Fetching
One moment.
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One moment.
1Ce n’est pas tout. Il existe une lutte continuelle entre les maîtres et les écoliers, lutte sans trêve, à laquelle rien n’est comparable dans la société, si ce n’est le combat de l’Opposition contre le Ministère dans un gouvernement représentatif. Mais les journalistes et les orateurs de l’Opposition sont peut-être moins prompts à profiter d’un avantage, moins durs à reprocher un tort, moins âpres dans leurs moqueries, que ne le sont les enfants envers les gens chargés de les régenter. À ce métier, la patience échapperait à des anges. Il n’en faut donc pas trop vouloir à un pauvre préfet d’études, peu payé, partant peu sagace, d’être parfois injuste ou de s’emporter. Sans cesse épié par une multitude de regards moqueurs, environné de piéges, il se venge quelquefois des torts qu’il se donne, sur des enfants trop prompts à les apercevoir. Excepté les grandes malices pour lesquelles il existait d’autres châtiments, la férule était, à Vendôme, l’ ultima ratio Patrum . Aux devoirs oubliés, aux leçons mal sues, aux incartades vulgaires, le pensum suffisait ; mais l’amour-propre offensé parlait chez le maître par sa férule. Parmi les souffrances physiques auxquelles nous étions soumis, la plus vive était certes celle que nous causait cette palette de cuir, épaisse d’environ deux doigts, appliquée sur nos faibles mains de toute la force, de toute la colère du Régent. Pour recevoir cette correction classique, le coupable se mettait à genoux au milieu de la salle. Il fallait se lever de son banc, aller s’agenouiller près de la chaire, et subir les regards curieux, souvent moqueurs de nos camarades.
2Aux âmes tendres, ces préparatifs étaient donc un double supplice, semblable au trajet du Palais à la Grève que faisait jadis un condamné vers son échafaud. Selon les caractères, les uns criaient en pleurant à chaudes larmes, avant ou après la férule ; les autres en acceptaient la douleur d’un air stoïque ; mais, en l’attendant, les plus forts pouvaient à peine réprimer la convulsion de leur visage. Louis Lambert fut accablé de férules, et les dut à l’exercice d’une faculté de sa nature dont l’existence lui fut pendant long-temps inconnue. Lorsqu’il était violemment tiré d’une méditation par le — Vous ne faites rien ! du Régent, il lui arriva souvent, à son insu d’abord, de lancer à cet homme un regard empreint de je ne sais quel mépris sauvage, chargé de pensée comme une bouteille de Leyde est chargée d’électricité. Cette œillade causait sans doute une commotion au maître, qui, blessé par cette silencieuse épigramme, voulut désapprendre à l’écolier ce regard fulgurant. La première fois que le Père se formalisa de ce dédaigneux rayonnement qui l’atteignit comme un éclair, il dit cette phrase que je me suis rappelée : — Si vous me regardez encore ainsi, Lambert, vous allez recevoir une férule ! À ces mots, tous les nez furent en l’air, tous les yeux épièrent alternativement et le maître et Louis. L’apostrophe était si sotte que l’enfant accabla le Père d’un coup d’œil rutilant. De là vint entre le Régent et Lambert une querelle qui se vida par une certaine quantité de férules. Ainsi lui fut révélé le pouvoir oppresseur de son œil.
3Ce pauvre poète si nerveusement constitué, souvent vaporeux autant qu’une femme, dominé par une mélancolie chronique, tout malade de son génie comme une jeune fille l’est de cet amour qu’elle appelle et qu’elle ignore ; cet enfant si fort et si faible, déplanté par Corinne de ses belles campagnes pour entrer dans le moule d’un collége auquel chaque intelligence, chaque corps doit, malgré sa portée, malgré son tempérament, s’adapter à la règle et à l’uniforme comme l’or s’arrondit en pièces sous le coup du balancier ; Louis Lambert souffrit donc par tous les points où la douleur a prise sur l’âme et sur la chair. Attaché sur un banc à la glèbe de son pupitre, frappé par la férule, frappé par la maladie, affecté dans tous ses sens, pressé par une ceinture de maux, tout le contraignit d’abandonner son enveloppe aux mille tyrannies du collége. Semblable aux martyrs qui souriaient au milieu des supplices, il se réfugia dans les cieux que lui entr’ouvrait sa pensée. Peut-être cette vie tout intérieure aida-t-elle à lui faire entrevoir les mystères auxquels il eut tant de foi !
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1sition speakers are probably less prompt to take advantage of a weak point, less extreme in resenting an injury, and less merciless in their mockery than boys are in regard to those who rule over them. It is a task to put angels out of patience. An unhappy class-master must then not be too severely blamed, ill-paid as he is, and consequently not too competent, if he is occasionally unjust or out of temper. Perpetually watched by a hundred mocking eyes, and surrounded with snares, he sometimes revenges himself for his own blunders on the boys who are only too ready to detect them.
2Unless for serious misdemeanors, for which there were other forms of punishment, the strap was regarded at Vendome as the ultima ratio Patrum. Exercises forgotten, lessons ill learned, common ill behavior were sufficiently punished by an imposition, but offended dignity spoke in the master through the strap. Of all the physical torments to which we were exposed, certainly the most acute was that inflicted by this leathern instrument, about two fingers wide, applied to our poor little hands with all the strength and all the fury of the administrator. To endure this classical form of correction, the victim knelt in the middle of the room. He had to leave his form and go to kneel down near the master’s desk under the curious and generally merciless eyes of his fellows. To sensitive natures these preliminaries were an introductory torture, like the journey from the Palais de Justice to the Place de Gréve which the condemned used to make to the scaffold. Some boys cried out and shed bitter tears before or after the application of the strap; others accepted the infliction with stoic calm; it was a question of nature; but few could control an expression of anguish in anticipation. 210 BALZAC’S WORKS
3Louis Lambert was constantly enduring the strap, and owed it to a peculiarity of his physiognomy of which he was for a long time quite unconscious. Whenever he was suddenly roused from a fit of abstraction by the master’s cry, ‘‘You are doing nothing!’’ it often happened that, without — knowing it, he flashed at his teacher a look full of fierce contempt, and charged with thought, as a Leyden jar is charged with electricity. ‘This look, no doubt, discomfited the master, who, indignant at this unspoken retort, wished to cure his scholar of that thunderous flash. The first time the Father took offence at this ray of scorn, which struck him like a lightning-flash, he made this speech, as I well remember— . “Tf you look at me again in that way, Lambert, you will get the strap.” . . At these words every nose was in the air, every eye looked alternately at the master and at Louis. The observation was so utterly foolish that the boy again looked at the Father, overwhelming him with another flash. From this arose a standing feud between Lambert and his master, resulting in a certain amount of ‘‘strap.’’ Thus did he first discover the power of his eye.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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