Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Eh ! bien, il est en moi comme un miroir où vient se réfléchir la nature morale avec ses causes et ses effets. Je devine l’avenir et le passé en pénétrant ainsi la conscience. Comment ? me diras-tu toujours. Fais que le marbre soit le corps d’un homme, fais que le statuaire soit le sentiment, la passion, le vice ou le crime, la vertu, la faute ou le repentir ; tu comprendras comment j’ai lu dans l’âme de l’étranger, sans néanmoins t’expliquer la Spécialité ; car pour concevoir ce don, il faut le posséder. Si Wilfrid tenait aux deux premières portions de l’humanité si distinctes, aux hommes de force et aux hommes de pensée ; ses excès, sa vie tourmentée et ses fautes l’avaient souvent conduit vers la Foi, car le doute a deux côtés : le côté de la lumière et le côté des ténèbres. Wilfrid avait trop bien pressé le monde dans ses deux formes, la Matière et l’Esprit, pour ne pas être atteint de la soif de l’inconnu, du désir d’aller au delà, dont sont presque tous saisis les hommes qui savent, peuvent et veulent. Mais ni sa science, ni ses actions, ni son vouloir n’avaient de direction. Il avait fui la vie sociale par nécessité, comme le grand coupable cherche le cloître. Le remords, cette vertu des faibles, ne l’atteignait pas. Le Remords est une impuissance, il recommencera sa faute. Le Repentir seul est une force, il termine tout. Mais en parcourant le monde dont il s’était fait un cloître, Wilfrid n’avait trouvé nulle part de baume pour ses blessures ; il n’avait vu nulle part de nature à laquelle il se pût s’attacher.
2En lui, le désespoir avait desséché les sources du désir. Il était de ces esprits qui, s’étant pris avec les passions, s’étant trouvés plus forts qu’elles, n’ont plus rien à presser dans leurs serres ; qui, l’occasion leur manquant de se mettre à la tête de quelques-uns de leurs égaux pour fouler sous le sabot de leurs montures des populations entières, achèteraient au prix d’un horrible martyre la faculté de se ruiner dans une croyance : espèce de rochers sublimes qui attendent un coup de baguette qui ne vient pas, et qui pourrait en faire jaillir les sources lointaines. Jeté par un dessein de sa vie inquiète et chercheuse dans les chemins de la Norwége, l’hiver l’y avait surpris à Jarvis. Le jour où, pour la première fois, il vit Séraphîta, cette rencontre lui fit oublier le passé de sa vie. La jeune fille lui causa ces sensations extrêmes qu’il ne croyait plus ranimables. Les cendres laissèrent échapper une dernière flamme et se dissipèrent au premier souffle de cette voix. Qui jamais s’est senti redevenir jeune et pur après avoir froidi dans la vieillesse et s’être sali dans l’impureté ? Tout à coup Wilfrid aima comme il n’avait jamais aimé ; il aima secrètement, avec foi, avec terreur, avec d’intimes folies. Sa vie était agitée dans la source même de la vie, à la seule idée de voir Séraphîta. En l’entendant, il allait en des mondes inconnus ; il était muet devant elle, elle le fascinait. Là, sous les neiges, parmi les glaces, avait grandi sur sa tige cette fleur céleste à laquelle aspiraient ses vœux jusque-là trompés, et dont la vue réveillait les idées fraîches, les espérances, les sentiments qui se groupent autour de nous, pour nous enlever en des régions supérieures, comme les Anges enlèvent aux cieux les Élus dans les tableaux symboliques dictés aux peintres par quelque génie familier.
3Un céleste parfum amollissait le granit de ce rocher, une lumière douée de parole lui versait les divines mélodies qui accompagnent dans sa route le voyageur pour le ciel. Après avoir épuisé la coupe de l’amour terrestre que ses dents avaient broyée, il apercevait le vase d’élection où brillaient les ondes limpides, et qui donne soif des délices immarcessibles à qui peut y approcher des lèvres assez ardentes de foi pour n’en point faire éclater le cristal. Il avait rencontré ce mur d’airain à franchir qu’il cherchait sur la terre. Il allait impétueusement chez Séraphîta dans le dessein de lui exprimer la portée d’une passion sous laquelle il bondissait comme le cheval de la fable sous ce cavalier de bronze que rien n’émeut, qui reste droit, et que les efforts de l’animal fougueux rendent toujours plus pesant et plus pressant. Il arrivait pour dire sa vie, pour peindre la grandeur de son âme par la grandeur de ses fautes, pour montrer les ruines de ses déserts ; mais quand il avait franchi l’enceinte, et qu’il se trouvait dans la zone immense embrassée par ces yeux dont le scintillant azur ne rencontrait point de bornes en avant et n’en offrait aucune en arrière, il devenait calme et soumis comme le lion qui, lancé sur sa proie dans une plaine d’Afrique, reçoit sur l’aile des vents un message d’amour, et s’arrête. Il s’ouvrait un abîme où tombaient les paroles de son délire, et d’où s’élevait une voix qui le changeait : il était enfant, enfant de seize ans, timide et craintif devant la jeune fille au front serein, devant cette blanche forme dont le calme inaltérable ressemblait à la cruelle impassibilité de la justice humaine.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1staff which never comes, to enable them to shed springs of ranning water. Tossed among the snows of Norway by one of the purposes of his restless and inquiring life, the winter had taken him by surprise at Jarvis. On the day when he first saw Seraphita, the meeting wiped out all memories of his past life. This girl gave him such intense agitation as he had fancied was dead forever. The ashes burst into flame again, and were blown away by the first breath of that voice. Who has known what it is to become young and pure again after growing cold with age and foul with impurities? Wilfrid loved suddenly, as he had never loved; he loved in secret, with faith and awe and hidden frenzies. His life was disturbed to its very source at the mere thought of seeing Seraphita. When he heard her speak, he was borne away to unknown worlds; he was dumb in her presence—she bewitched him.
2Here, under the snows, amid the ice-fields, this heavenly flower had blossomed on the stem—the flower to which his hopes went up, till now deceived, whose mere presence gave rise to the new aspirations, the ideas, the feelings, that crowd around us to lft us up to higher realms, as angels transport the elect to heaven in the symbolical pictures suggested to painters by some familiar spirit. Celestial odors softened the granite of this rock, light endowed with language poured forth the divine melodies which escort the pilgrim on his way to heaven. Having drained the cup of earthly love and crushed it with his teeth, he now saw the cup of election, sparkling with limpid waters, the chalice that gives a thirst for unfading joys to all who approach it with lips of faith so ardent that the crystal does not break at their touch. He had met with the walls of 96 BALZAC’S WORKS brass he had been seeking throughout the world that he might climb them.
3He flew to Seraphita, intending to express to her the vehemence of a passion under which he was plunging, like the horse in the story under the bronze rider whom nothing can move, who sits firm, and whose weight grows greater as the fiery steed tries to throw him. He went to tell her his life, to display the greatness of his soul by the greatness of his sins, to show her the ruins in his desert. But as soon as he had entered the precincts, and found himself in the vast domain surveyed by those eyes whose heavenly blue knew no limits in the present or in the past, he became as calm and submissive as a lion when, rushing on his prey in the African plain, he scents a love message on the wings of the breeze, and stands still. A gulf opened before him in which the words of his delirium were lost, and whence a voice came up that transformed him: he was a boy again, a boy of sixteen, shy and bashful before this maiden of the tranquil brow, this white creature whose immovable calm was like the stern impassibility of human justice. And the struggle had never ceased till this evening when, with a single look, she had at length stricken him down like a hawk, which, after describing bewildering spirals round its prey, makes it drop stunned before carrying it off to its eyry. We have long struggles with ourself, of which the outcome is one of our actions; they are, as it were, the inner side of human nature. This inner side is God’s; the outer side belongs to men.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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