Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1À cette époque, petits et grands, clercs et laïques, tout tremblait à la pensée d’un pouvoir surnaturel. Le mot de magie était aussi puissant que la lèpre pour briser les sentiments, rompre les liens sociaux, et glacer la pitié dans les cœurs les plus généreux. La femme du sergent pensa soudain qu’elle n’avait jamais vu ses deux hôtes faisant acte de créature humaine. Quoique la voix du plus jeune fût douce et mélodieuse comme les sons d’une flûte, elle l’entendait si rarement, qu’elle fut tentée de la prendre pour l’effet d’un sortilége. En se rappelant l’étrange beauté de ce visage blanc et rose, en revoyant par le souvenir cette chevelure blonde et les feux humides de ce regard, elle crut y reconnaître les artifices du démon. Elle se souvint d’être restée pendant des journées entières sans avoir entendu le plus léger bruit chez les deux étrangers. Où étaient-ils pendant ces longues heures ? Tout à coup, les circonstances les plus singulières revinrent en foule à sa mémoire. Elle fut complétement saisie par la peur, et voulut voir une preuve de magie dans l’amour que la riche dame portait à ce jeune Godefroid , pauvre orphelin venu de Flandre à Paris pour étudier à l’Université. Elle mit promptement la main dans une de ses poches, en tira vivement quatre livres tournois en grands blancs, et regarda les pièces par un sentiment d’avarice mêlé de crainte.
2— Ce n’est pourtant pas là de la fausse monnaie ? dit-elle en montrant les sous d’argent à son mari. — Puis, ajouta-t-elle, comment les mettre hors de chez nous après avoir reçu d’avance le loyer de l’année prochaine ? — Tu consulteras le doyen du chapitre, répondit le sergent. N’est-ce pas à lui de nous dire comment nous devons nous comporter avec des êtres extraordinaires ? — Oh ! oui, bien extraordinaires, s’écria Jacqueline. Voyez la malice ! venir se gîter dans le giron même de Notre-Dame ! Mais, reprit-elle, avant de consulter le doyen, pourquoi ne pas prévenir cette noble et digne dame du danger qu’elle court ? En achevant ces paroles, Jacqueline et le sergent, qui n’avait pas perdu un coup de dent, rentrèrent au logis. Tirechair, en homme vieilli dans les ruses de son métier, feignit de prendre l’inconnue pour une véritable ouvrière ; mais cette indifférence apparente laissait percer la crainte d’un courtisan qui respecte un royal incognito. En ce moment, six heures sonnèrent au clocher de Saint-Denis-du-Pas, petite église qui se trouvait entre Notre-Dame et le port Saint-Landry, la première cathédrale bâtie à Paris, au lieu même où saint Denis a été mis sur le gril, disent les chroniques. Aussitôt l’heure vola de cloche en cloche par toute la Cité. Tout à coup des cris confus s’élevèrent sur la rive gauche de la Seine, derrière Notre-Dame, à l’endroit où fourmillaient les écoles de l’Université. À ce signal, le vieil hôte de Jacqueline se remua dans sa chambre. Le sergent, sa femme et l’inconnue entendirent ouvrir et fermer brusquement une porte, et le pas lourd de l’étranger retentit sur les marches de l’escalier intérieur.
3Les soupçons du sergent donnaient à l’apparition de ce personnage un si haut intérêt, que les visages de Jacqueline et du sergent offrirent tout à coup une expression bizarre dont fut saisie la dame. Rapportant, comme toutes les personnes qui aiment, l’effroi du couple à son protégé, l’inconnue attendit avec une sorte d’inquiétude l’événement qu’annonçait la peur de ses prétendus maîtres. L’étranger resta pendant un instant sur le seuil de la porte pour examiner les trois personnes qui étaient dans la salle, en paraissant y chercher son compagnon. Le regard qu’il y jeta, quelque insouciant qu’il fût, troubla les cœurs. Il était vraiment impossible à tout le monde, et même à un homme ferme, de ne pas avouer que la nature avait départi des pouvoirs exorbitants à cet être en apparence surnaturel. Quoique ses yeux fussent assez profondément enfoncés sous les grands arceaux dessinés par ses sourcils, ils étaient comme ceux d’un milan enchâssés dans des paupières si larges et bordés d’un cercle noir si vivement marqué sur le haut de sa joue, que leurs globes semblaient être en saillie. Cet œil magique avait je ne sais quoi de despotique et de perçant qui saisissait l’âme par un regard pesant et plein de pensées, un regard brillant et lucide comme celui des serpents ou des oiseaux ; mais qui stupéfiait, qui écrasait par la véloce communication d’un immense malheur ou de quelque puissance surhumaine. Tout était en harmonie avec ce regard de plomb et de feu, fixe et mobile, sévère et calme. Si dans ce grand œil d’aigle les agitations terrestres paraissaient en quelque sorte éteintes, le visage maigre et sec portait aussi les traces de passions malheureuses et de grands événements accomplis.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘And since that, [ tell you, I have never slept quietly in my bed. My lord, who lodges over us, is of a surety more of a wizard than a Christians On my word as an officer, I shiver when that old man passes near me; he never sleeps of nights; if I wake, his voice is ringing like a bourdon of bells, and I hear him uttering incantations in the language of hell. Have you ever seen him eat an honest crust of bread or a hearth-cake made by a good Catholic baker? His brown skin has been scorched and tanned by hell-fires. Marry, and I tell you his eyes hold a spell like those of serpents. Jacqueline, I will have none of those two men under my roof. I see too much of the law not to know that it is well to have nothing to do with it.— You must get rid of our two lodgers; the elder, because I suspect him; the youngster, because he is too pretty. They neither of them seem to me to keep Christian company. The boy is ever staring at the moon, the stars, and the clouds, like a wizard watching for the hour when he shall mount his broomstick; the other old rogue certainly makes some use of the poor boy for his black art. My house stands too close to the river as it is, and that risk of ruin is bad enough without bringing down fire from heaven, or the love affairs of a countess. I have spoken. Do not rebel.’’ In spite of her sway in the house, Jacqueline stood stupefied as she listened to the edict fulminated against his 322 BALZAC’S WORKS
2lodgers by the sergeant of the watch. She mechanically looked up at the window of the room inhabited by the old man, and shivered with horror as she suddenly caught sight of the gloomy, melancholy face and the piercing eye that so affected her husband, accustomed as he was to dealing with criminals. At that period, great and small, priests and laymen, all trembled before the idea of any supernatural power. The word ‘‘magic’’ was as powerful as leprosy to root up feelings, break social ties, and freeze piety in the most generous soul. It suddenly struck the constable’s wife that she never, in fact, had seen either of her lodgers exercising any human function. Though the younger man’s voice was as sweet and melodious as the tones of a flute, she so rarely heard it that she was tempted to think his silence the result of a spell. As she recalled the strange beauty of that pink-and-white face, and saw in memory the fine fair hair and moist brillianey of those eyes, she believed they were indeed the artifices of the Devil. She remembered that for days at a time she had never heard the slightest sound from either room. Where were the strangers during all those hours ?
3Suddenly the most singular circumstances recurred to her mind. She was completely overmastered by fear, and could even discern witchcraft in the rich lady’s interest in this young Goderroid, a poor orphan who had come from Flanders to study at the University of Paris. She hastily put her hand into one of her pockets, pulled out four livres of Tournay in large silver coinage, and looked at the pieces with an expression of avarice mingled with terror. “That, at any rate, is not false coin,’’ said she, showing the silver to her husband. ‘‘Besides,’’ she went on, ‘‘how THE EXILES 523 can I turn them out after taking next year’s rent paid in advance ?”’ ‘*You had better inquire of the Dean of the Chapter,’’ replied Tirechair. ‘‘Is not it his business to tell us how we should deal with these extraordinary persons ?’’ ‘‘Ay, truly extraordinary,’’ cried Jacqueline. ‘To think of their cunning; coming here under the very | shadow of Notre-Dame! Still,’’ she went on, ‘‘or ever I ask the Dean, why not warn that fair and noble lady of the risk she runs?”’
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.