Fetching
One moment.
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1— Ce jeune homme savait tout, mon cher monsieur ! dit-il en posant sur une table le volume où sont contenues les œuvres de Spinosa. Comment une tête si bien organisée a-t-elle pu se détraquer ? — Mais, monsieur, lui répondis-je, ne serait-ce pas un effet de sa vigoureuse organisation ? S’il est réellement en proie à cette crise encore inobservée dans tous ses modes et que nous appelons folie , je suis tenté d’en attribuer la cause à sa passion. Ses études, son genre de vie avaient porté ses forces et ses facultés à un degré de puissance au delà duquel la plus légère surexcitation devait faire céder la nature ; l’amour les aura donc brisées ou élevées à une nouvelle expression que peut-être calomnions-nous en la qualifiant sans la connaître. Enfin, peut-être a-t-il vu dans les plaisirs de son mariage un obstacle à la perfection de ses sens intérieurs et à son vol à travers les Mondes Spirituels.
2— Mon cher monsieur, répliqua le vieillard après m’avoir attentivement écouté, votre raisonnement est sans doute fort logique ; mais quand je le comprendrais, ce triste savoir me consolerait-il de la perte de mon neveu ? L’oncle de Lambert était un de ces hommes qui ne vivent que par le cœur. Le lendemain, je partis pour Villenoix. Le bonhomme m’accompagna jusqu’à la porte de Blois. Quand nous fûmes dans le chemin qui mène à Villenoix, il s’arrêta pour me dire : — Vous pensez bien que je n’y vais point. Mais, vous, n’oubliez pas ce que je vous ai dit. En présence de mademoiselle de Villenoix, n’ayez pas l’air de vous apercevoir que Louis est fou. Il resta sans bouger à la place où je venais de le quitter, et d’où il me regarda jusqu’à ce qu’il m’eût perdu de vue. Je ne cheminai pas sans de profondes émotions vers le château de Villenoix. Mes réflexions croissaient à chaque pas dans cette route que Louis avait tant de fois faite, le cœur plein d’espérance, l’âme exaltée par tous les aiguillons de l’amour. Les buissons, les arbres, les caprices de cette route tortueuse dont les bords étaient déchirés par de petits ravins, acquirent un intérêt prodigieux pour moi. J’y voulais retrouver les impressions et les pensées de mon pauvre camarade. Sans doute ces conversations du soir, au bord de cette brèche où sa maîtresse venait le retrouver, avaient initié mademoiselle de Villenoix aux secrets de cette âme et si noble et si vaste, comme je le fus moi-même quelques années auparavant. Mais le fait qui me préoccupait le plus, et donnait à mon pèlerinage un immense intérêt de curiosité parmi les sentiments presque religieux qui me guidaient, était cette magnifique croyance de mademoiselle de Villenoix que le bonhomme m’avait expliquée : avait-elle, à la longue, contracté la folie de son amant, ou était-elle entrée si avant dans son âme, qu’elle en pût comprendre toutes les pensées, même les plus confuses ?
3Je me perdais dans cet admirable problème de sentiment qui dépassait les plus belles inspirations de l’amour et ses dévouements les plus beaux. Mourir l’un pour l’autre est un sacrifice presque vulgaire. Vivre fidèle à un seul amour est un héroïsme qui a rendu mademoiselle Dupuis immortelle. Lorsque Napoléon-le-Grand et lord Byron ont eu des successeurs là où ils avaient aimé, il est permis d’admirer cette veuve de Bolingbroke ; mais mademoiselle Dupuis pouvait vivre par les souvenirs de plusieurs années de bonheur, tandis que mademoiselle de Villenoix, n’ayant connu de l’amour que ses premières émotions, m’offrait le type du dévouement dans sa plus large expression. Devenue presque folle, elle était sublime ; mais comprenant, expliquant la folie, elle ajoutait aux beautés d’un grand cœur un chef-d’œuvre de passion digne d’être étudié. Lorsque j’aperçus les hautes tourelles du château,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1“Indeed, [ have not,” said I. ‘But we are equally to blame for our forgetfulness. Young men, as you know, lead such an adventurous and storm-tossed life when they leave their school-forms, that it is only by meeting that they can be sure of an enduring affection. However, a reminiscence of youth sometimes comes as a reminder, and it is impossible to forget entirely, especially when two lads have been such friends as we were. We went by the name of the Poet-and-Pythagoras.”’ I told him my name; when he heard it, the worthy man grew gloomier than ever. ‘‘Then you have not heard his story?” said he. ‘‘My poor nephew was to be married to the richest heiress in Blois; but the day before his wedding he went mad.’’ ‘‘Lambert! Mad!’’ cried I in dismay. ‘‘But from what cause? He had the finest memory, the most stronglyconstituted brain, the soundest judgment, I ever met with. Really a great genius—with too great a passion for mysticism perhaps; but the kindest heart in the world. Something most extraordinary must have happened ?”’ ‘**T see you knew him well,’’ said the priest.
2From Mer, till we reached Blois, we talked only of my poor friend, with long digressions, by which I learned the facts I have already related in the order of their interest. I confessed to his uncle the character of our studies and of his nephew’s predominant ideas; then the old man told me of the events that had come into Lambert’s life since our parting. From Monsieur Lefebvre’s account, Lambert had betrayed some symptoms of madness before his marriage; but they were such as are common to men who love passionately, and seemed to me less startling when I knew how vehement his love had been and when I saw Mademoiselle 294 BALZAQO’S WORKS de Villenoix. In the country, where ideas are scarce, a man overflowing with original thought and devoted to a system, as Louis was, might well be regarded as eccentric, to say the least. His language would, no doubt, seem the stranger because he so rarely spoke. He would say, ‘‘That man does not dwell in my heaven,’’ where any one else would have said, ‘‘We are not made on the same pattern.’’ Every clever man has his own quirks of speech. The broader his genius, the more conspicuous are the singularities which constitute the various degrees of eccentricity. In the country an eccentric man is at once set down as half mad. Hence Monsieur Lefebvre’s first sentences left me doubtful of my schoolmate’s insanity. 1 listened to the old man, but I criticised his statements.
3The most serious symptom had supervened a day or two before the marriage. Louis had had some well-marked attacks of catalepsy. He had once remained motionless for fifty-nine hours, his eyes staring, neither speaking nor eating; a purely nervous affection, to which persons under the influence of violent passion are liable; a rare malady, but perfectly well known to the medical faculty. What was really extraordinary was that Louis should not have had several previous attacks, since his habits of rapt thought and the character of his mind would predispose him to them. But his temperament, physical and mental, was so admirably balanced, that it had no doubt been able to resist the demands on his strength. The excitement to which he had been wound up by the anticipation of acute physical enjoyment, enhanced by a chaste life and a highlystrung soul, had no doubt led to these attacks, of which the results are as little known as the cause. The letters that have by chance escaped destruction show LOUIS LAMBERT 295 - very plainly a transition from pure idealism to the most intense sensualism. |
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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