Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Une noble tête, de laquelle il est impossible de supporter l’éclat sans avoir revêtu le manteau, le laurier, la palme, attribut des Puissances, s’élevait au-dessus de cette nuée aussi blanche, aussi pure que la neige. C’était une lumière dans la lumière ! Ses ailes en frémissant semaient d’éblouissantes oscillations dans les sphères par lesquelles il passait, comme passe le regard de Dieu à travers les mondes. Enfin je vis l’archange dans sa gloire ! La fleur d’éternelle beauté qui décore les anges de l’Esprit brillait en lui. Il tenait à la main une palme verte, et de l’autre un glaive flamboyant ; la palme, pour en décorer l’ombre pardonnée ; le glaive, pour faire reculer l’Enfer entier par un seul geste. À son approche, nous sentîmes les parfums du ciel qui tombèrent comme une rosée. Dans la région où demeura l’Ange, l’air prit la couleur des opales, et s’agita par des ondulations dont le principe venait de lui. Il arriva, regarda l’ombre, lui dit : — À demain ! Puis il se retourna vers le ciel par un mouvement gracieux, étendit ses ailes, franchit les sphères comme un vaisseau fend les ondes en laissant à peine voir ses blanches voiles à des exilés laissés sur quelque plage déserte. L’ombre poussa d’effroyables cris auxquels les damnés répondirent depuis le cercle le plus profondément enfoncé dans l’immensité des mondes de douleur jusqu’à celui plus paisible à la surface duquel nous étions. La plus poignante de toutes les angoisses avait fait un appel à toutes les autres. La clameur se grossit des rugissements d’une mer de feu qui servait comme de base à la terrible harmonie des innombrables millions d’âmes souffrantes.
2Puis tout à coup l’ombre prit son vol à travers la cité dolente et descendit de sa place jusqu’au fond même de l’Enfer ; elle remonta subitement, revint, se replongea dans les cercles infinis, les parcourut dans tous les sens, semblable à un vautour qui, mis pour la première fois dans une volière, s’épuise en efforts superflus. L’ombre avait le droit d’errer ainsi, et pouvait traverser les zones de l’Enfer, glaciales, fétides, brûlantes, sans participer à leurs souffrances ; elle glissait dans cette immensité comme un rayon du soleil se fait jour au sein de l’obscurité. — Dieu ne lui a point infligé de punition, me dit le maître ; mais aucune de ces âmes de qui tu as successivement contemplé les tortures, ne voudrait changer son supplice contre l’espérance sous laquelle cette âme succombe. En ce moment, l’ombre revint près de nous, ramenée par une force invincible qui la condamnait à sécher sur le bord des enfers. Mon divin guide, qui devina ma curiosité, toucha de son rameau le malheureux occupé peut-être à mesurer le siècle de peine qui se trouvait entre ce moment et ce lendemain toujours fugitif. L’ombre tressaillit, et nous jeta un regard plein de toutes les larmes qu’elle avait déjà versées. — « Vous voulez connaître mon infortune ? dit-elle d’une voix triste, oh ! j’aime à la raconter. Je suis ici, Térésa est là-haut ? voilà tout. Sur terre, nous étions heureux, nous étions toujours unis. Quand je vis pour la première fois ma chère Térésa Donati, elle avait dix ans. Nous nous aimâmes alors, sans savoir ce qu’était l’amour. Notre vie fut une même vie : je pâlissais de sa pâleur, j’étais heureux de sa joie ; ensemble, nous nous livrâmes au charme de penser, de sentir, et l’un par l’autre nous apprîmes l’amour.
3Nous fûmes mariés dans Crémone, jamais nous ne connûmes nos lèvres que parées des perles du sourire, nos yeux rayonnèrent toujours ; nos chevelures ne se séparèrent pas plus que nos vœux ; toujours nos deux têtes se confondaient quand nous lisions, toujours nos pas s’unissaient quand nous marchions. La vie fut un long baiser, notre maison fut une couche. Un jour Térésa pâlit et me dit pour la première fois : — Je souffre ! Et je ne souffrais pas ! Elle ne se releva plus. Je vis, sans mourir, ses beaux traits s’altérer, ses cheveux d’or s’endolorir. Elle souriait pour me cacher ses douleurs ; mais je les lisais dans l’azur de ses yeux dont je savais interpréter les moindres tremblements. Elle me disait : — Honorino, je t’aime ! au moment où ses lèvres blanchirent ; enfin, elle serrait encore me main dans ses mains quand la mort les glaça. Aussitôt je me tuai pour qu’elle ne couchât pas seule dans le lit du sépulcre, sous son drap de marbre. Elle est là-haut, Térésa, moi, je suis ici. Je voulais ne pas la quitter, Dieu nous a séparés ; pourquoi donc nous avoir unis sur la terre ? Il est jaloux. Le paradis a été sans doute bien plus beau du jour où Térésa y est montée. La voyez-vous ? Elle est triste dans son bonheur, elle est sans moi ! Le paradis doit être bien désert pour elle. » — Maître, dis-je en pleurant, car je pensais à mes amours, au moment où celui-ci souhaitera le paradis pour Dieu seulement, ne sera-t-il pas délivré ? Le père de la poésie inclina doucement la tête en signe d’assentiment. Nous nous éloignâmes en fendant les airs, sans faire plus de bruit que les oiseaux qui passent quelquefois sur nos têtes quand nous sommes étendus à l’ombre d’un arbre.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1‘‘As IT achieved my pilgrimage through the dark regions below I had mounted from torture to torture, from crime to crime, from punishment to punishment, from awful silence to heartrending cries, till I reached the uppermost circle of Hell. Already, from afar, I could see the glory of Paradise shining at a vast distance; I was still in darkness, but on the borders of day. I flew, upheld by my Guide, borne THE EXILES 849 along by a power akin to that which, during our dreams, waits us to spheres invisible to the eye of the body. The halo that crowned our heads scared away the shades as we passed, like impalpable dust. Far above us the suns of all the worlds shone with scarce so much light as the twinkling fireflies of my native land. I was soaring toward the fields of air where, round about Paradise, the bodies of light are in closer array, where the azure is easy to pass through, where worlds innumerable spring like flowers in a meadow. ‘“There, on the last level of the circles where those phantoms dwell that I had left behind me, like sorrows one would fain forget, I saw a vast shade. Standing in an attitude of aspiration, that soul looked eagerly into space; his feet were riveted by the will of God to the topmost point of
2the margin, and he remained forever in the painful strain by which we project our purpose when we long to soar, as birds about to take wing. I saw the man; he neither looked at us nor heard us; every muscle quivered and throbbed; at each separate instant he seemed to feel, though he did not move, all the fatigue of traversing the infinite that divided him from Paradise where, as he gazed steadfastly, he believed he had glimpses of 2 beloved image. At this last gate of Hell, as at the first, I saw the stamp of despair even in hope. The hapless creature was so fearfully held by some unseen force that his anguish entered into my bones and froze my blood. I shrank closer to my Guide, whose protection restored me to peace and silence. ‘Suddenly the Shade gave a cry of joy—a cry as shrill as that of the mother bird that sees a hawk in the air, or suspects its presence. We looked where he was looking, and saw, as it were, a sapphire, floating high up in the 850 BALZAOC’S WORKS
3abysses of light. The glowing star fell with the swiftness of a sunbeam when it flashes over the horizon in the morning and its first rays shoot across the world. The Splendor became clearer and grew larger; presently 1 beheld the cloud of glory in which the angels move—a shining vapor that emanates from their divine substance, and that glitters here and there like tongues of flame. A noble face, whose glory none may endure that have not won the mantle, the laurel, and the palm—the attribute of the Powers—rose above this cloud as white and pure as snow. It was Light within light. His wings as they waved shed dazzling ripples in the spheres through which he descended, as the glance of God pierces through the universe. At last I saw the archangel in all his glory. The flower of eternal beauty that belongs to the angels of the Spirit shone in him. In one hand he held a green palm branch, in the other a sword of flame: the palm to bestow on the pardoned soul, the sword to drive back all the hosts of Hell with one sweep. As he approached, the perfumes of Heaven fell upon us as dew. In the region where the archangel paused, the air took the hues of opal, and moved in eddies of which he was the centre. He paused, looked at the Shade, and said— ‘* “To-morrow.’ “Then he turned heavenward once more, spread his wings, and clove through space as a vessel cuts through the waves, hardly showing her white sails to the exiles left on some deserted shore.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.