will cling as flame clings to what it consumes.—Speak!”’ ‘“‘Angel!’’ cried the incomprehensible being, with a look that seemed to enfold them in an azure mantle. ‘Angel! heaven is thine inheritance!”’ And a great silence fell after this cry, which rang in the souls of Wilfrid and Minna like the first chord of some celestial symphony. ‘Tf you desire to train your feet to walk in the way that leads to heaven, remember that the first steps are rovgh,”’ 158 BALZAC’S WORKS ‘ _ said the suffering soul. ‘God must be sought for His own sake. In that sense He is a jealous God, He will have you altogether His; but when you have given yourself to Him, He never abandons you. I will leave you the keys of the kingdom where His light shines, where you will everywhere be in the bosom of the Father, in the heart of the Bridegroom. No sentinel guards the gates; you can enter from any side; His palace, His treasures, His sceptre, nothing is forbidden; He says to all, ‘Take them freely!’ But you must will to go thither. You must start as for a journey, leave your home, give up your plans, bid farewell to your friends—father, mother, sister, even the infant brother that cries—an eternal farewell, for you vill never return, any more than martyrs bound for the stake returned to their homes; you must, in short, strip yourself of the feelings and possessions to which men cling; otherwise, you will not be wholly given up to your enterprise.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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