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« Cependant si la Volonté est une, toutes ses affections quoique diverses doivent être identiques, c'est-àdire être respectivement les mêmes pour tous les individus qui les éprouvent. Ainsi, un homme voulant, et affirmant sa volonté par le geste, où par l'inflexion vocale, n'éprouve pas une autre affection que tout homme qui veut et affirme la même chose. Le geste et le son de voix qui accompagnent l'affirmation ne sont pdint.ceux destinés à peindre la négation; et il n'est pas un seul homme sur la terre auquel on ne puisse faire entendre par le geste, ou par l'inflexion de la voix, qu 'on l'aime ou qu'on le hait, qu'on veut ou qu'on ne veut pas une chose qu'il présente. Il ne saurait là y avoir de convention. C'est une puissance identique, qui se manifeste spontanément, et qui, rayonnant d'un foyer volitif, va se réfléchir sur l'autre.
« Je voudrais qu'il fût aussi facile de démontrer que c'est également sans convention, et par la seule force de la Volonté, que le geste ou l'inflexion vocale affectés' à l'affirmation ou à la négation se transforment en des mots divers ; et comment il arrive, par exemple,, que les mots oui et non (1) ayant le même sens et entraînant la même inflexion et le même geste, n'ont pourtant pas le même son ; mais si cela était aussi facile, èomment l'origine de la Parole serait-elle restée jusqu'à présent inconnue ?
« Comment tant de savants, armés tour à tour de la synthèse et de l'analyse, n'auraient-ils pas résolu une question aussi importante pour l'homme ? Il n'y a rien de conventionnel dans la Parole, j'espère le faire sentir à ceux de mes lecteurs qui voudront me suivre avec attention ; mais je ne promets pas de leur prouver une vérité de cette nature à la manière des géomètres ; sa possession est d'une trop haute importance pour qu'on doive la renfermer dans une équation algébrique.
« Revenons. Le son et le mouvement mis à la disposition de la Volonté sont modifiés par elle ; c'est-à-dire qu'à la faveur de certains organes appropriés à cet effet le son est articulé et changé en voix ; le mouvement est déterminé et changé en geste. Mais la voix et le geste n'ont qu'une durée instantanée/ fugitive. S'il importe à la volonté de l'homme de faire que le souvenir des affections qu'elle manifeste au dehors survive aux affections elles-mêmes, et cela lui importe presque toujours, alors, ne trouvant aucune ressource pour fixer ni peindre le son, elle s'empare du mouvement, et à l'aide de la main, son organe le plus expressif, trouve, à force d'efforts, le secret de dessiner sur l'écorce des arbres, ou de graver sur la pierre, le geste qu'elle a d'abord déterminé.
(1) na et ah..
« Voilà l'origine des caractères tracés, qui, comme image du geste et symbole de l'inflexion vocale, deviennent l'un des éléments les plus féconds du langage, étendent rapidement son empire et présentent à l'homme un moyen inépuisable de combinaison. Il n'y a rien de conventionnel dans leur principe, car non est toujours non et oui est toujours oui : un homme est un homme. Mais comme leur forme dépend beaucoup du dessinateur, qui éprouve le .premier la volonté de peindre ses affections, il peut s'y glisser assez d'arbitraire, et elle peut varier assez pour qu'il soit besoin d'une convention pour assurer leur authenticité et autoriser leur usage. Aussi n'est-ce jamais qu'au sein d'une peuplade avancée dans la civilisation et soumise aux lois d'un gouvernement régulier qu'on rencontre l'usage d'une écriture quelconque. On peut être sûr que là où sont les caractères tracés, là sont aussi les formes -civiles. Tous les hommes parlent et se communiquent leurs idées, tels sauvages qu'ils puissent être, pourvu qu'ils soient des hommes ; mais tous n'écrivent pas, parce qu 'il n est nullement besoin de convention pour l'établissement d'un langage, tandis qu'il en est toujours besoin pour celui d'une écriture.
« Cependant quoique les caractères tracés supposent une convention, ainsi que je viens de le dire, il ne faut point oublier qu'ils sont le symbole de deux choses qui n'en supposent pas, l'inflexion vocale et le geste. Cellesci naissent de l'explosion spontanée de la Volonté. Les autres sont le fruit de la réflexion (1). »
(1) Fabre d'Olivet, Lang. héb. rest., chap. IV, S 1,
En'possession des signes capables d'exprimer son idée, l'initié devait encore se plier à une autre considération : le choix de son lecteur futur. v