Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Toi, fière et rieuse, humble et despotique, te donnant tout entière en âme, en pensée, et te dérobant à la plus timide des caresses ! Chères coquetteries du cœur ! elles vibrent toujours dans mon oreille, elles s’y roulent et s’y jouent encore, ces délicieuses paroles à demi bégayées comme celles des enfants, et qui n’étaient ni des promesses, ni des aveux, mais qui laissaient à l’amour ses belles espérances sans craintes et sans tourments ! Quel chaste souvenir dans la vie ! Quel épanouissement de toutes les fleurs qui naissent au fond de l’âme, et qu’un rien peut flétrir, mais qu’alors tout animait et fécondait ! Ce sera toujours ainsi, n’est-ce pas, mon aimée ? En me rappelant, au matin, les vives et fraîches douceurs qui sourdirent en ce moment, je me sens dans l’âme un bonheur qui me fait concevoir le véritable amour comme un océan de sensations éternelles et toujours neuves, où l’on se plonge avec de croissantes délices. Chaque jour, chaque parole, chaque caresse, chaque regard doit y ajouter le tribut de sa joie écoulée. Oui, les cœurs assez grands pour ne rien oublier doivent vivre, à chaque battement, de toutes leurs félicités passées, comme de toutes celles que promet l’avenir. Voilà ce que je rêvais autrefois, et ce n’est plus un rêve aujourd’hui. N’ai-je pas rencontré sur cette terre un ange qui m’en a fait connaître toutes les joies pour me récompenser peut-être d’en avoir supporté toutes les douleurs ? Ange du ciel, je te salue par un baiser.
2« Je t’envoie cette hymne échappée à mon cœur, je te la devais ; mais elle te peindra difficilement ma reconnaissance et ces prières matinales que mon cœur adresse chaque jour à celle qui m’a dit tout l’évangile du cœur dans ce mot divin : « Croyez ! » V. « Comment, cœur chéri, plus d’obstacles ! Nous serons libres d’être l’un à l’autre, chaque jour, à chaque heure, chaque moment, toujours. Nous pourrons rester, pendant toutes les journées de notre vie, heureux comme nous le sommes furtivement en de rares instants ! Quoi ! nos sentiments si purs, si profonds, prendront les formes délicieuses des mille caresses que j’ai rêvées. Ton petit pied se déchaussera pour moi, tu seras toute à moi ! Ce bonheur me tue, il m’accable. Ma tête est trop faible, elle éclate sous la violence de mes pensées. Je pleure et je ris, j’extravague. Chaque plaisir est comme une flèche ardente, il me perce et me brûle ! Mon imagination te fait passer devant mes yeux ravis, éblouis, sous les innombrables et capricieuses figures qu’affecte la volupté. Enfin, toute notre vie est là, devant moi, avec ses torrents, ses repos, ses joies ; elle bouillonne, elle s’étale, elle dort ; puis elle se réveille jeune, fraîche. Je nous vois tous deux unis, marchant du même pas, vivant de la même pensée ; toujours au cœur l’un de l’autre, nous comprenant, nous entendant comme l’écho reçoit et redit les sons à travers les espaces ! Peut-on vivre long-temps en dévorant ainsi sa vie à toute heure ? Ne mourrons-nous pas dans le premier embrassement ?
3Et que sera-ce donc, si déjà nos âmes se confondaient dans ce doux baiser du soir, qui nous enlevait nos forces ; ce baiser sans durée, dénouement de tous mes désirs, interprète impuissant de tant de prières échappées à mon âme pendant nos heures de séparation, et cachées au fond de mon cœur comme des remords ? Moi, qui revenais me coucher dans la haie pour entendre le bruit de tes pas quand tu retournais au château, je vais donc pouvoir t’admirer à mon aise, agissant, riant, jouant, causant, allant. Joies sans fin ! Tu ne sais pas tout ce que je sens de jouissances à te voir allant et venant : il faut être homme pour éprouver ces sensations profondes. Chacun de tes mouvements me donne plus de plaisir que n’en peut prendre une mère à voir son enfant joyeux ou endormi. Je t’aime de tous les amours ensemble. La grâce de ton moindre geste est toujours nouvelle pour moi. Il me semble que je passerais les nuits à respirer ton souffle, je voudrais me glisser dans tous les actes de ta vie, être la substance même de tes pensées, je voudrais être toi-même. Enfin, je ne te quitterai donc plus ! Aucun sentiment humain ne troublera plus notre amour, infini dans ses transformations et pur comme tout ce qui est un ; notre amour vaste comme la mer, vaste comme le ciel ! Tu es à moi ! toute à moi ! Je pourrai donc regarder au fond de tes yeux pour y deviner la chère âme qui s’y cache et s’y révèle ; tour à tour, pour y épier tes désirs ! Ma bien-aimée, écoute certaines choses que je n’osais te dire encore, mais que je puis t’avouer aujourd’hui.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘How terrible a doom! If it be so, must we not shudder for ourselves, we who are superhumanly happy? If nature sells us everything at its true value, into what pit are we not fated to fall? Ah! the most fortunate lovers are those who die together in the midst of their youth and love! How sad it all is! Does my soul foresee evil in the future ? LOUIS LAMBERT 2838 T examine myself, wondering whether there is anything in me that can cause you a moment’s anxiety. I love you too selfishly perhaps? I shall be laying on your beloved head a burden heavy out of all proportion to the joy my love can bring to your heart. If there dwells in me some inexorable power which I must obey—if I am compelled to curse when you pray, if some dark thought coerces me when I would fain kneel at your feet and play as a child, will you not be jealous of that wayward and tricky spirit? ‘*You understand, dearest heart, that what I dread is not being wholly yours; that I would gladly forego all the sceptres and the palms of the world to enshrine you in one eternal thought, to see a perfect life and an exquisite poem in our rapturous love; to throw my soul into it, drown my powers, and wring from each hour the joys it has to give!
2‘‘Ah, my memories of love are crowding back upon me, the clouds of despair will lift. Farewell. I leave you now to be more entirely yours. My beloved soul, I look for a line, a word that may restore my peace of mind. Let me know whether I really grieved my Pauline, or whether some uncertain expression of her countenance misled me. I could not bear to have to reproach myself after a whole life of happiness for ever having met you without a smile of love, a honeyed word. To grieve the woman I love— Pauline, I should count it a crime. Tell me the truth, do not put me off with some magnanimous subterfuge, but forgive me without cruelty.”’ FRAGMENT “Ts so perfect an attachment happiness? Yes, for years of suffering would not pay for an hour of love. ‘Yesterday, your sadness, as I suppose, passed into my 284 BALZAC’S. WORKS
3soul as swiftly as a shadow falls. Were you sad or suffering? Iwas wretched. Whence came my distress? Write to me at once. Why did I not knowit? We are not yet completely one in mind. At two leagues’ distance or at a thousand 1 ought to feel your pains and sorrows. I shall not believe that I love you till my life is so bound up with yours that our life is one, till our hearts, our thoughts are one. I must be where you are, see what you see, feel what you feel, be with you in thought. Did not I know, at once, that your carriage had been overthrown and you were bruised ? But on that day I had been with you, I had never left you, I could see you. When my uncle asked me what made me turn so pale, I answered at once, ‘Mademoiselle de Villenoix has had a fall.’ ‘‘Why, then, yesterday, did I fail to read your soul? Did you wish to hide the cause of your grief? However, T fancied I could feel that you were arguing in my favor, though in vain, with that dreadful Salomon, who freezes my blood. That man is not of our heaven. ‘“Why do you insist that our happiness, which has no resemblance to that of other people, should conform to the laws of the world?) And yet I delight too much in your bashfulness, your religion, your superstitions, not to obey your lightest whim. What you do must be right; nothing can be purer than your mind, as nothing is lovelier than your face, which reflects your divine soul.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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