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1La découverte de Mesmer, si importante et si mal appréciée encore, se trouvait tout entière dans un seul développement de ce Traité, quoique Louis ne connût pas les œuvres, d’ailleurs assez laconiques, du célèbre docteur suisse. Une logique et simple déduction de ses principes lui avait fait reconnaître que la Volonté pouvait, par un mouvement tout contractile de l’être intérieur, s’amasser ; puis, par un autre mouvement, être projetée au dehors, et même être confiée à des objets matériels. Ainsi la force entière d’un homme devait avoir la propriété de réagir sur les autres, et de les pénétrer d’une essence étrangère à la leur, s’ils ne se défendaient contre cette agression. Les preuves de ce théorème de la Science humaine sont nécessairement multipliées ; mais rien ne les constate authentiquement. Il a fallu, soit l’éclatant désastre de Marius et son allocution au Cimbre chargé de le tuer, soit l’auguste commandement d’une mère au lion de Florence, pour faire connaître historiquement quelques-uns de ces foudroiements de la pensée. Pour lui donc la Volonté, la Pensée étaient des forces vives ; aussi en parlait-il de manière à vous faire partager ses croyances. Pour lui, ces deux puissances étaient en quelque sorte et visibles et tangibles. Pour lui, la Pensée était lente ou prompte, lourde ou agile, claire ou obscure ; il lui attribuait toutes les qualités des êtres agissants, la faisait saillir, se reposer, se réveiller, grandir, vieillir, se rétrécir, s’atrophier, s’aviver ; il en surprenait la vie en en spécifiant tous les actes par les bizarreries de notre langage ; il en constatait la spontanéité, la force, les qualités avec une sorte d’intuition qui lui faisait reconnaître tous les phénomènes de cette substance.
2— Souvent au milieu du calme et du silence, me disait-il, lorsque nos facultés intérieures sont endormies, quand nous nous abandonnons à la douceur du repos, qu’il s’étend des espèces de ténèbres en nous, et que nous tombons dans la contemplation des choses extérieures, tout à coup une idée s’élance, passe avec la rapidité de l’éclair à travers les espaces infinis dont la perception nous est donnée par notre vue intérieure. Cette idée brillante, surgie comme un feu follet, s’éteint sans retour : existence éphémère, pareille à celle de ces enfants qui font connaître aux parents une joie et un chagrin sans bornes ; espèce de fleur mort-née dans les champs de la pensée. Parfois l’idée, au lieu de jaillir avec force et de mourir sans consistance, commence à poindre, se balance dans les limbes inconnus des organes où elle prend naissance ; elle nous use par un long enfantement, se développe, grandit, devient féconde, et se produit au dehors dans la grâce de la jeunesse et parée de tous les attributs d’une longue vie ; elle soutient les plus curieux regards, elle les attire, ne les lasse jamais : l’examen qu’elle provoque commande l’admiration que suscitent les œuvres long-temps élaborées. Tantôt les idées naissent par essaim, l’une entraîne l’autre, elles s’enchaînent, toutes sont agaçantes, elles abondent, elles sont folles. Tantôt elles se lèvent pâles, confuses, dépérissent faute de force ou d’aliments ; la substance génératrice manque. Enfin, à certains jours, elles se précipitent dans les abîmes pour en éclairer les immenses profondeurs ; elles nous épouvantent et laissent notre âme abattue.
3Les idées sont en nous un système complet, semblable à l’un des règnes de la nature, une sorte de floraison dont l’iconographie sera retracée par un homme de génie qui passera pour fou peut-être. Oui, tout, en nous et au dehors, atteste la vie de ces créations ravissantes que je compare à des fleurs, en obéissant à je ne sais quelle révélation de leur nature ! Leur production comme fin de l’homme n’est d’ailleurs pas plus étonnante que celle des parfums et des couleurs dans la plante. Les parfums sont des idées peut-être ! En pensant que la ligne où finit notre chair et où l’ongle commence contient l’inexplicable et invisible mystère de la transformation constante de nos fluides en corne, il faut reconnaître que rien n’est impossible dans les merveilleuses modifications de la substance humaine. Mais ne se rencontre-t-il donc pas dans la nature morale des phénomènes de mouvement et de pesanteur semblables à ceux de la nature physique ? L’ attente , pour choisir un exemple qui puisse être vivement senti de tout le monde, n’est si douloureuse que par l’effet de la loi en vertu de laquelle le poids d’un corps est multiplié par sa vitesse. La pesanteur du sentiment que produit l’attente ne s’accroît-elle point par une addition constante des souffrances passées, à la douleur du moment ? Enfin, à quoi, si ce n’est à une substance électrique, peut-on attribuer la magie par laquelle la Volonté s’intronise si majestueusement dans les regards pour foudroyer les obstacles aux commandements du génie, éclate dans la voix, ou filtre, malgré l’hypocrisie, au travers de l’enveloppe humaine ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Sympathies have rarely been proved; they afford a kind of pleasure which those who are so happy as to possess them rarely speak of unless they are abnormally singular, and even then only in the privacy of intimate intercourse, where everything is buried. But the antipathies that arise from the inversion of affinities have, very happily, been recorded when developed in famous men. Thus, Bayle had hysterics when he heard water splashing, Scaliger turned pale at the sight of water-cress, Hrasmus was thrown into a fever by the 234 BALZAC’S WORKS smell of fish. These three antipathies were connected with water. The Duc d’Epernon fainted at the sight of a hare, Tycho-Brahe at that of a fox, Henri III. at the presence of a cat, the Maréchal d’Albret at the sight of a wild hog; these antipathies were produced by animal emanations, and often took effect at a great distance. The Chevalier de Guise, Marie de’ Medici, and many other persons, have felt faint at seeing a rose even in a painting. Lord Bacon, whether he were forewarned or no of an eclipse of the moon, always fell into a syncope while it lasted; and his vitality, suspended while the phenomenon lasted, was restored as soon as it was over without his feeling any further inconvenience. These effects of antipathy, all well authenticated, and chosen from among many which history has happened to preserve, are enough to give a clew to the sympathies which remain unknown.
2This fragment of Lambert’s investigations, which I remember from among his essays, will throw a light on the method on which he worked. I need not emphasize the obvious connection between this theory and the collateral sciences projected by Gall and Lavater; they were its natural corollary; and every more or less scientific brain will discern the ramifications by which it is inevitably connected with the phrenological observations of one and the speculations on physiognomy of the other. Mesmer’s discovery, so important, though as yet so little appreciated, was also embodied in a single section of this treatise, though Louis did not know the Swiss doctor’s writings—which are few and brief. A simple and logical inference from these principles led him to perceive that the will might be accumulated by a contractile effort of the inner man, and then, by another LOUIS LAMBERT 235
3effort, projected, or even imparted, to material objects. Thus, the whole force of a man must have the property of reacting on other men, and of infusing into them an essence foreign to their own, if they could not protect themselves against such an aggression. The evidence of this theorem of the science of humanity is, of course, very multifarious; but there is nothing to establish it beyond question. We have only the notorious disaster of Marius and his harangue to the Cimbrian commanded to kill him, or the august injunction of a mother of the Lion of Florence, in historic proof of instances of such lightning flashes of mind. To Lambert, then, Will and Thought were living forces; and he spoke of them in such a way as to impress his belief on the hearer. To him these two forces were, in a way, visible, tangible. Thought was slow or alert, heavy or nimble, light or dark; he ascribed to it all the attributes of an active agent, and thought of it as rising, resting, waking, expanding, growing old, shrinking, becoming atrophied, or resuscitating; he described its life, and specified all its actions by the strangest words in our language, speaking of its spontaneity, its strength, and all its qualities with a kind of intuition which enabled him to recognize all the manifestations of its substantial existence. ‘‘Often,’’ said he, ‘‘in the midst of quiet and silence, when our inner faculties are dormant, when we have given ourselves up to sweet repose, when a sort of darkness reigns within us, and we are lost in the contemplation of things outside us, an idea suddenly flies forth, and rushes with the swiftness of lightning across the infinite space which our inner vision allows us to perceive. This radiant idea, springing into existence like a will-o’-the-wisp, dies out never to return; an ephemeral life, like that of babes who 236 BALZAC’S WORKS give their parents such infinite joy and sorrow; a sort of
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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