Fetching
One moment.
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One moment.
1Notre indépendance, nos occupations illicites, notre fainéantise apparente, l’engourdissement dans lequel nous restions, nos punitions constantes, notre répugnance pour nos devoirs et nos pensums, nous valurent la réputation incontestée d’être des enfants lâches et incorrigibles. Nos maîtres nous méprisèrent, et nous tombâmes également dans le plus affreux discrédit auprès de nos camarades à qui nous cachions nos études de contrebande, par crainte de leurs moqueries. Cette double mésestime, injuste chez les Pères, était un sentiment naturel chez nos condisciples. Nous ne savions ni jouer à la balle, ni courir, ni monter sur les échasses. Aux jours d’amnistie, ou quand par hasard nous obtenions un instant de liberté, nous ne partagions aucun des plaisirs à la mode dans le Collége. Étrangers aux jouissances de nos camarades, nous restions seuls, mélancoliquement assis sous quelque arbre de la cour. Le Poète-et-Pythagore furent donc une exception, une vie en dehors de la vie commune. L’instinct si pénétrant, l’amour-propre si délicat des écoliers leur fit pressentir en nous des esprits situés plus haut ou plus bas que ne l’étaient les leurs. De là, chez les uns, haine de notre muette aristocratie ; chez les autres, mépris de notre inutilité. Ces sentiments étaient entre nous à notre insu, peut-être ne les ai-je devinés qu’aujourd’hui. Nous vivions donc exactement comme deux rats tapis dans le coin de la salle où étaient nos pupitres, également retenus là durant les heures d’étude et pendant celles des récréations.
2Cette situation excentrique dut nous mettre et nous mit en état de guerre avec les enfants de notre Division. Presque toujours oubliés, nous demeurions là tranquilles, heureux à demi, semblables à deux végétations, à deux ornements qui eussent manqué à l’harmonie de la salle. Mais parfois les plus taquins de nos camarades nous insultaient pour manifester abusivement leur force, et nous répondions par un mépris qui souvent fit rouer de coups le Poète-et-Pythagore. La nostalgie de Lambert dura plusieurs mois. Je ne sais rien qui puisse peindre la mélancolie à laquelle il fut en proie. Louis m’a gâté bien des chefs-d’œuvre. Ayant joué tous les deux le rôle du Lépreux de la vallée d’Aoste , nous avions éprouvé les sentiments exprimés dans le livre de monsieur de Maistre, avant de les lire traduits par cette éloquente plume. Or, un ouvrage peut retracer les souvenirs de l’enfance, mais il ne luttera jamais contre eux avec avantage. Les soupirs de Lambert m’ont appris des hymnes de tristesse bien plus pénétrants que ne le sont les plus belles pages de Werther . Mais aussi, peut-être n’est-il pas de comparaison entre les souffrances que cause une passion réprouvée à tort ou à raison par nos lois, et les douleurs d’un pauvre enfant aspirant après la splendeur du soleil, la rosée des vallons et la liberté. Werther est l’esclave d’un désir, Louis Lambert était toute une âme esclave. À talent égal, le sentiment le plus touchant ou fondé sur les désirs les plus vrais, parce qu’ils sont les plus purs, doit surpasser les lamentations du génie.
3Après être resté long-temps à contempler le feuillage d’un des tilleuls de la cour, Louis ne me disait qu’un mot, mais ce mot annonçait une immense rêverie. — Heureusement pour moi, s’écria-t-il un jour, il se rencontre de bons moments pendant lesquels il me semble que les murs de la classe sont tombés, et que je suis ailleurs, dans les champs ! Quel plaisir de se laisser aller au cours de sa pensée, comme un oiseau à la portée de son vol ! — Pourquoi la couleur verte est-elle si prodiguée dans la nature ? me demandait-il. Pourquoi y existe-t-il si peu de lignes droites ? Pourquoi l’homme dans ses œuvres emploie-t-il si rarement les courbes ? Pourquoi lui seul a-t-il le sentiment de la ligne droite ? Ces paroles trahissaient une longue course faite à travers les espaces. Certes, il avait revu des paysages entiers, ou respiré le parfum des forêts. Il était, vivante et sublime élégie, toujours silencieux, résigné ; toujours souffrant sans pouvoir dire : je souffre ! Cet aigle, qui voulait le monde pour pâture, se trouvait entre quatre murailles étroites et sales ; aussi, sa vie devint-elle, dans la plus large acception de ce terme, une vie idéale. Plein de mépris pour les études presque inutiles auxquelles nous étions condamnés, Louis marchait dans sa route aérienne, complétement détaché des choses qui nous entouraient. Obéissant au besoin d’imitation qui domine les enfants, je tâchai de conformer mon existence à la sienne. Louis m’inspira d’autant mieux sa passion pour l’espèce de sommeil dans lequel les contemplations profondes plongent le corps, que j’étais plus jeune et plus impressible.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1The hapless poet, so full of nerves, as sensitive as a woman, under the sway of chronic melancholy, and as sick with genius as a girl with love that she pines for, knowing nothing of it;—this boy, at once so powerful and so weak, transplanted by ‘‘Corinne’’ from the country he loved, to be squeezed in the mold of a collegiate routine to which every spirit and every body must yield, whatever their range or temperament, accepting its rule and its uniform as gold is crushed into round coin under the press; Louis Lambert suffered in every spot where pain can touch the soul or the LOUIS LAMBERT 911 flesh. Stuck on a form, restricted to the acreage of his desk, a victim to the strap and to a sickly frame, tortured in every sense, environed by distress—everything compelled him to give his body up to the myriad tyrannies of school life; and, like the martyrs who smiled in the midst of suffering, he took refuge in heaven, which lay open to his mind. Perhaps this life of purely inward emotions helped him to see something of the mysteries he so entirely believed in! Our independence, our illicit amusements, our apparent waste of time, our persistent indifference, our frequent punishments and aversion for our exercises and impositions,
2- earned us a reputation, which no one cared to controvert, for being an idle and incorrigible pair. Our masters treated us with contempt, and we fell into utter disgrace with our companions, from whom we concealed our secret studies for fear of being laughed at. This hard judgment, which was injustice in the masters, was but natural in our schoolfellows. We could neither play ball, nor run races, nor walk on stilts. On exceptional holidays, when amnesty was proclaimed and we got a few hours of freedom, we shared in none of the popular diversions of the school. Aliens from the pleasures enjoyed by the others, we were outcasts, sitting forlorn under a tree in the playing-ground. The Poet-and-Pythagoras formed an exception and led a life apart from the life of the rest. The penetrating instinct and unerring conceit of schoolboys made them feel that we were of a nature either far above or far beneath their own; hence some simply hated our aristocratic reserve, others merely scorned our ineptitude. These feelings were equally shared by us without our knowing it; perhaps I have but now divined them. We lived exactly like two rats, huddled into the corner of 212 BALZAC’S WORKS
3the room where our desks were, sitting there alike during — lesson time and play hours. This strange state of affairs inevitably and in fact placed us on a footing of war with all the other boys in our division. Forgotten for the most part, we sat there very contentedly; half happy, like two plants, two images who would have been missed from the furniture of the room. But the most aggressive of our schoolfellows would sometimes torment us, just to show their malignant power, and we responded with stolid contempt, which brought many a thrashing down on the Poet-and-Pythagoras. Lambert’s homesickness lasted for many months. I know no words to describe the dejection to which he was a prey. Louis has taken the glory of many a masterpiece for me. We had both played the part of the ‘‘Leper of Aosta,’’ and had both experienced the feelings described in Monsieur de Maistre’s story, before we read them as expressed by his eloquent pen, A book may, indeed, revive the memories of our childhood, but it can never compete with them successfully. Lambert’s woes had taught me many a chant of sorrow far more appealing than the finest passages in ‘‘Werther.’? And, indeed, there is no possible comparison between the pangs of a passion condemned, whether rightly or wrongly, by every law, and the grief of a poor child pining for the glorious sunshine, the dews of the valley, and liberty. Werther is the slave of desire; Louis Lambert was an enslaved soul. Given equal talent, the more pathetic sorrow, founded on desires which, being purer, are the more genuine, must transcend the wail even of genius. After sitting for a long time with his eyes fixed on a lime tree in the playground, Louis would say just a word; but that word would reveal an infinite speculation. _ LOUIS LAMBERT ; 213
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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