Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Ô Inca ! ô roi infortuné et malheureux ! Je fus surnommé le Poète en dérision de mes essais ; mais les moqueries ne me corrigèrent pas. Je rimaillai toujours, malgré le sage conseil de monsieur Mareschal, notre directeur, qui tâcha de me guérir d’une manie malheureusement invétérée, en me racontant dans un apologue les malheurs d’une fauvette tombée de son nid pour avoir voulu voler avant que ses ailes ne fussent poussées. Je continuai mes lectures, je devins l’écolier le moins agissant, le plus paresseux, le plus contemplatif de la Division des Petits, et partant le plus souvent puni. Cette digression autobiographique doit faire comprendre la nature des réflexions par lesquelles je fus assailli à l’arrivée de Lambert. J’avais alors douze ans. J’éprouvai tout d’abord une vague sympathie pour un enfant avec qui j’avais quelques similitudes de tempérament. J’allais donc rencontrer un compagnon de rêverie et de méditation. Sans savoir encore ce qu’était la gloire, je trouvais glorieux d’être le camarade d’un enfant dont l’immortalité était préconisée par madame de Staël. Louis Lambert me semblait un géant.
2Le lendemain si attendu vint enfin. Un moment avant le déjeuner, nous entendîmes dans la cour silencieuse le double pas de monsieur Mareschal et du Nouveau. Toutes les têtes se tournèrent aussitôt vers la porte de la classe. Le père Haugoult, qui partageait les tortures de notre curiosité, ne nous fit pas entendre le sifflement par lequel il imposait silence à nos murmures et nous rappelait au travail. Nous vîmes alors ce fameux Nouveau, que monsieur Mareschal tenait par la main. Le Régent descendit de sa chaire, et le Directeur lui dit solennellement, suivant l’étiquette : — Monsieur, je vous amène monsieur Louis Lambert, vous le mettrez avec les Quatrièmes, il entrera demain en classe. Puis, après avoir causé à voix basse avec le Régent, il dit tout haut : — Où allez-vous le placer ? Il eût été injuste de déranger l’un de nous pour le Nouveau ; et comme il n’y avait plus qu’un seul pupitre de libre, Louis Lambert vint l’occuper, près de moi qui étais entré le dernier dans la classe. Malgré le temps que nous avions encore à rester en étude, nous nous levâmes tous pour examiner Lambert. Monsieur Mareschal entendit nos colloques, nous vit en insurrection, et dit avec cette bonté qui nous le rendait particulièrement cher : — Au moins, soyez sages, ne dérangez pas les autres classes.
3Ces paroles nous mirent en récréation quelque temps avant l’heure du déjeuner, et nous vînmes tous environner Lambert pendant que monsieur Mareschal se promenait dans la cour avec le père Haugoult. Nous étions environ quatre-vingts diables, hardis comme des oiseaux de proie. Quoique nous eussions tous passé par ce cruel noviciat, nous ne faisions jamais grâce à un Nouveau des rires moqueurs, des interrogations, des impertinences qui se succédaient en semblable occurrence, à la grande honte du néophyte de qui l’on essayait ainsi les mœurs, la force et le caractère. Lambert, ou calme ou abasourdi, ne répondit à aucune de nos questions. L’un de nous dit alors qu’il sortait sans doute de l’école de Pythagore. Un rire général éclata. Le Nouveau fut surnommé Pythagore pour toute sa vie de collége. Cependant le regard perçant de Lambert, le dédain peint sur sa figure pour nos enfantillages en désaccord avec la nature de son esprit, l’attitude aisée dans laquelle il restait, sa force apparente en harmonie avec son âge, imprimèrent un certain respect aux plus mauvais sujets d’entre nous. Quant à moi, j’étais près de lui, occupé à l’examiner silencieusement. Louis était un enfant maigre et fluet, haut de quatre pieds et demi ; sa figure halée, ses mains brunies par le soleil paraissaient accuser une vigueur musculaire que néanmoins il n’avait pas à l’état normal. Aussi, deux mois après son entrée au collége, quand le séjour de la classe lui eut fait perdre sa coloration presque végétale, le vîmes-nous devenir pâle et blanc comme une femme.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1idlest, the most dreamy of all the division of ‘‘little boys,”’ and consequently the most frequently punished. This autobiographical digression may give some idea of the reflections I was led to make in anticipation of Lambert's arrival. I was then twelve years old. I felt sympathy from the first for the boy whose temperament had some points of likeness to my own. I was at last to have a companion in day-dreams and meditations. Though I knew not yet what glory meant, [ thought it glory to be the familiar friend of a child whose immortality was foreseen by Madame de Stael. To me Louis Lambert was as a giant. The looked-for morrow came at last. A minute before breakfast we heard the steps of Monsieur Mareschal and of the new boy in the quiet courtyard. Every head was turned at once to the door of the class-room. Father Haugoult, who participated in our torments of curiosity, did not sound the whistle he used te reduce our mutterings to silence and bring us back to our tasks. We then saw this famous new boy, whom Monsieur Mareschal was leading by the hand. The superintendent descended from his desk, and the headmaster said to him solemnly, according to etiquette: ‘‘Monsieur, I have brought you Monsieur Louis Lambert; will you place him in the fourth class, he will begin work to-morrow.”’ Then, after speaking a few words in an undertone to the class-master, he said— ‘‘Where can he sit ?”’
2It would have been unfair to displace one of us for a new-comer; so, as there was but one desk vacant, Louis Lambert came to fill it, next to me, for I had last joined the class. Though we still had some time to wait before lessons were over, we all stood up to look at Louis Lam200 BALZAC’S WORKS bert. Monsieur Mareschal heard our mutterings, saw how eager we were, and said, with the kindness that endeared him to us all— ‘Well, well, but make no noise; do not disturb the other classes.”’ These words set us free to play some little time before breakfast, and we all gathered round Lambert while Monsieur Mareschal walked up and spe the courtyard with Father Haugoult.
3There were about eighty of us little demons, as bold as birds of prey. Though we ourselves had all gone through this cruel novitiate, we showed no mercy on a new-comer, never sparing him the mockery, the catechism, the impertinence, which were inexhaustible on such occasions, to the discomfiture of the neophyte, whose manners, strength, and temper were thus tested. Lambert, whether he was stoical or dumfounded, made no reply to any questions. One of us thereupon remarked that he was no doubt of the school of Pythagoras, and there was a shout of laughter. The new boy was thenceforth Pythagoras through ali his life at the college. At the same time, Lambert’s piercing eye, the scorn expressed in his face for our childishness, so far removed from the stamp of his own nature, the easy attitude he assumed, and his evident strength in proportion to his years, infused a certain respect into the veriest scamps among us. For my part, I kept near him, absorbed | in studying him in silence. Louis Lambert was slightly built, nearly five feet in height; his face was tanned, and his hands were burned brown by the sun, giving him an appearance of manly vigor, which, in fact, he did not possess.. Indeed, two LOUIS LAMBERT 201 months after he came to the college, when study in the class-room had faded his vivid, so to speak, vegetable coloring, he became as pale and white as a woman.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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