Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Mais voilà que reviennent en foule mes souvenirs d’amour, les nuages de ma tristesse vont se dissiper. Adieu. Je te quitte pour être mieux à toi. Mon âme chérie, j’attends un mot, une parole qui me rende la paix du cœur. Que je sache si j’ai contristé ma Pauline, ou si quelque douteuse expression de ton visage m’a trompé. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher, après toute une vie heureuse, d’être venu vers toi sans un sourire plein d’amour, sans une parole de miel. Affliger la femme que l’on aime ! pour moi, Pauline, c’est un crime. Dis-moi la vérité, ne me fais pas quelque généreux mensonge, mais désarme ton pardon de toute cruauté. » FRAGMENT. « Un attachement si complet est-il un bonheur ? Oui, car des années de souffrance ne paieraient pas une heure d’amour. Hier, ton apparente tristesse a passé dans mon âme avec la rapidité d’une ombre qui se projette. Étais-tu triste ou souffrais-tu ? J’ai souffert. D’où venait ce chagrin ? Écris-moi vite. Pourquoi ne l’ai-je pas deviné ? Nous ne sommes donc pas encore complétement unis par la pensée ? Je devrais, à deux lieues de toi comme à mille, ressentir tes peines et tes douleurs. Je ne croirai pas t’aimer tant que ma vie ne sera pas assez intimement liée à la tienne pour que nous ayons la même vie, le même cœur, la même idée. Je dois être où tu es, voir ce que tu vois, ressentir ce que tu ressens, et te suivre par la pensée. N’ai-je pas déjà su, le premier, que ta voiture avait versé, que tu étais meurtrie ? Mais aussi ce jour-là, ne t’avais-je pas quittée, je te voyais.
2Quand mon oncle m’a demandé pourquoi je pâlissais, je lui ai dit : « Mademoiselle de Villenoix vient de tomber ! » Pourquoi donc n’ai-je pas lu dans ton âme, hier ? Voulais-tu me cacher la cause de ce chagrin ? Cependant j’ai cru deviner que tu avais fait en ma faveur quelques efforts malheureux auprès de ce redoutable Salomon qui me glace. Cet homme n’est pas de notre ciel. Pourquoi veux-tu que notre bonheur, qui ne ressemble en rien à celui des autres, se conforme aux lois du monde ? Mais j’aime trop tes mille pudeurs, ta religion, tes superstitions, pour ne pas obéir à tes moindres caprices. Ce que tu fais doit être bien ; rien n’est plus pur que ta pensée, comme rien n’est plus beau que ton visage où se réfléchit ton âme divine. J’attendrai ta lettre avant d’aller par les chemins chercher le doux moment que tu m’accordes. Ah ! si tu savais combien l’aspect des tourelles me fait palpiter, quand enfin je les vois bordées de lueur par la lune, notre amie, notre seule confidente. »
3. « Adieu la gloire, adieu l’avenir, adieu la vie que je rêvais ! Maintenant, ma tant aimée, ma gloire est d’être à toi, digne de toi ; mon avenir est tout entier dans l’espérance de te voir ; et ma vie ? n’est-ce pas de rester à tes pieds, de me coucher sous tes regards, de respirer en plein dans les cieux que tu m’as créés ? Toutes mes forces, toutes mes pensées doivent t’appartenir, à toi qui m’as dit ces enivrantes paroles : « Je veux tes peines ! » Ne serait-ce pas dérober des joies à l’amour, des moments au bonheur, des sentiments à ton âme divine, que de donner des heures à l’étude, des idées au monde, des poésies aux poètes ? Non, non, chère vie à moi, je veux tout te réserver, je veux t’apporter toutes les fleurs de mon âme. Existe-t-il rien d’assez beau, d’assez splendide dans les trésors de la terre et de l’intelligence pour fêter un cœur aussi riche, un cœur aussi pur que le tien, et auquel j’ose allier le mien, parfois ? Oui, parfois j’ai l’orgueil de croire que je sais aimer autant que tu aimes. Mais non, tu es un ange-femme : il se rencontrera toujours plus de charme dans l’expression de tes sentiments, plus d’harmonie dans ta voix, plus de grâce dans tes sourires, plus de pureté dans tes regards que dans les miens. Oui, laisse-moi penser que tu es une création d’une sphère plus élevée que celle où je vis ; tu auras l’orgueil d’en être descendue, j’aurai celui de t’avoir méritée, et tu ne seras peut-être pas déchue en venant à moi, pauvre et malheureux. Oui, si le plus bel asile d’une femme est un cœur tout à elle, tu seras toujours souveraine dans le mien.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘You have given me incredible self-confidence and audacity. I can dare-all things now. I came back to Blois in deep dejection. Five years of study in the heart of Paris had made me look on the world as a prison. I had conceived of vast schemes, and dared not speak of them. Fame seemed to me a prize for charlatans, to which a really noble spirit should not stoop. Thus, my ideas could only make their way by the assistance of a man bold enough to mount the platform of the press, and to harangue loudly the simpletons he scorns. This kind of courage I have not. I plowed my way on, crushed by the verdict of the crowd, in despair at never making it hear me. I was at once too humble and too lofty! I swallowed my thoughts as other men swallow humiliations. I had even come to despise knowledge, blaming it for yielding no real happiness. ‘‘But since yesterday I am wholly changed. For your sake 1 now covet every palm of glory, every triumph of success. When I lay my head on your knees, I could wish to attract to you the eyes of the whole world, just as I long to concentrate in my love every idea, every power that is in me. The most splendid celebrity is a possession that genius alone can create. Well, I can, at my will, make for you a bed of laurels. And if the silent ovation paid to science is not all you desire, I have within me the sword of the Word; I could run in the path of honor and ambition where others only crawl.
2‘‘Command me, Pauline; I will be whatever you will. My iron will can do anything—I am loved! Armed with that thought, ought not a man to sweep everything before him? The man who wants all can do all. If you are the LOUIS LAMBERT 279 prize of success, I enter the lists to-morrow. To win such a look as that you bestowed on me I would leap the deepest abyss. Through you I understand the fabulous achievements of chivalry and the most fantastic tales of the ‘Arabian Nights.’ I can believe now in the most fantastic excesses of love, and in the success of a prisoner’s wildest attempt to recover his liberty. You have aroused the thousand virtues that lay dormant within me—patience, resignation, all the powers of my heart, all the strength of my soul. I live by you and—heavenly thought!—for you. Everything now has a meaning for me in life. I understand everything, even the vanities of wealth.
3“T find myself shedding all the pearls of the Indies at your feet; I fancy you reclining either on the rarest flowers, or on the softest tissues, and all the splendor of the world seems hardly worthy of you, for whom I would I could command the harmony and the light that are given out by the harps of seraphs and the stars of heaven! Alas! a poor, studious poet, I offer you in words treasures [I cannot bestow; I can only give you my heart, in which you reign forever. I have nothing else. But are there no treasures in eternal gratitude, in a smile whose expression will perpetually vary with perennial happiness, under the constant eagerness of my devotion to guess the wishes of your loving soul? Has not one celestial glance given us assurance of always understanding each other? ‘“‘T have a prayer now to be said to God every night—a prayer full of you: ‘Let my Pauline be happy!’ And will you fill all my days as you now fill my heart? ‘Farewell, [ can but trust you to God alone!”’ 280 BALZAC’S WORKS IIT
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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