Fetching
One moment.
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1— Oui, chère Séraphîta, répondit Wilfrid ; mais ce désir n’est-il pas naturel à des hommes ? — Voulez-vous donc ennuyer cet enfant ? dit-elle en posant la main sur les cheveux de Minna par un geste caressant. La jeune fille leva les yeux et parut vouloir se fondre en lui. — La parole est le bien de tous, reprit gravement l’être mystérieux. Malheur à qui garderait le silence au milieu du désert en croyant n’être entendu de personne : tout parle et tout écoute ici-bas. La parole meut les mondes. Je souhaite, monsieur Becker, ne rien dire en vain. Je connais les difficultés qui vous occupent le plus : ne serait-ce pas un miracle que d’embrasser tout d’abord le passé de votre conscience ? Eh ! bien, le miracle va s’accomplir. Écoutez moi. Vous ne vous êtes jamais avoué vos doutes dans toute leur étendue ; moi seule, inébranlable dans ma foi, je puis vous les dire, et vous effrayer de vous-même. Vous êtes du côté le plus obscur du Doute ; vous ne croyez pas en Dieu, et toute chose ici-bas devient secondaire pour qui s’attaque au principe des choses. Abandonnons les discussions creusées sans fruit par de fausses philosophies. Les générations spiritualistes n’ont pas fait moins de vains efforts pour nier la Matière que n’en ont tenté les générations matérialistes pour nier l’Esprit. Pourquoi ces débats ? L’homme n’offrait-il pas à l’un et à l’autre système des preuves irrécusables ? ne se rencontre-t-il pas en lui des choses matérielles et des choses spirituelles ? Un fou seul peut se refuser à voir un fragment de matière dans le corps humain ; en le décomposant, vos sciences naturelles y trouvent peu de différence entre ses principes et ceux des autres animaux.
2L’idée que produit en l’homme la comparaison de plusieurs objets ne semble non plus à personne être dans le domaine de la Matière. Ici, je ne me prononce pas, il s’agit de vos doutes et non de mes certitudes À vous, comme à la plupart des penseurs, les rapports que vous avez la faculté de découvrir entre les choses dont la réalité vous est attestée par vos sensations ne semblent point devoir être matériels. L’univers Naturel des choses et des êtres se termine donc en l’homme par l’univers Surnaturel des similitudes ou des différences qu’il aperçoit entre les innombrables formes de la Nature, relations si multipliées qu’elles paraissent infinies ; car si, jusqu’à présent, nul n’a pu dénombrer les seules créations terrestres, quel homme pourrait en énumérer les rapports ? La fraction que vous en connaissez n’est-elle pas à leur somme totale, comme un nombre est à l’infini ? Ici vous tombez déjà dans la perception de l’infini, qui, certes, vous fait concevoir un monde purement spirituel. Ainsi l’homme présente une preuve suffisante de ces deux modes, la Matière et l’Esprit. En lui vient aboutir un visible univers fini ; en lui commence un univers invisible et infini, deux mondes qui ne se connaissent pas : les cailloux du Fiord ont-ils l’intelligence de leurs combinaisons, ont-ils la conscience des couleurs qu’ils présentent aux yeux de l’homme, entendent-ils la musique des flots qui les caressent ? Franchissons, sans le sonder, l’abîme que nous offre l’union d’un univers Matériel et d’un univers Spirituel, une création visible, pondérable, tangible, terminée par une création intangible, invisible, impondérable ; toutes deux complétement dissemblables, séparées par le néant, réunies par des accords incontestables, rassemblées dans un être qui tient et de l’une et de l’autre !
3Confondons en un seul monde ces deux mondes inconciliables pour vos philosophies et conciliés par le fait. Quelque abstraite que l’homme la suppose, la relation qui lie deux choses entre elles comporte une empreinte. Où ? sur quoi ? Nous n’en sommes pas à rechercher à quel point de subtilisation peut arriver la Matière. Si telle était la question, je ne vois pas pourquoi celui qui a cousu par des rapports physiques les astres à d’incommensurables distances pour s’en faire un voile, n’aurait pu créer des substances pensantes, ni pourquoi vous lui interdiriez la faculté de donner un corps à la pensée ! Donc votre invisible univers moral et votre visible univers physique constituent une seule et même Matière. Nous ne séparerons point les propriétés et les corps, ni les objets et les rapports. Tout ce qui existe, ce qui nous presse et nous accable au-dessus, au-dessous de nous, devant nous, en nous ; ce que nos yeux et nos esprits aperçoivent, toutes ces choses nommées et innommées composeront, afin d’adapter le problème de la Création à la mesure de votre Logique, un bloc de matière fini ; s’il était infini, Dieu n’en serait plus le maître. Ici, selon vous, cher pasteur, de quelque façon que l’on veuille mêler un Dieu infini à ce bloc de matière fini, Dieu ne saurait exister avec les attributs dont il est investi par l’homme ; en le demandant aux faits, il est nul ; en le demandant au raisonnement, il sera nul encore ; spirituellement et matériellement, Dieu devient impossible. Écoutons le Verbe de la Raison humaine pressée dans ses dernières conséquences.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1“But to you, as to most thoughtful men, the relations which you have the faculty of discerning between things, of which the real existence is made certain to you through your senses, do not, I suppose, seem material. The natural Universe, then, of things and beings meets in man with the supernatural Universe of likeness or difference which he can discern between the innumerable forms in nature— relations so various that they seem to be infinite; for if, till the present day, no one has been able to enumerate the created things of this earth only, what man can ever enumerate their relations to each other? Is not the small fraction with which you are familiar, in regard to = grand total, as a unit to the infinite?
2‘‘Hence here you find yourself already made aware of the existence of the infinite, and this necessarily leads you to conceive of a purely spiritual sphere. Hence, too, man is in himself sufficient evidence of these two modes of life: Matter and Spirit. In him ends a finite, visible universe; in him begins an infinite and invisible universe—two worlds that do not know each other. Have the pebbles of the fiord any cognizance of their relative shapes, are they conscious of the colors seen in them by the eye of man, do they hear the music of the ripples that dance over them? Let us then leap the gulf we cannot fathom, the unthinkable union of a material with a spiritual universe, the concept of a visible, ponderable, tangible creation, conterminous with an invisible, imponderable, intangible creation; absolutely dissimilar, separated by a void, united by indisputable points of contact, and meeting in a being who belongs to both! Let us, I say, mingle in one world these two worlds, which, in your philosophy, can never coalesce, and which, in fact, do coalesce. 112 BALZAC’S WORKS
3“However abstract man may call it, the relation which binds two things together must stamp its mark. Where? On what? We have not now to inquire to what degree of rarity matter may be reduced. If that were indeed the question, I do not see why He who has linked the stars together at immeasurable distances by physical laws, to veil His face withal, should not have created substances that could think, nor why you will not allow that He should have given thought a body. ‘‘To you, then, your invisible, moral, or mental universe, and your visible, physical universe, constitute one and the same matter. We will not divide bodies from their properties, nor objects from their relations. _Everything that exists, that weighs upon and overwhelms us from above and beneath us, before us or within us; all that our eyes or our minds apprehend, all that is named or nameless, must, to reduce the problem of Creation to the standard of your logic, be a finite mass of matter; if it were infinite, God could not be its master. Thus, according to you, dear Pastor, by whatever scheme you propose to introduce God, who is infinite, into this finite mass of matter, God could no longer exist with such attributes as are ascribed to Him by man. If we seek Him through facts, He is not; if we seek Him through reason, still He is not; both spiritually and materially God is impossible. Let us hearken to the word of human reason driven to its utmost conseg ences.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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