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« Au lieu d'exposer les raisons des phénomènes célestes, on ne s'occupe que d'observations et de démonstrations mathématiques ; or, ces observations et ces démonstrations peuvent bien fournir quelque hypothèse ingénieuse pour arranger tout cela dans sa tête, et se faire une idée de cet assemblage, mais non pour savoir au juste comment et pourquoi tout cela est réellement dans la nature : elles indiquent tout au plus les mouvements apparents, l'assemblage artificiel, la combinaison arbitraire de tous ces phénomènes, mais non les causes véritables et la réalité des choses ; et quant à ce sujet, c'est avec fort peu de jugement que l'astronomie est rangée parmi les sciences mathématiques ; cette classification déroge à sa dignité . » -(Bàcon, De Dign. et Increm. ,Scienc., l. III, c. iv.)
(1) Voy. l'Occultisme contemporain.
Tous les grands hommes disent que l'étude du visible ne suffit pas, que l'invisible seul renferme les vérités les plus utiles à connaître ; qu'importe. Tout cela n'avait pas échappé à la merveilleuse sagacité des initiateurs antiques qui savaient montrer avec tant d'art, à l'aspirant, la différence entre le monde sensible et le monde intelligible :
« Avant l'ouverture des Mystères d'Isis, on donnait au récipiendaire une petite boîte en pierre dure figurant, au dehors, un pauvre animal symbolique, un petit insecte, un scarabée.
« Pouah 1 aurait dit un sceptique moderne. Mais en ouvrant ce modeste hiéroglyphe, on trouvait en dedans un œuf d'or pur, renfermant, sculptés dans des pierres précieuses, les Cabircs, les Dieux révélateurs et leurs douze Maisons sacrées.
« Telle était l'exquise méthode suivant laquelle l'antique Sagesse renfermait pieusement dans la Parole et dans le Cœur la connaissance de la Vérité; et cette symbolique voilée, cet hermétisme à triple sceau devenait de plus en plus savant, à'mesure que le degré de la Science-se rapprochait davantage du divin Mystère de la Vie universelle (1). »
De tous côtés les sciences se buttent au monde des causes premières et, faute de vouloir l'étudier scientifiquement, paralysent les progrès.
Ceci apparaît surtout clairement dans-une-des sciences les plus utiles à l'humanité, science qu'on est contraint d'appeler encore un art : la Médecine.
(1) Saint-Yves d'Alveydre, p. 67. ,
La Médecine doit étudier de si près le monde invisible ? les causes premières, que tôt ou tard elle atteint leur domaine.
Dans ces derniers temps elle s'est lancée tête baissée dans le Matérialisme, protestant avec juste raison contre les rêveries de la Métaphysique dans laquelle elle gravitait. L'anatomie pàthologique a victorieusement répondu à l'appel des audacieux novateurs et, entassant découvèrte sur découverte, a fermé la bouche aux retardataires partisans d'un animisme incompris ou d'un vitalisme sans portée pratique.
La topographie des centres nerveux découverte, l'alliance étroite de la clinique et des démonstrations physiologiques enfin opérée, la Médecine matérialiste pouvait être fière de son œuvre et allait proclamer sa victoire quand ce monde de l'invisible qu'on avait relégué pour toujours fit de nouveau son apparition.
La suggestion à distance, indiscutable malgré l'opposition systématique des retardataires, l'existence déplus en plus probable du fluide niée d'abord avec tant d'acharnement, les phénomènes produits par les spirites, étudiés et reconnus réels par les savants officiels (1) de tous pays, forcent, comme je l'ai déjà dit, les investigateurs impartiaux à aborder le domaine de l'immatériel et à augmenter par là les éléments de la future synthèse qui réunira le phénomène au noumème.
Or, je ne crains pas d'affirmer que, quels que soiènt les efforts entrepris pour édifier de nouvelles investiga-
(1) En Angleterre, Crookes ; en Allemagne, Zœlner ; en France, le Dr Gibier. (Voy. l'Occutt. contemp.) 1 tions, quels que soient les noms dont on décore les découvertes, on rentrera forcément dans le domaine de l'antique science occulte. ,
Que peut-il résulter de tout cela ? Une réaction contre le matérialisme plus grande encore qu'on n'en a jamais vu et, comme il est difficile d'atteindre un juste milieu, une réaction vers le Mysticisme.
C'est pourquoi je voudrais montrer que la Vérité ne sortira pas plus d'un extrême que de l'autre et faire comprendre à tous l'idée élevée contenue dans la phrase de Louis Lucas qui sert d'épigraphe à ce traité :
« Concilier la profondeur des vues théoriques an- « ciennes avec la rectitude et la puissance de l'expé- « rimentation moderne », tout est là.
Quand je pose ainsi les deux domaines dans lesquels doit graviter la Médecine, l'Idéalisme et la Matérialisme, qu'on ne croie pas que ce sont là rêveries tirées de mon imagination. Tous les maîtres ont senti cette distinction,et ceux qui affirment que l'hypothèse n'a rien à voir en science méconnaissent cette belle remarque de Trousseau :