Papus

Traité élémentaire de science occulte — Papus (Gérard Encausse) (1888)

Open to allPapus (Gérard Encausse), 1865–1916162 segments · translation to come · 54 pp

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Ainsi si nous considérons le poumon, la science du détail nous apprendra que cet organe reçoit de l'extérieur l'air qui subit en lui une certaine transformation.

Si nous considérons l'estomac, la même science nous apprendra que cet organe est chargé de transformer les aliments qu'il reçoit du dehors.

La science du phénomène s'arrête là, elle ne peut aller plus loin que la constatation du Fait.

L'analogie, s'emparant de ces données et les traitant par la généralisation, c'est-à-dire par la méthode opposée à la méthode du détail, formule ainsi les phénomènes :

Le poumon reçoit du dehors quelque chose qu'il transforme.

L'estomac reçoit du dehors quelque chose qu'il transforme.

Donc le poumon et l'estomac exerçant une fonction analogue sont analogues entre eux.

Ces conclusions paraîtront plus que bizarres aux hommes voués à l'étude du détail ; mais qu'ils se souviennent de cette nouvelle branche de l'anatomie qu'on appelle Anatomie philosophique, qu'ils se rappellent l'analogie parfaitement établie entre le bras et la jambe, la main et le pied, et ils verront que la méthode qui m'a conduit aux conclusions ci-dessus n'est que le développement de celle qui a présidé à la naissance de l'anatomie philosophique,

Si j'ai choisi comme exemple l'analogie entre le poumon et l'estomac, c'est pour mettre en garde contre une erreur qu'on fait très souvent et qui ferme à tout jamais la connaissance des textes hermétiques, celle de croire que deux choses analogues sont semblables.

C'est entièrement faux : deux choses analogues ne sont pas plus semblables que le poumon et l'estomac, ou la main et le pied. Je répète que cette remarque est on ne peut plùs importante pour l'étude des sciences occultes.

La méthode analogique n'est donc ni la déduction, ni l'induction; c'est l'usage de la clarté qui résulte de l'union de ces deux méthodes.

Si vous voulez connaître un monument, deux moyens vous sont fournis :

1° Tourner ou plutôt ramper (1) autour du monument en étudiant ses moindres détails. Vous connaîtrez ainsi la composition de ses plus petites parties, les rapports qu'elles affectent entre elles, etc., etc. ; mais vous n'aurez aucune idée de l'ensemble de l'édifice. Tel est l'usage de l'induction ;

2° Monter sur une hauteur et regarder votre monument -le mieux qu'il vous sera possible. Vous aurez ainsi une idée générale de son ensemble ; mais sans la moindre idée de détail.

Tel est l'usage de la méthode de déduction.

Le défaut de ces deux méthodes saute aux yeux sans qu'il soit besoin de nombreux commentaires. A chacune d'elles il manque ce que possède l'autre ; réunissez-les et la vérité se produira, éclatante ; étudiez les détails puis montez sur la hauteur et recommencez tant qu'il le faudra, vous connaîtrez parfaitement votre édifice ; unissez la méthode du physicien à celle du métaphysicien et vous , donnerez naissance à la méthode analogique, véritable expression de la synthèse antique.

Faire de la métaphysique seule comme le théologien,

(1) Voyez Edg. Poë, Eurêka, pp. 10 à 29 ÇTra<luptiqn Bau^elairç].

c'est aussi faux que de faire de la physique seule comme le physicien ; édifiez le noumène sur le phénomène et la vérité apparaîtra !

« Que conclure de tout cela ?

« Il faut en conclure que le livre de Kant, dans sa partie critique, démontre à tout jamais la vanité des méthodes philosophiques en ce qui concerne l'explication des phénomènes de haute physique, et laisse voir la nécessité où l'on se trouve de faire constamment marcher de front l'abstraction avec l'observation des phénomènes, condamnant irrévocablement d'avance tout ce qui resterait dans le phénoménalisme ou le rationalisme purs (1). »

Nous venons de faire un nouveau pas dans l'étude de la science antique en déterminant l'existence de cette méthode, absolument spéciale ; mais cela ne doit pas encore nous suffire. N'oublions pas en effet que le but que nous poursuivons est l'explication, quelque rudimentaire qu'elle soit d'ailleurs, de tous ces symboles et de toutes ces histoires allégoriques réputées si mystérieuses.

Quand, en parlant de l'analogie entre le poumon et F estomac, nous avons généralisé les faits découverts par la science expérimentale ou inductive, nous avons fait monter ces faits d'un degré.

Il existe donc des degrés entre les phénomènes et les noumènes, va-t-on me demander ?

Il suffit d'un peu d'observation pour s'apercevoir

(1) Louis Lucas, Chimie nouvelle, p. 21.

qu'une très grande quantité de faits sont gouvernés par un petit nombre de lois. C'est sur l'étude de ces lois considérées sous le nom de causes secondes que portent les travaux des sciences.

Mais ces causes secondes sont elles-mêmes gouvernées par un nombre très restreint de causes premières. L'étude de ces dernières est du reste parfaitement dé . daignée par les sciencés contemporaines qui, reléguées dans le domaine des vérités sensibles, abandonnent aux rêveurs de toute école et de toute religion leur recherche. Et pourtant c'est là que réside la Science.

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