Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Eh ! bien, je puis, si je le veux, vous faire un lit de lauriers. Mais si les paisibles ovations de la science ne vous satisfaisaient pas, je porte en moi le Glaive et la Parole, je saurai courir dans la carrière des honneurs et de l’ambition comme d’autres s’y traînent ! Parlez, Pauline, je serai tout ce que vous voudrez que je sois. Ma volonté de fer peut tout. Je suis aimé ! Armé de cette pensée, un homme ne doit-il pas faire tout plier devant lui. Tout est possible à celui qui veut tout. Soyez le prix du succès, et demain j’entre en lice. Pour obtenir un regard comme celui que vous m’avez jeté, je franchirais le plus profond des précipices. Vous m’avez expliqué les fabuleuses entreprises de la chevalerie, et les plus capricieux récits des Mille et une Nuits. Maintenant je crois aux plus fantastiques exagérations de l’amour, et à la réussite de tout ce qu’entreprennent les prisonniers pour conquérir la liberté. Vous avez réveillé mille vertus endormies dans mon être : la patience, la résignation, toutes les forces du cœur, toutes les puissances de l’âme. Je vis par vous, et, pensée délicieuse, pour vous. Maintenant tout a un sens, pour moi, dans cette vie. Je comprends tout, même les vanités de la richesse. Je me surprends à verser toutes les perles de l’Inde à vos pieds ; je me plais à vous voir couchée, ou parmi les plus belles fleurs, ou sur le plus moelleux des tissus, et toutes les splendeurs de la terre me semblent à peine dignes de vous, en faveur de qui je voudrais pouvoir disposer des accords et des lumières que prodiguent les harpes des Séraphins et les étoiles dans les cieux.
2Pauvre studieux poète ! ma parole vous offre des trésors que je n’ai pas, tandis que je ne puis vous donner que mon cœur, où vous régnerez toujours. Là sont tous mes biens. Mais n’existe-t-il donc pas des trésors dans une éternelle reconnaissance, dans un sourire dont les expressions seront incessamment variées par un immuable bonheur, dans l’attention constante de mon amour à deviner les vœux de votre âme aimante ? Un regard céleste ne nous a-t-il pas dit que nous pourrions toujours nous entendre. J’ai donc maintenant une prière à faire tous les soirs à Dieu, prière pleine de vous : — « Faites que ma Pauline soit heureuse ! » Mais ne remplirez-vous donc pas mes jours, comme déjà vous remplissez mon cœur ? Adieu, je ne puis vous confier qu’à Dieu ! »
3III. « Pauline ! dis-moi si j’ai pu te déplaire en quelque chose, hier ? Abjure cette fierté de cœur qui fait endurer secrètement les peines causées par un être aimé. Gronde-moi ! Depuis hier je ne sais quelle crainte vague de t’avoir offensée répand de la tristesse sur cette vie du cœur que tu m’as faite si douce et si riche. Souvent le plus léger voile qui s’interpose entre deux âmes devient un mur d’airain. Il n’est pas de légers crimes en amour ! Si vous avez tout le génie de ce beau sentiment, vous devez en ressentir toutes les souffrances, et nous devons veiller sans cesse à ne pas vous froisser par quelque parole étourdie. Aussi, mon cher trésor, sans doute la faute vient-elle de moi, s’il y a faute. Je n’ai pas l’orgueil de comprendre un cœur de femme dans toute l’étendue de sa tendresse, dans toutes les grâces de ses dévouements ; seulement, je tâcherai de toujours deviner le prix de ce que tu voudras me révéler dans les secrets du tien. Parle-moi, réponds-moi promptement ? La mélancolie dans laquelle nous jette le sentiment d’un tort est bien affreuse, elle enveloppe la vie et fait douter de tout. Je suis resté pendant cette matinée assis sur le bord du chemin creux, voyant les tourelles de Villenoix, et n’osant aller jusqu’à notre haie. Si tu savais tout ce que j’ai vu dans mon âme ! quels tristes fantômes ont passé devant moi, sous ce ciel gris dont le froid aspect augmentait encore mes sombres dispositions. J’ai eu de sinistres pressentiments. J’ai eu peur de ne pas te rendre heureuse.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘*Mademoiselle, when you have read this letter, if you. ever should read it, my life will be in your hands, for I love you; and to me, the hope of being loved is life. Others, perhaps, ere now, have, in speaking of themselves, misused the words I must employ to depict the state of my soul; yet, I beseech you to believe in the truth of my expressions; though weak, they are sincere. Perhaps I ought not thus to proclaim my love. Indeed, my heart counselled me to wait in silence till my passion should touch you, that I might the better conceal it if its silent demonstrations should displease you; or till I could express it even more delicately than in words if I found favor in your eyes. However, after having listened for long to the coy fears that fill a youthful heart with alarms, I write in obedience to the instinct which drags useless lamentations from the dying. ‘‘T¢ has needed all my courage to silence the pride of 274 _ BALZAQC’S WORKS
2poverty, and to overleap the barriers which prejudice erects between you and me. I have had to smother many reflections to love you in spite cf your wealth; and as [ write to you, am I not in danger of the scorn which women often reserve for professions of love, which they accept only as one more tribute of flattery? But-we cannot help rushing with all our might toward happiness, or being attracted to the life of love as a plant is to the light; we must have been very unhappy before we can conquer the torment, the anguish, of those secret deliberations when reason proves to us by a thousand arguments how barren our yearning must be if it remains buried in our hearts, and when hopes bid us dare everything.
3‘‘T was happy when I admired you in silence; I was so lost in the contemplation of your beautiful soul that only to see you left me hardly anything further to imagine. And I should not now have dared to address you if I had not heard that you were leaving. What misery has that one word brought upon me! Indeed, it is my despair that has shown me the extent of my attachment—it is unbounded. Mademoiselle, you will never know—at least, I hope you may never know—the anguish of dreading lest you should lose the only happiness that has dawned on you on earth, the only thing that has thrown a gleam of light in the darkness of misery. I understood yesterday that my life was no more in myself, but in you. There is but one woman in the world for me, as there is but one thought in my soul. I dare not tell you to what a state I am reduced by my love for you. I would have you only as a gift from yourself; [ must therefore avoid showing myself to you in all the attractiveness of dejection-—for is it not often more impressive to a noble soul than that of good fortune? a ie LOUIS LAMBERT 275 There are many things I may not tell you. Indeed, I have too lofty a notion of love to taint it with ideas that are alien to its nature. If my soul is worthy of yours, and my life pure, your heart will have a sympathetic insight, and you will understand me!
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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