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1La vie d’Emmanuel Swedenborg fut scindée en deux parts, reprit le pasteur. De 1688 à 1745, le baron Emmanuel de Swedenborg apparut dans le monde comme un homme du plus vaste savoir, estimé, chéri pour ses vertus, toujours irréprochable, constamment utile. Tout en remplissant de hautes fonctions en Suède, il a publié de 1709 à 1740, sur la minéralogie, la physique, les mathématiques et l’astronomie, des livres nombreux et solides qui ont éclairé le monde savant. Il a inventé la méthode de bâtir des bassins propres à recevoir les vaisseaux. Il a écrit sur les questions les plus importantes, depuis la hauteur des marées jusqu’à la position de la terre. Il a trouvé tout à la fois les moyens de construire de meilleures écluses pour les canaux, et des procédés plus simples pour l’extraction des métaux. Enfin, il ne s’est pas occupé d’une science sans lui faire faire un progrès. Il étudia pendant sa jeunesse les langues hébraïque, grecque, latine et les langues orientales dont la connaissance lui devint si familière, que plusieurs professeurs célèbres l’ont consulté souvent, et qu’il put reconnaître dans la Tartarie les vestiges du plus ancien livre de la Parole, nommé les guerres de jehovah , et les énoncés dont il est parlé par Moïse dans les nombres (XXI, 14, 15, 27-30) , par Josué, par Jérémie et par Samuel. Les guerres de jehovah seraient la partie historique, et les énoncés la partie prophétique de ce livre antérieur à la Genèse . Swedenborg, a même affirmé que le jaschar ou le livre du juste , mentionné par Josué, existait dans la Tartarie-Orientale, avec le culte des Correspondances.
2Un Français a, dit-on, récemment justifié les prévisions de Swedenborg, en annonçant avoir trouvé à Bagdad plusieurs parties de la Bible inconnues en Europe. Lors de la discussion presque européenne que souleva le magnétisme animal à Paris, et à laquelle presque tous les savants prirent une part active, en 1785, monsieur le marquis de Thomé vengea la mémoire de Swedenborg en relevant des assertions échappées aux commissaires nommés par le roi de France pour examiner le magnétisme. Ces messieurs prétendaient qu’il n’existait aucune théorie de l’aimant, tandis que Swedenborg s’en était occupé dès l’an 1720. Monsieur de Thomé saisit cette occasion pour démontrer les causes de l’oubli dans lequel les hommes les plus célèbres laissaient le savant Suédois afin de pouvoir fouiller ses trésors et s’en aider pour leurs travaux. « Quelques-uns des plus illustres, dit monsieur de Thomé en faisant allusion à la Théorie de la terre par Buffon, ont la faiblesse de se parer des plumes du paon sans lui en faire hommage. » Enfin, il prouva par des citations victorieuses, tirées des œuvres encyclopédiques de Swedenborg, que ce grand prophète avait devancé de plusieurs siècles la marche lente des sciences humaines : il suffit, en effet, de lire ses œuvres philosophiques et minéralogiques, pour en être convaincu. Dans tel passage, il se fait le précurseur de la chimie actuelle, en annonçant que les productions de la nature organisée sont toutes décomposables et aboutissent à deux principes purs ; que l’eau, l’air, le feu, ne sont pas des éléments ; dans tel autre, il va par quelques mots au fond des mystères magnétiques, il en ravit ainsi la première connaissance à Mesmer.
3— Enfin, voici de lui, dit monsieur Becker en montrant une longue planche attachée entre le poële et la croisée sur laquelle étaient des livres de toutes grandeurs, voici dix-sept ouvrages différents, dont un seul, ses Œuvres Philosophiques et Minéralogiques, publiées en 1734, ont trois volumes in-folio. Ces productions, qui attestent les connaissances positives de Swedenborg, m’ont été données par monsieur Séraphîtüs, son cousin, père de Séraphîta. En 1740, Swedenborg tomba dans un silence absolu, d’où il ne sortit que pour quitter ses occupations temporelles, et penser exclusivement au monde spirituel. Il reçut les premiers ordres du Ciel en 1745. Voici comment il a raconté sa vocation : Un soir, à Londres, après avoir dîné de grand appétit, un brouillard épais se répandit dans sa chambre. Quand les ténèbres se dissipèrent, une créature qui avait pris la forme humaine se leva du coin de sa chambre, et lui dit d’une voix terrible : Ne mange pas tant ! Il fit une diète absolue. La nuit suivante, le même homme vint, rayonnant de lumière, et lui dit : Je suis envoyé par Dieu qui t’a choisi pour expliquer aux hommes le sens de sa parole et de ses créations. Je te dicterai ce que tu dois écrire . La vision dura peu de moments. L’ANGE était, disait-il, vêtu de pourpre. Pendant cette nuit, les yeux de son homme intérieur furent ouverts et disposés pour voir dans le Ciel, dans le monde des Esprits et dans les Enfers ; trois sphères différentes où il rencontra des personnes de sa connaissance, qui avaient péri dans leur forme humaine, les unes depuis long-temps, les autres depuis peu.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘Not long since he was accused of imposture in some Kuropean newspapers, which reported the following facts as related in a letter from the Chevalier Beylon. Swedenborg, ‘informed,’ it was said, ‘by some senators of a secret correspondence between the late Queen of Sweden and her brother, the Prince of Prussia, revealed the contents to that SERAPHITA 61 Princess, leaving her to believe that he had acquired the information by supernatural means. A man of the highest credit, Monsieur Charles-Léonard von Stahlhammer, Captain of the King’s Guard and Knight of the Sword, refuted this calumny in a letter.’ ”’ The pastor hunted through some papers in his tabledrawer, found a newspaper, and handed it to Wilfrid, who read aloud the following letter: “STocoKHoLM, May 13, 1788. “T have read with astonishment the letter reporting the interview between the famous Swedenborg and Queen Louisa-Ulrica. All the circumstances are falsified; and I hope the writer will pardon me if I show him how greatly he is mistaken, by giving here an exact account, of which the truth can be attested by several personages of distinction who were present, and who are still living.
2‘In 1758, not long after the Prince of Prussia’s death, Swedenborg came to Court; he was in the habit of doing so very regularly. No sooner did the Queen see him than she asked, ‘By the way, Baron Assessor, have you seen my brother?’ Swedenborg said he had not, and the Queen replied, ‘If you should see him, greet him from me.’ ‘‘She had no idea in saying this but of a jest; it did not occur to her to ask for any information concerning her brother. ‘‘A week later—not twenty-four days, nor for a private audience—Swedenborg came again, but so early that the Queen had not yet left her own apartment, known as the white room, where she was chatting with her ladies of honor and other ladies about the Court. Swedenborg did not wait for the Queen to come out. He went into her private room 62 BALZAC’S WORKS and spoke in her ear. — The Queen, quite astounded, turned faint, and it took some time to revive her. When she had recovered herself, she said to those about her, ‘God alone and my brother could know what he has just told me!’ And she said he had spoken of her last correspondence with the Prince, of which the subject had been known to themselves only.
3“IT cannot explain how Swedenborg gained his knowledge of this secret; but what I can aver on my honor is that neither Count H——, as the author of the letter states, nor any one else, had intercepted or read the Queen’s letters. The Senate had at that time allowed her to write to her brother in the strictest confidence, regarding the correspondence as a matter perfectly indifferent to the State. It is evident that the writer of that letter knew nothing of Count H——’s character. That distinguished gentleman, who did his country important service, combines with intellectual talent fine qualities of the heart, and his advanced years have not deteriorated his- noble gifts. Throughout his official career he has been equally remarkable for enlightened political views and the most scrupulous integrity, and he was always the declared enemy of secret intrigues and covert devices, which he regarded as the basest means to any end. ‘Nor did the writer know Swedenborg the Assessor; the only weak point in this thoroughly honest man was his belief in apparitions and spirits; but I knew him for a long time, and I can positively state that he was as well assured that he certainly did talk and mingle with spirits as I am at this moment of writing these lines. As a citizen and as a friend, he was a man of absolute integrity, with a horror of imposture, and he led an exemplary life. SERAPHITA 63
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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