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En feuilletant l'ouvrage remarquable de M. Figuier (1), ouvrage dans lequel cet auteur veut prouver que la transmutation n'a jamais existé, je découvris trois faits constituant des preuves scientifiques, irréfutables, du changement des métaux impurs en or. L'opération avait été exécutée loin de la présence de l'alchimiste qui n'avait touché à aucun instrument et l'opérateur était dans chaque cas un ennemi déclaré de l 'alchimie, ne croyant pas à l'existence de la pierre philosophale.
J'ai du-reste pùblié la critique de ces faits dans le numéro 3 du Lotus (2) auquel je renvoie le lecteur curieux. Je prie donc toute personne qui voudrait nier la transmutation de me fournir auparavant une réfutation scientifique de ces expériences que je persiste encore à croire irréfutables.
La pierre philosophale est une poudre qui peut affecter plusieurs couleurs différentes suivant son degré de
(1) L'Aieliiinie et les Alchimistes.
(2) La Pierre philosophale prouvée par (les faits.
perfection mais qui, pratiquement, n'en possède que deux, blanche ou rouge.
La véritable pierre philosophale est rouge. Cette poudre rouge possède trois vertus :
1° Elle transforme en or le mercure ou le plomb en fusion sur lesquels on en dépose une pincée ; je dis en or et non en un métal qui s'en rapproche plus ou moins comme l'a cru, je ne sais pourquoi, un savant contemporain (1).
2° Elle constitue un dépuratif énergique pour le sang et guérit rapidement, prise à l'intérieur, quelque maladie que ce soit ;
3° Elle agit de même sur les plantes en les faisant croître, mûrir et fructifier en quelques heures.
Voilà trois points qui paraîtront bien fabuleux à beaucoup de gens, mais les alchimistes sont tous d'accord à ce sujet.
Il suffit du reste de réfléchir pour voir que ces trois propriétés n'en constituent qu'une seule : renforcement de l'activité vitale.
La pierre philosophale est donc tout simplement une condensation énergique de la Vie (2) dans une petite quantité de matière et elle agit comme un ferment sur le corps en présence desquels on la met. Il suffit d'un peu de ferment pour faire « lever » une grande masse de pain ; de même, il suffit d'un peu de pierre philosophale pour développer la vie contenue dans une matière quelconque, minérale, végétale ou animale. Voilà» pourquoi
(1) M. Berthelot..
(2) Voy., dans le chapitre ui, l'Etude sur la Vie universelle.
les alchimistes appelent leur pierre : médecine des trois règnes.
Nous savons maintenant ce qu'est cette pierre philosophale, assez pour en reconnaître la description dans une histoire symbolique, et là doivent se borner nos ambitions.
Voyons maintenant sa fabrication.
Voici quelles sont les opérations essentielles :
- Tirer du Mercure vulgaire un ferment spécial appelé par les alchimistes Mercure des philosophes.
Faire agir ce ferment sur l'argent pour en tirer également un ferment.
Faire agir le ferment du Mercure sur l'or pour en tirer aussi du ferment.
Combiner le ferment tiré de l'or avec le ferment tiré de l'argent et le ferment mercuriel dans un matras de verre vert très solide et en forme d'œuf, boucher hermétiquement ce matras et, le mettre à cuire dans un fourneau particulier appelé par les alchimistes athanor. L'athanor ne diffère des autres fourneaux que par une combinaison qui permet de chauffer très longtemps et d une façon spéciale l'œuf susdit.
C'est alors (pendant cette cuisson) et alors seulement que se produisent certaines couleurs sur lesquelles sont basées toutes les histoires alchimiques. La matière contenue dans l'œuf devient d'abord noire, tout semble putréfié, cet état est désigné par le nom de tête de corbeau. Tout à coup à cette couleur noire succède une blancheur éclatante. Ce passage du noir au blanc, de l'obscurité à la lumière, est une excellente pierre de touche pour, reconnaître une histoire symbolique qui traite de l'alchimie. La matière ainsi fixée' au blanc sert à transmuer les métaux impurs (plomb, mercure) en argent.
Si on continue le feu on voit cette couleur blanche disparaître peu à peu, la matière prend des teintes diverses, depuis les couleurs inférieures du spectre (bleu, vert) jusqu'aux couleurs supérieures (jaune, orangé), et enfin arrive au rouge rubis. La pierre philosophale est alors presque terminée.
Je dis presque terminée, car à cet état dix grammes de pierre philosophale ne transmuent pas plus de vingt grammes de métal. Pour parfaire la pierre il faut la remettre dans un œuf avec un peu de mercure des philosophes et recommencer à chauffer. L'opération qui avait demandé un an ne demande plus que trois mois et les couleurs reparaissent dans le même ordre que la première fois. *
A cet état la pierre transmue en or dix fois son poids.
On recommence encore l'opération. Elle ne dure qu'un mois, la pierre transmue mille fois son poids de métal.
Enfin on la fait une dernière fois et on obtient la véritable pierre philosophale parfaite, qui transmue dix mille fois son poids de métal en or pur.
Ces opérations sont désignées sous le nom de multiplication de la pierre.
Quand on lit un alchimiste il faut donc voir de quelle opération il parle :