Papus

Traité élémentaire de science occulte — Papus (Gérard Encausse) (1888)

Open to allPapus (Gérard Encausse), 1865–1916162 segments · translation to come · 54 pp

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Il fallait créer une langue s'adaptant d'avance à l'intelligence de celui à qui elle était destinée, une langue telle qu'un mot, ne présentant au vulgaire qu'un ensemble de signes bizarres, devînt pour le voyant une révélation :

« Bien aultrement faisaient, au temps jadis, les sages d'Egypte quand ils écrivaient par lettres qu'ils appelaient hiéroglyphes lesquelles .nul n'entendait qui n'entendît, et un chacun entendait qui entendît la VERTU, PROPRIÉTÉ et NATURE des choses par icelles figurées.

« Desquelles Orus Apollon a en grec composé deux livres et Polyphile au songe d'amour en a davantage exposé. » (Rabelais, liv. I, chap. ix.)

L'idée théorique qui présida au choix de cette langue fut celle de la gradation hiérarchique Ternaire, les TROIS MONDES indiqués par Rabelais dans la citation ci-dessus.

Cette idée d'enfermer certaines connaissances dans un cercle spécial est tellement commune à toutes les époques que nous voyons, en ce siècle de divulgation et - de diffusion à outrance, les sciences communes, mathématiques, histoire naturelle, médecine, s'entourer d'un rempart de mots spéciaux. Pourquoi s'étonner de retrouver le même usage en action parmi les anciens ?

Reportons-nous au triangle des trois mondes FAITS- LOIS-PRINCIPES, et nous allons voir l'initié en possession de trois moyens différents d'exprimer une idée par le sens positif, le sens comparatif ou le sens superlatif,

1 -L initié peut se servir de mots compris par tous en changeant simplement la valeur des mots suivant la classe d'intelligences qu'il veut instruire.

Prenons un exemple simple tel que l'idée suivante':
Un enfant nécessite un père et une mère.
S'adressant à tous, sans distinction aucune de classe,
l'écrivain parlera au sens positif et dira :

Un enfant nécessité un père et une mère.

S 'il veut retrancher de la compréhension de cette idée les gens à l'intelligence matérielle, ceux qu'on désigne sous le terme collectif de : le Vulgaire,il parlera au sens comparatif, montant du domaine des FAITS dans le domaine des LOIS en disant :

Le Neutre nécessite un positif et un négatif.
L'Équilibre nécessite un actif et un passif.

Les gens qui sont versés dans l'étude des Lois de la nature, ceux qu'on désigne en général à notre époque sous le nom de savants, comprendront parfaitement le sens de ces Lois inintelligibles pour le paysan.

Mais faut-il retrancher de la connaissance d'une vérité ces savants devenus théologiens ou persécuteurs, l'écrivain s'élève encore d'un degré, il pénètre de plain pied dans le domaine de la symbolique en entrant dans le MONDE des PRINCIPES et dit :

La Couronne nécessite la Sagesse et l'Intelligence. Le Savant, habitué à résoudre les problèmes qui se présentent à lui, comprend les mots isolément, mais ne peut saisir le rapport qui les lie. Il est capable de donner un sens à cette phrase ; mais la base solide lui manque , il n est pas sûr d'interpréter exactement ;

aussi haifsse-t-il les épaules quand des phrases analogues à celle-là lui apparaissent dans les livres hermétiques et passe-t-il outre en s'écriant : Mysticisme et Fourberie !

N'était-ce pas là le désir de l'écrivain ?

2° — L'initié peut employer des signes différents suivant ceux à qui il veut s'adresser.

C'était cette mode qu'employaient de préférence les prêtres égyptiens qui écrivaient en hiéroglyphes, en langue phonétique ou en langue idéograghique suivant le cas (1).

Mais éclairons encore ceci par des exemples en employant, pour plus de clarté, la même idée que dans le premier cas :

Un enfant nécessite un père et une mère. S'adressant à la masse, le prêtre dessinera tout simplement un enfant entre son père et sa mère ou dira la phrase textuelle.

S'il veut restreindre le nombre des lecteurs, il abordera'le Monde des feois et les signes algébriques compris du savant viendront s'aligner ainsi :

Soit le signe désignant le neutre, l'enfant, on écrira :

en nécessite + et — ou (-j-) + (—) = (en)

S'il veut encore restreindre le domaine de la COlnpréhension, il abordera les signes idéographiques correspondant aux principes et dira :

astrologiquement : © + 3 = 9 ou géométriquement : | H —— = +

- (1) Voir Fabre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre.

Nous verrons tout à l'heure que ces signes, qui ont encore le don d'exaspérer les curieux, ne sont pas pris arbitrairement ; mais qu'au contraire une raison profonde préside à leur choix.

3° — L'emploi de la géométrie qualitative permet encore une autre méthode : c'est l'emploi d'un seul et même signe qui peut être pris dans des sens différents suivant l'entendement du lecteur.

Ainsi le signe suivant ! 0

ne représentera pour l'illettré qu'un point dans un rond.

Le savant comprendra que ce signe représente une circonférence et son centre ou, astronomiquement, le Soleil et par extension la vérité (il est rare que le savant dépasse ce degré).

L'initié y verra le Principe et son développement, l'Idée dans sq cause, Dieu dans l'Eternité outre les sens - précédents. Tout à l'heure nous verrons l'origine de ces interprétations.

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