Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Voici d’abord le fait. Louis se trouvait un jour au Théâtre-Français placé sur une banquette des secondes galeries, près d’un de ces piliers entre lesquels étaient alors les troisièmes loges. En se levant pendant le premier entr’acte, il vit une jeune femme qui venait d’arriver dans la loge voisine. La vue de cette femme, jeune et belle, bien mise, décolletée peut-être, et accompagnée d’un amant pour lequel sa figure s’animait de toutes les grâces de l’amour, produisit sur l’âme et sur les sens de Lambert un effet si cruel qu’il fut obligé de sortir de la salle. S’il n’eût profité des dernières lueurs de sa raison, qui, dans le premier moment de cette brûlante passion, ne s’éteignit pas complétement, peut-être aurait-il succombé au désir presque invincible qu’il ressentit alors de tuer le jeune homme auquel s’adressaient les regards de cette femme. N’était-ce pas dans notre monde de Paris un éclair de l’amour du Sauvage qui se jette sur la femme comme sur sa proie, un effet d’instinct bestial joint à la rapidité des jets presque lumineux d’une âme comprimée sous la masse de ses pensées ? Enfin n’était-ce pas le coup de canif imaginaire ressenti par l’enfant, devenu chez l’homme le coup de foudre de son besoin le plus impérieux, l’amour.
2Maintenant voici la lettre dans laquelle se peint l’état de son âme frappée par le spectacle de la civilisation parisienne. Son cœur, sans doute constamment froissé dans ce gouffre d’égoïsme, dut toujours y souffrir ; il n’y rencontra peut-être ni amis pour le consoler, ni ennemis pour donner du ton à sa vie. Contraint de vivre sans cesse en lui-même et ne partageant avec personne ses exquises jouissances, peut-être voulait-il résoudre l’œuvre de sa destinée par l’extase, et rester sous une forme presque végétale, comme un anachorète des premiers temps de l’Église, en abdiquant ainsi l’empire du monde intellectuel. La lettre semble indiquer ce projet, auquel les âmes grandes se sont prises à toutes les époques de rénovation sociale. Mais cette résolution n’est-elle pas alors pour certaines d’entre elles l’effet d’une vocation ? ne cherchent-elles pas à concentrer leurs forces dans un long silence, afin d’en sortir propres à gouverner le monde, par la Parole ou par l’Action ? Certes, Louis avait dû recueillir bien de l’amertume parmi les hommes, ou presser la société par quelque terrible ironie sans pouvoir en rien tirer, pour jeter une si vigoureuse clameur, pour arriver, lui pauvre ! au désir que la lassitude de la puissance et de toute chose a fait accomplir à certains souverains. Peut-être aussi venait-il achever dans la solitude quelque grande œuvre qui flottait indécise dans son cerveau ? Qui ne le croirait volontiers en lisant ce fragment de ses pensées où se trahissent les combats de son âme au moment où cessait pour lui la jeunesse, où commençait à éclore la terrible faculté de produire à laquelle auraient été dues les œuvres de l’homme ?
3Cette lettre est en rapport avec l’aventure arrivée au théâtre. Le Fait et l’Écrit s’illuminent réciproquement, l’âme et le corps s’étaient mis au même ton. Cette tempête de doutes et d’affirmations, de nuages et d’éclairs qui souvent laisse échapper la foudre, et qui finit par une aspiration affamée vers la lumière céleste, jette assez de clarté sur la troisième époque de son éducation morale pour la faire comprendre en entier. En lisant ces pages écrites au hasard, prises et reprises suivant les caprices de la vie parisienne, ne semble-t-il pas voir un chêne pendant le temps où son accroissement intérieur fait crever sa jolie peau verte, le couvre de rugosités, de fissures, et où se prépare sa forme majestueuse, si toutefois le tonnerre du ciel ou la hache de l’homme le respectent !
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘*Krom that, a sum-total of action takes its rise which constitutes social life. The man of sinew contributes action or strength; the man of brain, genius; the man of heart, faith. But,’’ he added sadly, ‘‘faith sees only the clouds of the sanctuary; the Angel alone has light.”’ 250 BALZAC’S WORKS So, according to his own definitions, Lambert was all brain and all heart. It seems to me that his intellectual life was divided into three marked phases. Under the impulsion, from his earliest years, of a precocious activity, due, no doubt, to some malady—or to some special perfection—of organism, his powers were concentrated on the functions of the inner senses and a superabundant flow of nerve-fluid. As a man of ideas, he craved to satisfy the thirst of his brain, to assimilate every idea. Hence his reading; and from his reading, the reflections that gave him the power of reducing things to their simplest expression, and of absorbing them to study them in their essence. Thus, the advantages of this splendid stage, acquired by other men only after long study, were achieved by Lambert during his bodily childhood: a happy childhood, colored by the studious joys of a born poet.
2The point which most thinkers reach at last was to him the starting-point, whence his brain was to set out one day in search of new worlds of knowledge. Though as yet he knew it not, he had made for himself the most exacting life possible, and the most insatiably greedy. Merely to live, was he not compelled to be perpetually casting nutriment into the gulf he had opened in himself? Like some beings who dwell in the grosser world, might he not die of inanition for want of feeding abnormal and disappointed crayings? Was not this a sort of debauchery of the intellect which might lead to spontaneous combustion, like that of bodies saturated with alcohol? I had seen nothing of this first phase of his braindevelopment; it is only now, at a later day, that I can thus give an account of its prodigious fruit and results. Lambert was now thirteen. eye ‘+ Hea as: \ NGL ke: LOUIS LAMBERT 251
3I was so fortunate as to witness the first stage of the second period. Lambert was cast into all the miseries of school-life—and that, perhaps, was his salvation—it absorbed the superabundance of his thoughts. After passing from concrete ideas to their purest expression, from words to their ideal import, and from that import to principles, after reducing everything to the abstract, to enable him to live he yearned for yet other intellectual creations. Quelled by the woes of school and the critical development of his physical constitution, he became thoughtful, dreamed of feeling, and caught a glimpse of new sciences—positively masses of ideas. Checked in his career, and not yet strong enough to contemplate the higher spheres, he contemplated his inmost self. I then perceived in him the struggle of the Mind reacting on itself, and trying to detect the secrets of its own nature, like a physician who watches the course of his own disease. At this stage of weakness and strength, of childish grace and superhuman powers, Louis Lambert is the creature who, more than any other, gave mea poetical and truthful image of the being we call an angel, always excepting one woman whose name, whose features, whose identity, and whose life I would fain hide from all the world, so as to be sole master of the secret of her existence, and to bury it in the depths of my heart.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.