Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Pendant les premiers mois de son séjour à Vendôme, Louis devint la proie d’une maladie dont les symptômes furent imperceptibles à l’œil de nos surveillants, et qui gêna nécessairement l’exercice de ses hautes facultés. Accoutumé au grand air, à l’indépendance d’une éducation laissée au hasard, caressé par les tendres soins d’un vieillard qui le chérissait, habitué à penser sous le soleil, il lui fut bien difficile de se plier à la règle du collége, de marcher dans le rang, de vivre entre les quatre murs d’une salle où quatre-vingts jeunes gens étaient silencieux, assis sur un banc de bois, chacun devant son pupitre. Ses sens possédaient une perfection qui leur donnait une exquise délicatesse, et tout souffrit chez lui de cette vie en commun. Les exhalaisons par lesquelles l’air était corrompu, mêlées à la senteur d’une classe toujours sale et encombrée des débris de nos déjeuners ou de nos goûters, affectèrent son odorat ; ce sens qui, plus directement en rapport que les autres avec le système cérébral, doit causer par ses altérations d’invisibles ébranlements aux organes de la pensée. Outre ces causes de corruption atmosphérique, il se trouvait dans nos salles d’étude des baraques où chacun mettait son butin, les pigeons tués pour les jours de fête, ou les mets dérobés au réfectoire. Enfin, nos salles contenaient encore une pierre immense où restaient en tout temps deux seaux pleins d’eau, espèce d’abreuvoir où nous allions chaque matin nous débarbouiller le visage et nous laver les mains à tour de rôle en présence du maître.
2De là, nous passions à une table où des femmes nous peignaient et nous poudraient. Nettoyé une seule fois par jour, avant notre réveil, notre local demeurait toujours malpropre. Puis, malgré le nombre des fenêtres et la hauteur de la porte, l’air y était incessamment vicié par les émanations du lavoir, par la peignerie, par la baraque, par les mille industries de chaque écolier, sans compter nos quatre-vingts corps entassés. Cette espèce d’ humus collégial, mêlé sans cesse à la boue que nous rapportions des cours, formait un fumier d’une insupportable puanteur. La privation de l’air pur et parfumé des campagnes dans lequel il avait jusqu’alors vécu, le changement de ses habitudes, la discipline, tout contrista Lambert. La tête toujours appuyée sur sa main gauche et le bras accoudé sur son pupitre, il passait les heures d’étude à regarder dans la cour le feuillage des arbres ou les nuages du ciel ; il semblait étudier ses leçons ; mais voyant sa plume immobile ou sa page restée blanche, le Régent lui criait : Vous ne faites rien, Lambert ! Ce : Vous ne faites rien , était un coup d’épingle qui blessait Louis au cœur. Puis il ne connut pas le loisir des récréations, il eut des pensums à écrire. Le pensum, punition dont le genre varie selon les coutumes de chaque collége, consistait à Vendôme en un certain nombre de lignes copiées pendant les heures de récréation. Nous fûmes, Lambert et moi, si accablés de pensum, que nous n’avons pas eu six jours de liberté durant nos deux années d’amitié. Sans les livres que nous tirions de la bibliothèque, et qui entretenaient la vie dans notre cerveau, ce système d’existence nous eût menés à un abrutissement complet.
3Le défaut d’exercice est fatal aux enfants. L’habitude de la représentation, prise dès le jeune âge, altère, dit-on, sensiblement la constitution des personnes royales quand elles ne corrigent pas les vices de leur destinée par les mœurs du champ de bataille ou par les travaux de la chasse. Si les lois de l’étiquette et des cours influent sur la moelle épinière au point de féminiser le bassin des rois, d’amollir leurs fibres cérébrales et d’abâtardir ainsi la race, quelles lésions profondes, soit au physique, soit au moral, une privation continuelle d’air, de mouvement, de gaieté, ne doit-elle pas produire chez les écoliers ? Aussi le régime pénitentiaire observé dans les colléges exigera-t-il l’attention des autorités de l’enseignement public lorsqu’il s’y rencontrera des penseurs qui ne penseront pas exclusivement à eux. Nous nous attirions le pensum de mille manières. Notre mémoire était si belle que nous n’apprenions jamais nos leçons. Il nous suffisait d’entendre réciter à nos camarades les morceaux de français, de latin ou de grammaire, pour les répéter à notre tour ; mais si par malheur le maître s’avisait d’intervertir les rangs et de nous interroger les premiers, souvent nous ignorions en quoi consistait la leçon : le pensum arrivait alors malgré nos plus habiles excuses. Enfin, nous attendions toujours au dernier moment pour faire nos devoirs. Avions-nous un livre à finir, étions-nous plongés dans une rêverie, le devoir était oublié : nouvelle source de pensum ! Combien de fois nos versions ne furent-elles pas écrites pendant le temps que le premier, chargé de les recueillir en entrant en classe, mettait à demander à chacun la sienne !
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Besides these elements of impurity in the atmosphere, there were lockers in the class-rooms in which the boys kept their miscellaneous plunder—pigeons killed for féte days, or tidbits filched from the dinner-table. In each class-room, too, there was a large stone slab, on which two pails full of water were kept standing, a sort of sink, where we every morning washed our faces and hands, one after another, in the master’s presence. We then passed on to a table, where women combed and powdered our hair.. Thus the place, being cleaned but once a day before we were up, was always more or less dirty. In spite of numerous windows and lofty doors, the air was constantly fouled by the smells from the washing-place, the hair-dressing, the lockers, and the thousand messes made by the boys, to say nothing of their eighty closely packed bodies. And this sort of humus, mingling with the mud we brought in from the playing-yard, produced a suffocatingly pestilent muckheap. The loss of the fresh and fragrant country air in which he had hitherto lived, the change of habits and strict discipline, combined to depress Lambert. With his elbow on his desk and his head supported on his left hand, he spent the hours of study gazing at the trees in the court or the clouds in the sky; he seemed to be thinking of his lessons; but the master, seeing his pen motionless, or the sheet before him still a blank, would eall out— ‘‘Lambert, you are doing nothing!”’ ne LOUIS LAMBERT 208
2This ‘‘you are doing nothing !/’’ was a pin-thrust that wounded Louis to the quick. And then he never earned the rest of play-time; he always had impositions to write. The imposition, a punishment which varies according to the practice of different schools, consisted at Vendome of a certain number of lines to be written out in play hours. Lambert and I were so overpowered with impositions that we had not six free days during the two years of our school friendship. But for the books we took out of the library, which maintained some vitality in our brains, this system of discipline would have reduced us to idiocy. Want of exercise is fatal to children. The habit of preserving a dignified appearance, begun in tender infancy, has, it is said, a visible effect on the constitution of royal personages when the faults of such an education are not counteracted by the life of the battlefield or the laborious sport of hunting. And if the laws of etiquette and Court manners can act on the spinal marrow to such an extent as to affect the pelvis of kings, to soften their cerebral tissue, and so degenerate the race, what deep-seated mischief, physical and moral, must result in schoolboys from the constant lack of air, exercise, and cheerfulness! Indeed, the rules of punishment carried out in schools deserve the attention of the Office of Public Instruction when any thinkers are to be found there who do not think exclusively of themselves.
3We incurred the infliction of an imposition in a thousand ways. Our memory was so good that we never learned a lesson. It was enough for either of us to hear our class-fellows repeat the task in French, Latin, or grammar, and we could say it when our turn came; but if the master, unfortunately, took it into his head to reverse the 206 BALZAC’S WORKS - usual order and call upon us first, we very often did not even know what the lesson was; then the imposition fell in spite of our most ingenious excuses. Then we always put off writing our exercises till the last moment; if there were a book to be finished, or if we were lost in thought, the task was forgotten—again an imposition. How often -have we scribbled an exercise during the time when the head-boy, whose business it was to collect them when we ‘came into school, was gathering them from the others!
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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