Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Son père et sa mère eurent à soutenir un procès dont la perte devait entacher leur probité, seul bien qu’ils possédassent au monde. Donc l’anxiété fut grande quand s’agita la question de savoir si l’on céderait à l’injuste agression du demandeur, ou si l’on se défendrait contre lui. La délibération eut lieu par une nuit d’automne, devant un feu de tourbe, dans la chambre du tanneur et de sa femme. À ce conseil furent appelés deux ou trois parents et le bisaïeul maternel de Louis, vieux laboureur tout cassé, mais d’une figure vénérable et majestueuse, dont les yeux étaient clairs, dont le crâne jauni par le temps conservait encore quelques mèches de cheveux blancs épars. Semblable à l’ Obi des nègres, au Sagamore des sauvages, il était une espèce d’esprit oraculaire que l’on consultait dans les grandes occasions. Ses biens étaient cultivés par ses petits-enfants, qui le nourrissaient et le servaient ; il leur pronostiquait la pluie, le beau temps, et leur indiquait le moment où ils devaient faucher les prés ou rentrer les moissons. La justesse barométrique de sa parole, devenue célèbre, augmentait toujours la confiance et le culte qui s’attachaient à lui. Il demeurait des journées entières immobile sur sa chaise. Cet état d’extase lui était familier depuis la mort de sa femme, pour laquelle il avait eu la plus vive et la plus constante des affections. Le débat eut lieu devant lui, sans qu’il parût y prêter une grande attention. — Mes enfants, leur dit-il quand il fut requis de donner son avis, cette affaire est trop grave pour que je la décide seul.
2Il faut que j’aille consulter ma femme. Le bonhomme se leva, prit son bâton, et sortit, au grand étonnement des assistants qui le crurent tombé en enfance. Il revint bientôt et leur dit : — Je n’ai pas eu besoin d’aller jusqu’au cimetière, votre mère est venue au-devant de moi, je l’ai trouvée auprès du ruisseau. Elle m’a dit que vous retrouveriez chez un notaire de Blois des quittances qui vous feraient gagner votre procès. Ces paroles furent prononcées d’une voix ferme. L’attitude et la physionomie de l’aïeul annonçaient un homme pour qui cette apparition était habituelle. En effet, les quittances contestées se retrouvèrent, et le procès n’eut pas lieu. Cette aventure arrivée sous le toit paternel, aux yeux de Louis, alors âgé de neuf ans, contribua beaucoup à le faire croire aux visions miraculeuses de Swedenborg, qui donna pendant sa vie plusieurs preuves de la puissance de vision acquise à son être intérieur . En avançant en âge et à mesure que son intelligence se développait, Lambert devait être conduit à chercher dans les lois de la nature humaine les causes du miracle qui dès l’enfance avait attiré son attention. De quel nom appeler le hasard qui rassemblait autour de lui les faits, les livres relatifs à ces phénomènes, et le rendit lui-même le théâtre et l’acteur des plus grandes merveilles de la pensée ? Quand Louis n’aurait pour seul titre à la gloire que d’avoir, dès l’âge de quinze ans, émis cette maxime psychologique : « Les événements qui attestent l’action de l’Humanité, et qui sont le produit de son intelligence, ont des causes dans lesquelles ils sont préconçus, comme nos actions sont accomplies dans notre pensée avant de se reproduire au dehors ; les pressentiments ou les prophéties sont l’ aperçu de ces causes ; » je crois qu’il faudrait déplorer en lui la perte d’un génie égal à celui des Pascal, des Lavoisier, des Laplace.
3Peut-être ses chimères sur les anges dominèrent-elles trop long-temps ses travaux ; mais n’est-ce pas en cherchant à faire de l’or que les savants ont insensiblement créé la Chimie ? Cependant, si plus tard Lambert étudia l’anatomie comparée, la physique, la géométrie et les sciences qui se rattachaient à ses découvertes, il eut nécessairement l’intention de rassembler des faits et de procéder par l’analyse, seul flambeau qui puisse nous guider aujourd’hui à travers les obscurités de la moins saisissable des natures. Il avait certes trop de sens pour rester dans les nuages des théories, qui toutes peuvent se traduire en quelques mots. Aujourd’hui, la démonstration la plus simple appuyée sur les faits n’est-elle pas plus précieuse que ne le sont les plus beaux systèmes défendus par des inductions plus ou moins ingénieuses ? Mais ne l’ayant pas connu pendant l’époque de sa vie où il dut réfléchir avec le plus de fruit, je ne puis que conjecturer la portée de ses œuvres d’après celle de ses premières méditations. Il est facile de saisir en quoi péchait son traité de la Volonté. Quoique doué déjà des qualités qui distinguent les hommes supérieurs, il était encore enfant. Quoique riche et habile aux abstractions, son cerveau se ressentait encore des délicieuses croyances qui flottent autour de toutes les jeunesses. Sa conception touchait donc aux fruits mûrs de son génie par quelques points, et par une foule d’autres elle se rapprochait de la petitesse des germes. À quelques esprits amoureux de poésie, son plus grand défaut eût semblé une qualité savoureuse.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1my soul his look like a ray of light, it was difficult not to — be dazzled by his conviction and carried away by his arguments. The Mind appeared to me as a purely physical power, surrounded by its innumerable progeny. It was a new conception of humanity under a new form.
2This brief sketch of the laws which, as Lambert maintained, constitute the formula of our intellect, must suffices to give a notion of the prodigious activity of his spirit feeding on itself. Louis had sought for proofs of his theories in the history of great men, whose lives, as set forth by their biographers, supply very curious particulars as to the operation of their understanding. His memory allowed him to_ recall such facts as might serve to support his statements; he had appended them to each chapter in the form of demonstrations, so as to give to many of his theories an almost mathematical certainty. The works of Cardan, a man gifted with singular powers of insight, supplhed him with valuable materials. He had not forgotten that Apollonius of Tyana had, in Asia, announced the death of the tyrant, with every detail of his execution, at the very hour when it was taking place in Rome; nor that Plotinus, when far away from Porphyrius, was aware of his friend’s intention to kill himself, and flew to dissuade him; nor the incident in the last century, proved in the face of the most incredulous mockery ever known—an incident most surprising to men who were accustomed to regard doubt as a weapon against the fact alone, but simple enough to believers—the fact that Alphonze-Maria di Liguori, Bishop of Saint-Agatha, administered consolations to Pope Ganganelli, who saw him, heard him, and answered him, while the Bishop himself, at a great distance from Rome, was in a trance at home, in the chair where he commonly sat on his return from Mass. On
3LOUIS LAMBERT 239 recovering consciousness, he saw all his attendants kneeling beside him, believing him to be dead: ‘‘My friends,’’ © said he, ‘‘the Holy Father is just dead.’’ Two days later a letter confirmed the news. The hour of the Pope’s death coincided with that when the Bishop had been restored to his natural state. Nor had Lambert omitted the yet more recent adventure of an English girl who was passionately attached to a sailor, and set out from London to seek him. She found him, without a guide, making her way alone in the North American wilderness, reaching him just in time to save his life. Louis had found confirmatory evidence in the mysteries of the ancients, in the acts of the martyrs—in which glorious instances may be found of the triumph of human will, in the demonology of the Middle Ages, in criminal trials and medical researches; always selecting the real fact, the probable phenomenon, with admirable sagacity. All this rich collection of scientific anecdotes, culled from so many books, most of them worthy of credit, served no doubt to wrap parcels in; and this work, which was curious, to say the least of it, as the outcome of a most extraordinary memory, was doomed to destruction. Among the various cases which added to the value of Lambert’s ‘‘Treatise’’ was an incident that had taken place in his own family, of which he had told me before he wrote his essay. This fact, bearing on the post-existence of the inner man, if I may be allowed to coin a new word for a phenomenon hitherto nameless, struck me so forcibly that I have never forgotten it. His father and mother were being forced into a lawsuit, of which the loss would leave them with a stain on their good name, the only thing they had in the world. Hence their anxiety was very great when 240 BALZAC’S WORKS 1
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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