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1À des idées nouvelles, des mots nouveaux ou des acceptions de mots anciens élargies, étendues, mieux définies ; Lambert avait donc choisi, pour exprimer les bases de son système, quelques mots vulgaires qui déjà répondaient vaguement à sa pensée. Le mot de volonté servait à nommer le milieu où la pensée fait ses évolutions ; ou, dans une expression moins abstraite, la masse de force par laquelle l’homme peut reproduire, en dehors de lui-même, les actions qui composent sa vie extérieure. La volition , mot dû aux réflexions de Locke, exprimait l’acte par lequel l’homme use de la Volonté . Le mot de pensée , pour lui le produit quintessentiel de la Volonté, désignait aussi le milieu où naissaient les idées auxquelles elle sert de substance. L’ idée , nom commun à toutes les créations du cerveau, constituait l’acte par lequel l’homme use de la Pensée . Ainsi la Volonté, la Pensée étaient les deux moyens générateurs ; la Volition, l’Idée étaient les deux produits. La Volition lui semblait être l’idée arrivée de son état abstrait à un état concret, de sa génération fluide à une expression quasi solide, si toutefois ces mots peuvent formuler des aperçus si difficiles à distinguer. Selon lui, la Pensée et les Idées sont le mouvement et les actes de notre organisme intérieur, comme les Volitions et la Volonté constituent ceux de la vie extérieure.
2Il avait fait passer la Volonté avant la Pensée. — « Pour penser, il faut vouloir, disait-il. Beaucoup d’êtres vivent à l’état de Volonté, sans néanmoins arriver à l’état de Pensée. Au Nord, la longévité ; au Midi, la brièveté de la vie ; mais aussi, dans le Nord, la torpeur ; au Midi, l’exaltation constante de la Volonté ; jusqu’à la ligne où, soit par trop de froid, soit par trop de chaleur, les organes sont presque annulés. » Son expression de milieu lui fut suggérée par une observation faite pendant son enfance, et de laquelle il ne soupçonna certes pas l’importance, mais dont la bizarrerie dut frapper son imagination si délicatement impressible. Sa mère, personne fluette et nerveuse, tout délicate donc et tout aimante, était une des créatures destinées à représenter la Femme dans la perfection de ses attributs, mais que le sort abandonne par erreur au fond de l’état social. Tout amour, partant toute souffrance, elle mourut jeune après avoir jeté ses facultés dans l’amour maternel. Lambert, enfant de six ans, couché dans un grand berceau, près du lit maternel, mais n’y dormant pas toujours, vit quelques étincelles électriques jaillissant de la chevelure de sa mère, au moment où elle se peignait. L’homme de quinze ans s’empara pour la science de ce fait avec lequel l’enfant avait joué, fait irrécusable dont maintes preuves se rencontrent chez presque toutes les femmes auxquelles une certaine fatalité de destinée laisse des sentiments méconnus à exhaler ou je ne sais quelle surabondance de force à perdre.
3À l’appui de ses définitions, Lambert ajouta plusieurs problèmes à résoudre, beaux défis jetés à la science et desquels il se proposait de rechercher les solutions, se demandant à lui-même : Si le principe constituant de l’électricité n’entrait pas comme base dans le fluide particulier d’où s’élançaient nos Idées et nos Volitions ? Si la chevelure qui se décolore, s’éclaircit, tombe et disparaît selon les divers degrés de déperdition ou de cristallisation des pensées, ne constituait pas un système de capillarité soit absorbante, soit exhalante, tout électrique ? Si les phénomènes fluides de notre Volonté, substance procréée en nous et si spontanément réactive au gré de conditions encore inobservées, étaient plus extraordinaires que ceux du fluide invisible, intangible, et produits par la pile voltaïque sur le système nerveux d’un homme mort ? Si la formation de nos idées et leur exhalation constante étaient moins incompréhensibles que ne l’est l’évaporation des corpuscules imperceptibles et néanmoins si violents dans leur action, dont est susceptible un grain de musc, sans perdre de son poids ? Si, laissant au système cutané de notre enveloppe une destination toute défensive, absorbante, exsudante et tactile, la circulation sanguine et son appareil ne répondaient pas à la transsubstantiation de notre Volonté, comme la circulation du fluide nerveux répondait à celle de la Pensée ? Enfin si l’affluence plus ou moins vive de ces deux substances réelles ne résultait pas d’une certaine perfection ou imperfection d’organes dont les conditions devaient être étudiées dans tous leurs modes ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1In that boyish effort Lambert had enshrined the ideas of aman. ‘T'en years later, when [ met some learned men who were devoting serious attention to the phenomena that had struck us and that Lambert had so marveilously analyzed, 1 understood the value of his work, then already forgotten as childish. I at once spent several months in recalling the principal theories discovered by my poor schoolmate. Having collected my reminiscences, I can boldly state that, by 1812, he had proved, divined, and set forth in his Treatise several important facts of which, as he had declared, evidence was certain to come sooner or later. His philosophical speculations ought undoubtedly to gain him recognition as one of the great thinkers who have appeared at wide intervals among men, to reveal to them the bare ees | LOUIS LAMBERT 227 skeleton of some science to come, of which the roots spread slowly, but which, in due time, bring forth fair fruit in the intellectual sphere. Thus a humble artisan, Bernard Palissy, searching the soil to find minerals for glazing pottery, proclaimed, in the sixteenth century, with the infallible intuition of genius, geological facts which it is now the glory of Cuvier and Buffon to have demonstrated.
2I can, I believe, give some idea of Lambert’s Treatise by stating the chief propositions on which it was based; but, in spite of myself, I shal! strip them of the ideas in which they were clothed, and which were indeed their indispensable accompaniment. I started on a different path, and only made use of those of his researches which answered the purpose of my scheme. I know not, therefore, whether as his disciple I can faithfully expound his views, having assimilated them in the first instance so as to color them with my own. New ideas require new words, or a new and expanded use of old words, extended and defined in their meaning. Thus Lambert, to set forth the basis of his system, had adopted certain common words that answered to his notions. The word Will he used to connote the medium in which the mind moves, or, to use a less abstract expression, the mass of power by which man can reproduce, outside himself, the actions constituting his external life. Volition—a word due to Locke—expressed the act by which a man exerts his will. The word Mind, or Thought, which he regarded as the quintessential product of the Will, also represented the medium in which the ideas originate to which thought gives substance. The Idea, a name common to every creation of the brain, constituted the act by which man uses his mind. Thus the Will and the Mind were the two generata 228 BALZAC’S WORKS ~ ing forces: the Volition and the Idea were the two products.
3Volition, he thought, was the Idea evolved from the abstract state to a concrete state, from its generative fluid toa solid expression, so to speak, if such words may be taken to formulate notions so difficult of definition. According to him, the Mind and Ideas are the motion and the outcome of our inner organization, just as the Will and Volition are of our external activity. He gave the Will precedence over the Mind. ‘*You must will before you can think,’’ he said. ‘*Many beings live in a condition of Willing without ever attaining to the condition of Thinking. In the North, life is long; in the South, it is shorter; but in the North we see torpor, in the South a constant excitability of the Will, up to the point where from an excess of cold or of heat the organs are almost nullified.”’
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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