Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Son langage constamment figuré, souvent incompréhensible, empêchait les habitants de lui parler ; mais ils respectaient en lui cet esprit profondément dévié de la route vulgaire, que le peuple admire instinctivement. Wilfrid le trouva dans la première salle, en apparence endormi près du poêle. Comme le chien qui reconnaît les amis de la maison, le vieillard leva les yeux, aperçut l’étranger, et ne bougea pas. — Eh ! bien, où est-elle, demanda Wilfrid au vieillard en s’asseyant près de lui. David agita ses doigts en l’air comme pour peindre le vol d’un oiseau. — Elle ne souffre plus, demanda Wilfrid. — Les créatures promises au ciel savent seules souffrir sans que la souffrance diminue leur amour, ceci est la marque de la vraie foi, répondit gravement le vieillard comme un instrument essayé donne une note au hasard.
2— Qui vous a dit ces paroles ? — L’Esprit. — Que lui est-il donc arrivé hier au soir ? Avez-vous enfin forcé les Vertumnes en sentinelle ? vous êtes-vous glissé à travers les Mammons ? — Oui, répondit David en se réveillant comme d’un songe. La vapeur confuse de son œil se fondit sous une lueur venue de l’âme et qui le rendit par degrés brillant comme celui d’un aigle, intelligent comme celui d’un poète. — Qu’avez-vous vu ? lui demanda Wilfrid étonné de ce changement subit. — J’ai vu les Espèces et les Formes, j’ai entendu l’Esprit des choses, j’ai vu la révolte des Mauvais, j’ai écouté la parole des Bons ! Ils sont venus sept démons, il est descendu sept archanges. Les archanges étaient loin, ils contemplaient voilés. Les démons étaient près, ils brillaient et agissaient. Mammon est venu sur sa conque nacrée, et sous la forme d’une belle femme nue ; la neige de son corps éblouissait, jamais les formes humaines ne seront si parfaites, et il disait : — « Je suis le Plaisir, et tu me posséderas ! » Lucifer, le prince des serpents, est venu dans son appareil de souverain, l’Homme était en lui beau comme un ange, et il a dit : — « L’Humanité te servira ! » La reine des avares, celle qui ne rend rien de ce qu’elle a reçu, la Mer est venue enveloppée de sa mante verte ; elle s’est ouvert le sein, elle a montré son écrin de pierreries, elle a vomi ses trésors et les a offerts ; elle a fait arriver des vagues de saphirs et d’émeraudes ; ses productions se sont émues, elles ont surgi de leurs retraites, elles ont parlé ; la plus belle d’entre les perles a déployé ses ailes de papillon, elle a rayonné, elle a fait entendre ses musiques marines, elle a dit : — « Toutes deux filles de la souffrance, nous sommes sœurs ; attends-moi ? nous partirons ensemble, je n’ai plus qu’à devenir femme. »
3L’Oiseau qui a les ailes de l’aigle et les pattes du lion, une tête de femme et la croupe du cheval, l’Animal s’est abattu, lui a léché les pieds, promettant sept cents années d’abondance à sa fille bien-aimée. Le plus redoutable, l’Enfant, est arrivé jusqu’à ses genoux en pleurant et lui disant : — « Me quitteras-tu ? moi faible et souffrant, reste, ma mère ! » Il jouait avec les autres, il répandait la paresse dans l’air, et le ciel se serait laissé aller à sa plainte. La Vierge au chant pur a fait entendre ses concerts qui détendent l’âme. Les rois de l’Orient sont venus avec leurs esclaves, leurs armées et leurs femmes ; les Blessés ont demandé son secours, les Malheureux ont tendu la main : — « Ne nous quittez pas ! ne nous quittez pas ! » Moi-même j’ai crié : « Ne nous quittez pas ! Nous vous adorerons, restez ! » Les fleurs sont sorties de leurs graines en l’entourant de leurs parfums qui disaient : — « Restez ! » Le géant Énakim est sorti de Jupiter, amenant l’Or et ses amis, amenant les Esprits des Terres Astrales qui s’étaient joints à lui, tous ont dit : — « Nous serons à toi pour sept cents années. » Enfin, la Mort est descendue de son cheval pâle et a dit : — « Je t’obéirai ! » Tous se sont prosternés à ses pieds, et si vous les aviez vus, ils remplissaient la grande plaine, et tous lui criaient : — « Nous t’avons nourri, tu es notre enfant, ne nous abandonne pas. » La Vie est sortie de ses Eaux Rouges, et a dit : — « Je ne te quitterai pas ! » Puis trouvant Séraphîta silencieuse elle a relui comme le soleil en s’écriant : — « Je suis la lumière ! »
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Wilfrid found David in the outer room apparently asleep, close to the stove. Like a dog recognizing a friend’s approach, the old man opened his eyes, saw the stranger, and did not stir. ‘Well, where is she?’’ asked Wilfrid, sitting down by the old man. David fluttered his fingers in the air to represent the flight of a bird. ‘She is not still in pain ?’’ asked Wilfrid. ‘‘None but those beings who are plighted to heaven can | suffer without any diminution of their love; that is the seal of true faith,’’ said the old man gravely, like an instrument responding to a chance touch. ‘‘Who tells you to say that?” ‘‘The spirit.”’ ‘*What happened, after all, last evening? Dic you force your way past the Vertumni on guard? Did you steal in between the Mammons ?”’ ‘*Yes,’’ replied David, waking as if from a dream. The mist before his eye cleared off under a flash that came from within, and which made it grow gradually as bright as an eagle’s, as intelligent as a poet's. ‘‘What then did you see?’’ asked Wilfrid, amazed at this sudden change. ‘‘T saw Species and Shapes, I heard the Spirit of All Things; I saw the rebellion of the Wicked, I listened to the words of the Good. Seven devils appeared, seven archangels came down to them. The archangels stood afar, they 100 BALZAC’S WORKS
2were veiled, and looked on. The devils were close at hand, they glittered and moved. Mammon was there in a shell of pearl, in the guise of a beautiful naked woman; his body was as dazzling as the snow, no human form can be so perfect; and he said, ‘I am all pleasure, and thou shalt possess me!’—Lucifer, the Prince of Serpents, came in his royal attire; he was as a man, as beautiful as an angel, and he said, ‘The human race shall serve thee!’—The Queen of the Covetous, she who never restores that which she has taken— the Sea herself appeared in her mantle of green; she opened her bosom and showed her store of gems, she vomited treasures and offered them as a gift; she tossed up waves of sapphire and emerald; her creatures were disturbed, they came forth from their hiding-places and spoke; the fairest of the pearls spread butterflies’ wings, she glistened, and spoke in sea-melodies, saying, ‘We are both daughters of suffering, we are sisters; wait for me; we will fly together; I have only to be changed into a woman.’ The bird that has the talons of an eagle and the legs of a lion, the head of a woman and a horse’s quarters—the Animal—crouched before her and licked her feet, and promised seven hundred years of plenty to this well-beloved daughter.
3‘The most formidable of all, the Child, came to her very knee, weeping, and saying, ‘Can you forsake me, so feeble and helpless? Mother, stay with me!’ He played with the others, he shed idleness in the air; heaven itself might have yielded to his lament. The Virgin of pure song brought music that debauches the soul. The Kings of the Hast passed by with their slaves, their armies, and their women; the Wounded clamored for help, the Wretched held out their hands: ‘Do not leave us, do not leave us!’ was their cry. SERAPHITA 10! “I, too, cried, ‘Do not leave us; we will worship you —only stay!’ ; ‘Flowers burst from their seeds, and wrapped her in perfume, which said, ‘Stay!’ The Giant Anakim came down from Jupiter, bringing Gold and his comrades, and all the Spirits of the astral worlds who had followed him, and they all said, ‘We will be thine for seven hundred years.’ At last Death got off his pale horse and said, ‘I~ will obey thee!’ And they all fell on their faces at her feet; if you could but have seen them! They filled a vast plain, and all cried to her, ‘We have fed thee; thou art our child; do not forsake us!’
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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