Fetching
One moment.
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1La divisibilité territoriale poussée à l’infini, dont le principe y est consacré par le partage égal des biens, doit engendrer l’abâtardissement de la nation, la mort des arts et celle des sciences. Le sol trop divisé se cultive en céréales, en petits végétaux ; les forêts et partant les cours d’eau disparaissent ; il ne s’élève plus ni bœufs, ni chevaux. Les moyens manquent pour l’attaque comme pour la résistance. Vienne une invasion, le peuple est écrasé, il a perdu ses grands ressorts, il a perdu ses chefs. Et voilà l’histoire des déserts ! La politique est donc une science sans principes arrêtés, sans fixité possible ; elle est le génie du moment, l’application constante de la force, suivant la nécessité du jour. L’homme qui verrait à deux siècles de distance mourrait sur la place publique chargé des imprécations du peuple ; ou serait, ce qui me semble pis, flagellé par les mille fouets du ridicule. Les nations sont des individus qui ne sont ni plus sages ni plus forts que ne l’est l’homme, et leurs destinées sont les mêmes. Réfléchir sur celui-ci, n’est-ce pas s’occuper de celles-là. Au spectacle de cette société sans cesse tourmentée dans ses bases comme dans ses effets, dans ses causes comme dans son action, chez laquelle la philanthropie est une magnifique erreur, et le progrès un non-sens, j’ai gagné la confirmation de cette vérité, que la vie est en nous et non au dehors ; que s’élever au-dessus des hommes pour leur commander est le rôle agrandi d’un régent de classe ; et que les hommes assez forts pour monter jusqu’à la ligne où ils peuvent jouir du coup d’œil des mondes, ne doivent pas regarder à leurs pieds. »
25 novembre. « Je suis assurément occupé de pensées graves, je marche à certaines découvertes, une force invincible m’entraîne vers une lumière qui a brillé de bonne heure dans les ténèbres de ma vie morale ; mais quel nom donner à la puissance qui me lie les mains, me ferme la bouche, et m’entraîne en sens contraire à ma vocation ? Il faut quitter Paris, dire adieu aux livres des bibliothèques, à ces beaux foyers de lumière, à ces savants si complaisants, si accessibles, à ces jeunes génies avec lesquels je sympathisais. Qui me repousse ? est-ce le Hasard, est-ce la Providence ? Les deux idées que représentent ces mots sont inconciliables. Si le Hasard n’est pas, il faut admettre le Fatalisme, ou la coordination forcée des choses soumises à un plan général. Pourquoi donc résisterions-nous ? Si l’homme n’est plus libre, que devient l’échafaudage de sa morale ? Et s’il peut faire sa destinée, s’il peut par son libre arbitre arrêter l’accomplissement du plan général, que devient Dieu ? Pourquoi suis-je venu ? Si je m’examine, je le sais : je trouve en moi des textes à développer ; mais alors pourquoi possédé-je d’énormes facultés sans pouvoir en user ? Si mon supplice servait à quelque exemple, je le concevrais ; mais non, je souffre obscurément. Ce résultat est aussi providentiel que peut l’être le sort de la fleur inconnue qui meurt au fond d’une forêt vierge sans que personne en sente les parfums ou en admire l’éclat. De même qu’elle exhale vainement ses odeurs dans la solitude, j’enfante ici dans un grenier des idées sans qu’elles soient saisies.
3Hier, j’ai mangé du pain et des raisins le soir, devant ma fenêtre, avec un jeune médecin nommé Meyraux. Nous avons causé comme des gens que le malheur a rendus frères, et je lui ai dit : — Je m’en vais, vous restez, prenez mes conceptions et développez-les ! — Je ne le puis, me répondit-il avec une amère tristesse, ma santé trop faible ne résistera pas à mes travaux, et je dois mourir jeune en combattant la misère. Nous avons regardé le ciel, en nous pressant les mains. Nous nous sommes rencontrés au Cours d’anatomie comparée et dans les galeries du Muséum, amenés tous deux par une même étude, l’unité de la composition zoologique. Chez lui, c’était le pressentiment du génie envoyé pour ouvrir une nouvelle route dans les friches de l’intelligence ; chez moi, c’était déduction d’un système général. Ma pensée est de déterminer les rapports réels qui peuvent exister entre l’homme et Dieu. N’est-ce pas une nécessité de l’époque ? Sans de hautes certitudes, il est impossible de mettre un mors à ces sociétés que l’esprit d’examen et de discussion a déchaînées et qui crient aujourd’hui : — Menez-nous dans une voie où nous marcherons sans rencontrer des abîmes ? Vous me demanderez ce que l’anatomie comparée a de commun avec une question si grave pour l’avenir des sociétés. Ne faut-il pas se convaincre que l’homme est le but de tous les moyens terrestres pour se demander s’il ne sera le moyen d’aucune fin ? Si l’homme est lié à tout, n’y a-t-il rien au-dessus de lui, à quoi il se lie à son tour ? S’il est le terme des transmutations inexpliquées qui montent jusqu’à lui, ne doit-il pas être le lien entre la nature visible et une nature invisible ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1prostitute who has fallen ill, the foundling, the infirm and aged—even vice and crime here find a refuge, and charity; but the world is merciless to the inventor, to the man who thinks. Here everything must show an immediate and practical result. Fruitless attempts are mocked at, though they may lead to the greatest discoveries; the deep and untiring LOUIS LAMBERT 257 study that demands long concentration of every faculty is not valued here. The State might pay talent as it pays the bayonet; but it is afraid of being taken in by mere cleverness, as if genius could be counterfeited for any length of time. ‘*Ah, my dear uncle, when monastic solitude was destroyed, uprooted from its home at the foot of mountains, under green and silent shade, asylums ought to have been provided for those suffering souls who, by an idea, promote the progress of nations or prepare some new and fruitful development of science. *<“September 20th
2“The love of study brought me hither, as you know. I have met really learned men, amazing for the most part; but the lack of unity in scientific work almost nullifies their efforts. There is no Head of instruction or of scientific research. At the Museum a professor argues to prove that another in the Rue Saint-Jacques talks nonsense. The lecturer at the College of Medicine abuses him of the Collége de France. When I first arrived, I went to hear an old Academician who taught five hundred youths that Corneille was a haughty and powerful genius; Racine, elegiac and graceful;. Moliére, inimitable; Voltaire, supremely witty; Bossuet and Pascal, incomparable in argument. A professor of philosophy may make a name by explaining how Plato is Platonic. Another discourses on the history of words, without troubling himself about ideas. One explains Aischylus, another tells you that communes were communes, and neither more nor less. These original and brilliant discoveries, diluted to last several hours, constitute the highest education which is to lead to giant strides in human knowledge. 258 BALZAC’S WORKS — “Tf the Government could have an idea, I should suspect it of being afraid of any real superiority, which, once roused, might bring Society under the yoke of an intelligent rule. Then nations would go too far and too fast; so professors are appointed to produce simpletons. How else can we account for a scheme devoid of method or any notion of the future ? “The Institut might be the central government of the moral and intellectual world; but it has been ruined lately by its subdivision into separate academies. So human science marches on, without a guide, without a system, and floats haphazard with no road traced out. ‘‘This vagueness and uncertainty prevails in politics as well as in science. In the order of nature means are simple, the end is grand and marvellous; here in science, as in government, the means are stupendous, the end is mean. The force which in nature proceeds at an equal pace, and of which the sum is constantly being added to itself—the A+ A from which everything is produced—is destructive in society. Politics, at the present time, place human forces in antagonism to neutralize each other, instead of combining them to promote their action to some definite end. ‘‘Looking at Europe alone, from Cesar to Constantine, from the puny Constantine to the great Attila, from the Huns to Charlemagne, from Charlemagne to Leo X., from Leo X. to Philip II., from Philip I. to Louis XIV.; from Venice to England, from England to Napoleon, from Napoleon to England, I see no fixed purpose in politics; its constant agitation has led to no progress. ‘Nations leave witnesses to their greatness in monuments, and to their happiness in the welfare of individLOUIS LAMBERT 259
3uals. Are modern monuments as fine as those of the ancients? I doubt it. The arts, which are the direct outcome of the individual, the products of genius or of handicraft, have not advanced much. The _ pleasures of Lucullus were as good as those of Samuel Bernard, of Beaujon, or of the King of Bavaria. And then human longevity has diminished. ‘“Thus, to those who will be candid, man is still the same; might is still his only law, and success his only wisdom. ‘Jesus Christ, Mahomet, and Luther only lent a different hue to the arena in which youthful nations disport themselves. ‘‘No development of politics has hindered civilization, with its riches, its manners, its alliance of the strong against the weak, its ideas, and its delights, from moving from Memphis to Tyre, from Tyre to Baalbek, from Tadmor to Carthage, from Carthage to Rome, from Rome to Constantinople, from Constantinople to Venice, from Venice to Spain, from Spain to England—while no trace is left of Memphis, of Tyre, of Carthage, of Rome, of Venice, or Madrid. The soul of those great bodies has fled. Not one of them has preserved itself from destruction, nor formulated this axiom: When the effect produced ceases to be in a ratio to its cause, disorganization follows.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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