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120 septembre. « L’étude m’a conduit ici, vous le savez ; j’y ai trouvé des hommes vraiment instruits, étonnants pour la plupart ; mais l’absence d’unité dans les travaux scientifiques annule presque tous les efforts. Ni l’enseignement, ni la science n’ont de chef. Vous entendez au Muséum un professeur prouvant que celui de la rue Saint-Jacques vous a dit d’absurdes niaiseries. L’homme de l’École de Médecine soufflette celui du Collége de France. À mon arrivée, je suis allé entendre un vieil académicien qui disait à cinq cents jeunes gens que Corneille est un génie vigoureux et fier, Racine élégiaque et tendre, Molière inimitable, Voltaire éminemment spirituel, Bossuet et Pascal désespérément forts. Un professeur de philosophie devient illustre, en expliquant comment Platon est Platon. Un autre fait l’histoire des mots sans penser aux idées. Celui-ci vous explique Eschyle, celui-là prouve assez victorieusement que les Communes étaient les Communes et pas autre chose. Ces aperçus nouveaux et lumineux, paraphrasés pendant quelques heures, constituent le haut enseignement qui doit faire faire des pas de géant aux connaissances humaines. Si le gouvernement avait une pensée, je le soupçonnerais d’avoir peur des supériorités réelles qui, réveillées, mettraient la société sous le joug d’un pouvoir intelligent. Les nations iraient trop loin trop tôt, les professeurs sont alors chargés de faire des sots. Comment expliquer autrement un professorat sans méthode, sans une idée d’avenir ? L’Institut pouvait être le grand gouvernement du monde moral et intellectuel ; mais il a été récemment brisé par sa constitution en académies séparées.
2La science humaine marche donc sans guide, sans système et flotte au hasard, sans s’être tracé de route. Ce laissez-aller, cette incertitude existe en politique comme en science. Dans l’ordre naturel, les moyens sont simples, la fin est grande et merveilleuse ; ici, dans la science comme dans le gouvernement, les moyens sont immenses, la fin est petite. Cette force qui, dans la Nature, marche d’un pas égal et dont la somme s’ajoute perpétuellement à elle-même, cet A + A qui produit tout, est destructif dans la Société. La politique actuelle oppose les unes aux autres les forces humaines pour les neutraliser, au lieu de les combiner pour les faire agir dans un but quelconque. En s’en tenant à l’Europe, depuis César jusqu’à Constantin, du petit Constantin au grand Attila, des Huns à Charlemagne, de Charlemagne à Léon X , de Léon X à Philippe II , de Philippe II à Louis XIV , de Venise à l’Angleterre, de l’Angleterre à Napoléon, de Napoléon à l’Angleterre, je ne vois aucune fixité dans la politique, et son agitation constante n’a procuré nul progrès. Les nations témoignent de leur grandeur par des monuments, ou de leur bonheur par le bien-être individuel. Les monuments modernes valent-ils les anciens ? j’en doute. Les arts qui participent plus immédiatement de l’homme individuel, les productions de son génie ou de sa main ont peu gagné. Les jouissances de Lucullus valaient bien celles de Samuel Bernard, de Beaujon ou du roi de Bavière. Enfin, la longévité humaine a perdu. Pour qui veut être de bonne foi, rien n’a donc changé, l’homme est le même : la force est toujours son unique loi, le succès sa seule sagesse.
3Jésus-Christ, Mahomet, Luther n’ont fait que colorer différemment le cercle dans lequel les jeunes nations ont fait leurs évolutions. Nulle politique n’a empêché la Civilisation, ses richesses, ses mœurs, son contrat entre les forts contre les faibles, ses idées et ses voluptés d’aller de Memphis à Tyr, de Tyr à Balbeck, de Tedmor à Carthage, de Carthage à Rome, de Rome à Constantinople, de Constantinople à Venise, de Venise en Espagne, d’Espagne en Angleterre, sans que nul vestige n’existe de Memphis, de Tyr, de Carthage, de Rome, de Venise ni de Madrid. L’esprit de ces grands corps s’est envolé. Nul ne s’est préservé de la ruine et n’a deviné cet axiome : Quand l’effet produit n’est plus en rapport avec sa cause, il y a désorganisation . Le génie le plus subtil ne peut découvrir aucune liaison entre ces grands faits sociaux. Aucune théorie politique n’a vécu. Les gouvernements passent comme les hommes, sans se transmettre aucun enseignement, et nul système n’engendre un système plus parfait. Que conclure de la politique, quand le gouvernement appuyé sur Dieu a péri dans l’Inde et en Égypte ; quand le gouvernement du sabre et de la tiare a passé ; quand le gouvernement d’un seul est mort ; quand le gouvernement de tous n’a jamais pu vivre ; quand aucune conception de la force intelligentielle, appliquée aux intérêts matériels, n’a pu durer, et que tout est à refaire aujourd’hui comme à toutes les époques où l’homme s’est écrié : Je souffre ! Le code que l’on regarde comme la plus belle œuvre de Napoléon, est l’œuvre la plus draconnienne que je sache.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1“Paris, September—October, 1819 ‘‘DeAR UncLEe—I shall soon be leaving this part of the world, where I could never bear to live. I find no.one here who likes what I like, who works at my work, or is amazed at what amazes me. Thrown back on myself, I eat my heart ibe ye e “he Le Ys . LOUIS LAMBERT 255 out in misery. My long and patient study of Society here has brought me to melancholy conclusions, in which doubt predominates. “Here, money is the mainspring of everything. Money is indispensable, even for going without money. But though that dross is necessary to any one who wishes to think in peace, I have not courage enough to make it the sole motive power of my thoughts. To make a fortune, I must take up a profession; in two words, I must, by aequiring some privilege of position or of self-advertisement, either legal or ingeniously contrived, purchase the right of taking day by day out of somebody else’s purse a certain sum which, by the end of the year, would amount to a small capital; and this, in twenty years, would hardly secure an income of four or five thousand frances to a man who deals honestly. An advocate, a notary, a merchant, any recognized professional, has earned a living for his later days in the course of fifteen or sixteen years after ending his apprenticeship.
2“But I have never felt fit for work of this kind. I prefer thought to action, an idea to a transaction, contemplation to activity. I am absolutely devoid of the constant attention indispensable to the making of a fortune. Any mercantile venture, any need for using other people’s money would bring me to grief, and I should be ruined. Though I have nothing, at least at the moment, I owe nothing. The man why gives his life to the achievement of great things in the sphere of intellect, needs very little; still, though twenty sous a day would be enough, I do not possess that small income for my laborious idleness. When I wish to cogitate, want drives me out of the sanctuary where my mind has its being. What is to become of me? 256 . BALZAC’S WORKS
3“T am not frightened at poverty. If it were not that beggars are imprisoned, branded, scorned, I would beg, to enable me to solve at my leisure the problems that haunt me. Still, this sublime resignation, by which I might emancipate my mind, through abstracting it from my body, would not serve my end. I should still need money to devote myself to certain experiments. But for that, I would accept the outward indigence of a sage possessed of both heaven and earth. A man need only never stoop, to remain lofty in poverty. He who struggles and endures, while marching on to a glorious end, presents a noble spectacle; but who can have the strength to fight here? We can climb cliffs, but it is unendurable to remain forever tramping the mud. Everything here checks the flight of a spirit that strives toward the future. ‘‘T should not be afraid of myself in a desert cave; I am afraid of myself here. In the desert I should be alone with myself, undisturbed; here man has a thousand wants which drag him down. You go out walking, absorbed in dreams; the voice of the beggar asking an alms brings you back to this world of hunger and thirst. You need money only to take a walk. Your organs of sense, perpetually wearied by trifles, never get any rest. The poet’s sensitive nerves are perpetually shocked, and what ought to be his glory becomes his torment; his imagination is his cruelest enemy. The injured workman, the poor mother in childbed, the
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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