Fetching
One moment.
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1Dès l’âge de neuf ans, l’enfant a commencé à se mettre en état de prière : la prière est sa vie ; vous l’avez vue dans notre temple, à Noël, seul jour où elle y vienne ; elle y est séparée des autres chrétiens par un espace considérable. Si cet espace n’existe pas entre elle et les hommes, elle souffre. Aussi reste-t-elle la plupart du temps au château. Les événements de sa vie sont d’ailleurs inconnus, elle ne se montre pas ; ses facultés, ses sensations, tout est intérieur ; elle demeure la plus grande partie du temps dans l’état de contemplation mystique habituel, disent les écrivains papistes, aux premiers chrétiens solitaires en qui demeurait la tradition de la parole de Christ. Son entendement, son âme, son corps, tout en elle est vierge comme la neige de nos montagnes. À dix ans, elle était telle que vous la voyez maintenant. Quand elle eut neuf ans, son père et sa mère expirèrent ensemble, sans douleur, sans maladie visible, après avoir dit l’heure à laquelle ils cesseraient d’être. Debout, à leurs pieds, elle les regardait d’un œil calme, sans témoigner ni tristesse, ni douleur, ni joie, ni curiosité ; son père et sa mère lui souriaient. Quand nous vînmes prendre les deux corps, elle dit : — Emportez ! — Séraphîta, lui dis-je, car nous l’avons appelée ainsi, n’êtes-vous donc pas affectée de la mort de votre père et de votre mère ? ils vous aimaient tant ! — Morts ? dit-elle. Non, ils sont en moi pour toujours. Ceci n’est rien, ajouta-t-elle en montrant sans aucune émotion les corps que l’on enlevait. Je la voyais pour la troisième fois depuis sa naissance.
2Au temple, il est difficile de l’apercevoir, elle est debout près de la colonne à laquelle tient la chaire dans une obscurité qui ne permet pas de saisir ses traits. Des serviteurs de cette maison, il ne restait, lors de cet événement, que le vieux David, qui, malgré ses quatre-vingt-deux ans, suffit à servir sa maîtresse. Quelques gens de Jarvis ont raconté des choses merveilleuses sur cette fille. Leurs contes ayant pris une certaine consistance dans un pays essentiellement ami des mystères, je me suis mis à étudier le traité des Incantations de Jean Wier, et les ouvrages relatifs à la démonologie, où sont consignés les effets prétendus surnaturels en l’homme, afin d’y chercher des faits analogues à ceux qui lui sont attribués.
3— Vous ne croyez donc pas en elle ? dit Wilfrid. — Si fait, dit avec bonhomie le pasteur, je vois en elle une fille extrêmement capricieuse, gâtée par ses parents, qui lui ont tourné la tête avec les idées religieuses que je viens de vous formuler. Minna laissa échapper un signe de tête qui exprima doucement une négation. — Pauvre fille ! dit le docteur en continuant, ses parents lui ont légué l’exaltation funeste qui égare les mystiques et les rend plus ou moins fous. Elle se soumet à des diètes qui désolent le pauvre David. Ce bon vieillard ressemble à une plante chétive qui s’agite au moindre vent, qui s’épanouit au moindre rayon de soleil. Sa maîtresse, dont le langage incompréhensible est devenu le sien, est son vent et son soleil ; elle a pour lui des pieds de diamant et le front parsemé d’étoiles ; elle marche environnée d’une lumineuse et blanche atmosphère ; sa voix est accompagnée de musiques ; elle a le don de se rendre invisible, Demandez à la voir ? il vous répondra qu’elle voyage dans les Terres Astrales. Il est difficile de croire à de telles fables. Vous le savez, tout miracle ressemble plus ou moins à l’histoire de la Dent d’or. Nous avons une dent d’or à Jarvis, voilà tout. Ainsi, Duncker le pêcheur affirme l’avoir vue, tantôt se plongeant dans le Fiord d’où elle ressort sous la forme d’un eider, tantôt marchant sur les flots pendant la tempête. Fergus, qui mène les troupeaux dans les sœler, dit avoir vu, dans les temps pluvieux, le ciel toujours clair au-dessus du château suédois, et toujours bleu au-dessus de la tête de Séraphîta quand elle sort.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1“The childhood of this predestined being was marked by some extraordinary circumstances of climate. For nine years our winters were milder and our summers longer than usual. This phenomenon gave rise to much discussion among the learned; but their explanations, which seemed 84 BALZAC’S WORKS inadequate to the Doctors of the Academy, made the Baron smile when I repeated them to him. ‘‘Seraphita was never seen perfectly nude, as children are sometimes; she was never touched by the hand of man or woman; she lay spotless on her mother’s breast, and she never cried. Old David will confirm these facts if you question him about his mistress, for whom he feels such veneration as the king whose name he bears had for the Ark of God.
2‘‘At the age of nine the child began to be absorbed in prayer. Prayer is her life; you saw her in our churcb on Christmas Day, the only day she ever comes there. She is placed apart from the other worshippers by a considerable distance. If this space is not left about her, she is ill. Indeed, she spends most of her time indoors. The details of her life are, however, unknown; she never shows herself; her faculties, her feelings are essentially inward; she is commonly in the state of mystical contemplation, which, as Papist writers tell us, was familiar to the first Christian recluses, in whom dwelt the tradition of Christ’s teaching. Her understanding, her soul, her body, everything about her, is as virginal as the snow on our mountains. At ten years old she was what you see her now. ‘*When she was nine her father and mother died at the same instant without pain, without any visible malady, after naming the hour at which they should cease to breathe. She, standing at their feet, looked on them with a calm eye, displaying neither grief, nor pain, nor joy, nor curiosity; her father and mother smiled at her. ‘“When we went in to carry away the two bodies, she said— ‘**Take them away!’ SERAPHITA 85 \ ““‘Seraphita,” said I, for we called her by that name, ‘are you not grieved by your father’s and mother’s death? They loved you so well.’
3“**Dead ?’ said she. ‘No, they are still in me. This is nothing,’ she added, pointing to the bodies they were taking away. “This was the third time I had seen her since her birth. It is difficult to see her in church; she stands near the pillar that supports the pulpit, in such a dark corner that it 1s hardly possible to discern her features. “Of all the servants of the house, none were left at the time of that event but old David, who, though he is eightytwo years old, manages to do all his mistress needs. Some of the people of Jarvis have strange tales about the girl. Their stories having assumed some consistency in a land that is greatly addicted to mysteries, [ set to work to study Jean Wier’s ‘Treatise on Sorcery,’ and other works on demonology, in which the effects on man of the supernatural (so called) are recorded, in search of facts analogous to what are ascribed to her—’’ ‘“‘Then you do not believe in her?’’ asked Wilfrid. “Indeed, yes,’’ said the pastor with simplicity, ‘‘in so far that I regard her as a most fantastic creature, spoiled by her parents, who have a her brain by the Telions notions I have set forth to you.’ Minna shook her head in a gentle expression of negation.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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