Fetching
One moment.
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1J’ai donc enfin trouvé un témoignage de la supériorité qui distingue nos sens latents de nos sens apparents ! homo duplex ! — Mais, reprit-il après une pause et en laissant échapper un geste de doute, peut-être n’existe-t-il pas en nous deux natures ? Peut-être sommes-nous tout simplement doués de qualités intimes et perfectibles dont l’exercice, dont les développements produisent en nous des phénomènes d’activité, de pénétration, de vision encore inobservés. Dans notre amour du merveilleux, passion engendrée par notre orgueil, nous aurons transformé ces effets en créations poétiques, parce que nous ne les comprenions pas. Il est si commode de déifier l’incompréhensible ! Ah ! j’avoue que je pleurerai la perte de mes illusions. J’avais besoin de croire à une double nature et aux anges de Swedenborg ! Cette nouvelle science les tuerait-elle donc ? Oui, l’examen de nos propriétés inconnues implique une science en apparence matérialiste, car l’esprit emploie, divise, anime la substance ; mais il ne la détruit pas.
2Il demeura pensif, triste à demi. Peut-être voyait-il ses rêves de jeunesse comme des langes qu’il lui faudrait bientôt quitter. — La vue et l’ouïe, dit-il en riant de son expression, sont sans doute les gaînes d’un outil merveilleux ! Pendant tous les instants où il m’entretenait du Ciel et de l’Enfer, il avait coutume de regarder la nature en maître ; mais, en proférant ces dernières paroles grosses de science, il plana plus audacieusement que jamais sur le paysage, et son front me parut près de crever sous l’effort du génie : ses forces, qu’il faut nommer morales jusqu’à nouvel ordre, semblaient jaillir par les organes destinés à les projeter ; ses yeux dardaient la pensée ; sa main levée, ses lèvres muettes et tremblantes parlaient ; son regard brûlant rayonnait ; enfin sa tête, comme trop lourde ou fatiguée par un élan trop violent, retomba sur sa poitrine. Cet enfant, ce géant se voûta, me prit la main, la serra dans la sienne qui était moite, tant il était enfiévré par la recherche de la vérité ; puis après une pause il me dit : — Je serai célèbre ! — Mais toi aussi, ajouta-t-il vivement. Nous serons tous deux les chimistes de la volonté.
3Cœur exquis ! Je reconnaissais sa supériorité, mais lui se gardait bien de jamais me la faire sentir. Il partageait avec moi les trésors de sa pensée, me comptait pour quelque chose dans ses découvertes, et me laissait en propre mes infirmes réflexions. Toujours gracieux comme une femme qui aime, il avait toutes les pudeurs de sentiment, toutes les délicatesses d’âme qui rendent la vie et si bonne et si douce à porter. Il commença le lendemain même un ouvrage qu’il intitula Traité de la volonté ; ses réflexions en modifièrent souvent le plan et la méthode ; mais l’événement de cette journée solennelle en fut certes le germe, comme la sensation électrique toujours ressentie par Mesmer à l’approche d’un valet fut l’origine de ses découvertes en magnétisme, science jadis cachée au fond des mystères d’Isis, de Delphes, dans l’antre de Trophonius, et retrouvée par cet homme prodigieux à deux pas de Lavater, le précurseur de Gall. Éclairées par cette soudaine clarté, les idées de Lambert prirent des proportions plus étendues ; il démêla dans ses acquisitions des vérités éparses, et les rassembla ; puis, comme un fondeur, il coula son groupe. Après six mois d’une application soutenue, les travaux de Lambert excitèrent la curiosité de nos camarades et furent l’objet de quelques plaisanteries cruelles qui devaient avoir une funeste issue. Un jour, l’un de nos persécuteurs, qui voulut absolument voir nos manuscrits, ameuta quelques-uns de nos tyrans, et vint s’emparer violemment d’une cassette où était déposé ce trésor que Lambert et moi nous défendîmes avec un courage inouï.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1“if the landscape did not come to me—which it is absurd to imagine—I must have come here. If I was here while I was asleep in my cubicle, does not that constitute a complete severance of my body and my inner being? Does it not prove some inscrutable locomotive iaculty in the spirit with effects resembling those of locomotion in 222 BALZAC’S WORKS ~ the body? Well, then, if my spirit and my body can be severed during sleep, why should I not insist on their separating in the same way while | am awake? I see no half-way mean between the two propositions.
2‘‘But if we go further into details: Hither the facts are due to the action of a faculty which brings out a second being to whom my body is merely a husk, since I was in my cell, and yet I saw the landscape—and this upsets many systems; or the facts took place either in some nerve centre, of which the name is yet to be discovered, where our feelings dwell and move; or else in the cerebral centre, where ideas are formed. This last hypothesis gives rise to some strange questions. I walked, I saw, I heard. Motion is inconceivable but in-space, sound acts only at certain angles or on surfaces, color is caused only by light. — If, in the dark, with my eyes shut, I saw, in myself, colored objects; if I heard sounds in the most perfect silence and without the conditions requisite for the production of sound; if without stirring I traversed wide tracts of space, there must be inner faculties independent of the external laws of physics. Material nature must be penetrable by the spirit.
3‘‘ How is it that men have hitherto given so little thought to the phenomena of sleep, which seem to prove that man has a double life? May there not be a new science lying beneath them ?’’ he added, striking his brow with his hand. “Tf not the elements of a science, at any rate the revelation of stupendous powers in man; at least they prove a frequent severance of our two natures, the fact | have been thinking out for a very long time. At last, then, [ have hit on evidence to show the superiority that distinguishes our latent senses from our corporeal senses! Homo duplex! ‘‘And yet,’’ he went on, after a pause, with a doubtful mie LOvIS LAMBERT 223 shrug, ‘‘perhaps we have not two natures; perhaps we are merely gifted with personal and perfectible qualities, of which the development within us produces certain unobserved phenomena of activity, penetration, and vision. In our love of the marvellous, a passion begotten of our pride, we have translated these effects into poetical inventions, because we did not understand them. It is so convenient to deify the incomprehensible! . ‘“‘T should, I own, lament over the loss of my illusions. I so much wished to believe in our twofold nature and in Swedenborg’s angels. Must this new science destroy them? Yess for the study of our unknown properties involves us in a science that appears to be materialistic, for the Spirit uses, divides, and animates the Substance; but it does not destroy it.”’
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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