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Nous avons ensuite vu que cette science était enfermée dans les temples, centres de haute instruction et de civilisation.
Enfin nous avons pu savoir que personne n'était exclu de cette initiation dont l'origine se perdait dans la nuit des cycles primitifs.
Trois genres d'épreuves étaient placées au début de toute instruction: des épreuves physiques, des épreuves morales et des épreuves intellectuelles. Jamblique, Porphyre et Apulée parmi les anciens, Lenoir (1), Christian (2), Delaage (3) parmi les modernes, décrivent tout au long ces épreuves sur lesquelles je crois inutile d'insister davantage. Ce qui ressort de tout cela, c'est qu'avant tout la science était la science cachée.
Une étude même superficielle des écrits scientifiques que nous ont laissés les anciens permet de con-
(1) La Franc-Maçonnerie rendue à sa véritable origine (1814).
(2) Histoire de la Magie (1863).
* (3J La Science du vrai (Dentu, 1884).
statcr que si leurs connaissances atteignaient la production des mêmes effets que les nôtres, elles en différaient cependant beaucoup quant à la méthode et à la théorie.
Pour savoir ce qu'on apprenait dans les temples, il nous faut chercher les restes de ces enseignements dans les matériaux que nous possédons et qui nous ont été en grande partie conservés par les alchimistes. Nous ne nous inquiéterons pas de l'origine plus ou moins apocryphe (d'après les savants modernes) de ces écrits. Ils existent et cela doit nous suffire. Si nous parvenons à découvrir une méthode qui explique le langage symbolique des alchimistes et en même temps les histoires symboliques anciennes de la conquête de la Toison d'Or, de la Guerre de Troie, du Sphinx, nous pourrons sans crainte affirmer que nous tenons un morceau de la science antique.
Voyons tout d'abord la façon dont les modernes traitent un phénomène naturel pour mieux connaître par opposition la méthode antique.
Que diriez-vous d'un homme qui vous décrirait un livre ainsi :
« Le livre que vous m'avez donné à étudier est placé « sur la cheminée à deux mètres quarante-neuf centi- « mètres de la table où je suis, il pèse quarante-cinq « grammes huit décigrammes, il est formé de cent qua- « rante-deux petites feuilles de papier sur lesquelles « existent cent dix-huit mille deux cent quatre-vingts « caractères d'imprimerie, qui ont usé trois cent quatre- « vingt-dix grammes d'encre noire. »
Voilà la description expérimentale du phénomène.
Si cet exemple vous choque, ouvrez les livres de science moderne et voyez s'ils ne répondent pas exactement comme méthode à la description du Soleil ou de Saturne par l'astronome qui décrit la place, le poids, le volume et la densité des astres, ou à la description du spectre solaire par le physicien qui compte le nombre des raies !
Ce qui vous intéresse dans le livre ce n'est pas le côté matériel, physique, mais bien ce que l'auteur a voulu exprimer par ces signes, ce qu'il y a de caché sous leur forme, le côté métaphysique pour ainsi dire.
Cet exemple suffit à montrer la différence entre les méthodes anciennes et les méthodes modernes. Les premières, dans l'étude du phénomène, s'occupent toujours du côté général de la question, les autres restent a priori cantonnées dans le domaine du fait.
Pour montrer que tel est bien l'esprit de la méthode antique, je rapporte un passage très significatif de Fabre d'Olivet sur les deux façons d'écrire l'histoire (1).
« £ar il faut bien se souvenir que l'histoire allégorique de ces temps écoulés, écrite dans un autre esprit que l'histoire positive qui lui a succédé, ne lui ressemblait en aucune manière et que c'est pour les avoir confondues qu'on est tombé dans de si graves erreurs. C'est une observation très importante que je fais ici de nouveau. Cette histoire, confiée à la mémoire des hommes,
(1) Je fais mes excuses au lecteur pour les citations dont je surcharge ce traité ; mais je suis obligé de m'appuyer à chaque pas sur des bases solides. Ce que j'avance parait si improbable à beaucoup, et j'ignore pourquoi, que le nombre de preuves servira à peine à combattre une incrédulité de parti pris.
ou conservée parmi les archives sacerdotales des temples en morceaux détachés de poésie, ne considérait les choses que du côté moral, ne s'occupait jamais des individus, et voyait agir les masses ; c'est-à-dire les peuples, les corporations, les sectes, les doctrines, les arts même et les sciences, comme autant d'êtres particuliers qu'elle désignait par un nom générique.