Fetching
One moment.
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One moment.
1L’action du monde n’est pas absurde, elle aboutit à une fin, et cette fin ne doit pas être une société constituée comme l’est la nôtre. Il se rencontre une terrible lacune entre nous et le ciel. En l’étal actuel, nous ne pouvons ni toujours jouir, ni toujours souffrir ; ne faut-il pas un énorme changement pour arriver au paradis et à l’enfer, deux conceptions sans lesquelles Dieu n’existe pas aux yeux de la masse ? Je sais qu’on s’est tiré d’affaire en inventant l’âme ; mais j’ai quelque répugnance à rendre Dieu solidaire des lâchetés humaines, de nos désenchantements, de nos dégoûts, de notre décadence. Puis comment admettre en nous un principe divin contre lequel quelques verres de rhum puissent prévaloir ? comment imaginer des facultés immatérielles que la matière réduise, dont l’exercice soit enchaîné par un grain d’opium ? Comment imaginer que nous sentirons encore quand nous serons dépouillés des conditions de notre sensibilité ? Pourquoi Dieu périrait-il, parce que la substance serait pensante ? L’animation de la substance et ses innombrables variétés, effets de ses instincts, sont-ils moins inexplicables que les effets de la pensée ? Le mouvement imprimé aux mondes n’est-il pas suffisant pour prouver Dieu, sans aller se jeter dans les absurdités engendrées par notre orgueil ? Que d’une façon d’être périssable, nous allions après nos épreuves à une existence meilleure, n’est-ce pas assez pour une créature qui ne se distingue des autres que par un Instinct plus complet ? S’il n’existe pas en morale un principe qui ne mène à l’absurde, ou ne soit contredit par l’évidence, n’est-il pas temps de se mettre en quête des dogmes écrits au fond de la nature des choses ?
2Ne faudrait-il pas retourner la science philosophique ? Nous nous occupons très-peu du prétendu néant qui nous a précédés, et nous fouillons le prétendu néant qui nous attend. Nous faisons Dieu responsable de l’avenir, et nous ne lui demandons aucun compte du passé. Cependant il est aussi nécessaire de savoir si nous n’avons aucune racine dans l’antérieur, que de savoir si nous sommes soudés au futur. Nous n’avons été déistes ou athées que d’un côté. Le monde est-il éternel ? le monde est-il créé ? Nous ne concevons aucun moyen terme entre ces deux propositions : l’une est fausse, l’autre est vraie, choisissez ! Quel que soit votre choix, Dieu, tel que notre raison se le figure, doit s’amoindrir, ce qui équivaut à sa négation. Faites le monde éternel : la question n’est pas douteuse, Dieu l’a subi. Supposez le monde créé, Dieu n’est plus possible. Comment serait-il resté toute une éternité sans savoir qu’il aurait la pensée de créer le monde ? Comment n’en aurait-il point su par avance les résultats ? D’où en a-t-il tiré l’essence ? de lui nécessairement. Si le monde sort de Dieu, comment admettre le mal ? Si le mal est sorti du bien, vous tombez dans l’absurde. S’il n’y a pas de mal, que deviennent les sociétés avec leurs lois ? Partout des précipices ! partout un abîme pour la raison ! Il est donc une science sociale à refaire en entier. Écoutez, mon oncle : tant qu’un beau génie n’aura pas rendu compte de l’inégalité patente des intelligences, le sens général de l’humanité, le mot Dieu sera sans cesse mis en accusation, et la société reposera sur des sables mouvants.
3Le secret des différentes zones morales dans lesquelles transite l’homme se trouvera dans l’analyse de l’Animalité tout entière. L’Animalité n’a, jusqu’à présent, été considérée que par rapport à ses différences, et non dans ses similitudes ; dans ses apparences organiques, et non dans ses facultés. Les facultés animales se perfectionnent de proche en proche, suivant des lois à rechercher. Ces facultés correspondent à des forces qui les expriment, et ces forces sont essentiellement matérielles, divisibles. Des facultés matérielles ! songez à ces deux mots. N’est-ce pas une question aussi insoluble que l’est celle de la communication du mouvement à la matière, abîme encore inexploré, dont les difficultés ont été plutôt déplacées que résolues par le système de Newton. Enfin la combinaison constante de la lumière avec tout ce qui vit sur la terre, veut un nouvel examen du globe. Le même animal ne se ressemble plus sous la Torride, dans l’Inde ou dans le Nord. Entre la verticalité et l’obliquité des rayons solaires, il se développe une nature dissemblable et pareille qui, la même dans son principe, ne se ressemble ni en deçà ni au delà dans ses résultats. Le phénomène qui crève nos yeux dans le monde zoologique en comparant les papillons du Bengale aux papillons d’Europe est bien plus grand encore dans le monde moral. Il faut un angle facial déterminé, une certaine quantité de plis cérébraux pour obtenir Colomb, Raphaël, Napoléon, Laplace ou Beethoven ; la vallée sans soleil donne le crétin ; tirez vos conclusions ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘The most subtle genius can discover no common bond between great social facts. No political theory has ever lasted. Governments pass away, aS men do, without handing down any lesson, and no system gives birth to a system better than that which came before it. What can we say about politics when a Government directly referred to God 260 BALZAQ’S WORKS perished in India and Egypt; when the rule of the Sword and of the Tiara are past; when Monarchy is dying; when the Government of the People has never been alive; when no scheme of intellectual power as applied to material interests has ever proved durable, and everything at this day remains to be done all over again, as it has been at every period when man has turned to ery out, ‘I am in torment!’ “The Code, which is considered Napoleon’s greatest achievement, is the most Draconian work I know of. Territorial subdivision carried out to the uttermost, and its principle confirmed by the equal division of property generally, must result in the degeneracy of the nation and the death of the Arts and Sciences. The land, too much broken up, is cultivated only with cereals and small crops; the forests, and consequently the rivers, are disappearing; oxen and horses are no longer bred. Means are lacking both for attack and for resistance. If we should be invaded, the people must be crushed; it has lost its mainspring—its leaders. This is the history of deserts!
2‘Thus the science of politics has no definite principles, and it can have no fixity; it is the spirit of the hour, the perpetual application of strength proportioned to the necessities of the moment. The man who should foresee two centuries ahead would die on the place of execution, loaded with the imprecations of the mob, or else—which seems worse—would be lashed with the myriad whips of ridicule. Nations are but individuals, neither wiser nor stronger than man, and their destinies are identical. If we reflect on man, is not that to consider mankind ? ‘By studying the spectacle of society perpetually stormtossed in its foundations as well as in its results, in its causes LOUIS LAMBERT : 261 as well as in its actions, while philanthropy is but a splendid mistake, and progress is vanity, I have been confirmed in this truth: Life is within and not without us; to rise above men, to govern them, is only the part of an aggrandized schoolmaster; and those men who are capable of rising to the level whence they can enjoy a view of the world should not look at their own feet. : “November 4th
3‘‘T am no doubt occupied with weighty thoughts, I am on the way to certain discoveries, an invincible power bears me toward a luminary which shone at an early age on the darkness of my moral life; but what name can I give to the power that ties my hands and shuts my mouth, and drags me in a direction opposite to my vocation? I must leave Paris, bid farewell to the books in the libraries, those noble centres of illumination, those kindly and always accessible sages, and the younger geniuses with whom I sympathize. Who is it that drives me away? Chance or Providence? ‘‘The two ideas represented by those words are irreconcilable. If Chance does not exist, we must admit fatalism, that is to say, the compulsory co-ordination of things under the rule of a general plan. Why then do we rebel? If man is not free, what becomes of the scaffolding of his moral sense? Or, if he can control his destiny, if by his own free will he can interfere with the execution of the general plan, what becomes of God? ‘‘Why did I come here? If I examine myself, I find the answer: I find in myself axioms that need developing. But why then have I such vast faculties without being suffered to use them? If my suffering could serve as an example, I could understand it; but no, I suffer unknown. 262: BALZAOC’S WORKS
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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