Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1— Arrêtez ! s’écria Godefroid, je ne saurais vous regarder, vous écouter davantage ! Ma raison s’égare, ma vue s’obscurcit. Vous allumez en moi un feu qui me dévore. — Je dois cependant continuer, reprit le vieillard en secouant sa main par un mouvement extraordinaire qui produisit sur le jeune homme l’effet d’un charme. Pendant un moment, l’étranger fixa sur Godefroid ses grands yeux éteints et abattus ; puis, il étendit le doigt vers la terre : vous eussiez cru voir alors un gouffre entr’ouvert à son commandement. Il resta debout, éclairé par les indécis et vagues reflets de la lune qui firent resplendir son front d’où s’échappa comme une lueur solaire. Si d’abord une expression presque dédaigneuse se perdit dans les sombres plis de son visage, bientôt son regard contracta cette fixité qui semble indiquer la présence d’un objet invisible aux organes ordinaires de la vue. Certes, ses yeux contemplèrent alors les lointains tableaux que nous garde la tombe. Jamais peut-être cet homme n’eut une apparence si grandiose. Une lutte terrible bouleversa son âme, vint réagir sur sa forme extérieure ; et quelque puissant qu’il parût être, il plia comme une herbe qui se courbe sous la brise messagère des orages. Godefroid resta silencieux, immobile, enchanté ; une force inexplicable le cloua sur le plancher ; et, comme lorsque notre attention nous arrache à nous-même, dans le spectacle d’un incendie ou d’une bataille, il ne sentit plus son propre corps.
2— Veux-tu que je te dise la destinée au-devant de laquelle tu marchais, pauvre ange d’amour ? Écoute ! Il m’a été donné de voir les espaces immenses, les abîmes sans fin où vont s’engloutir les créations humaines, cette mer sans rives où court notre grand fleuve d’hommes et d’anges. En parcourant les régions des éternels supplices, j’étais préservé de la mort par le manteau d’un Immortel, ce vêtement de gloire dû au génie et que se passent les siècles, moi, chétif ! Quand j’allais par les campagnes de lumière où se pressent les heureux, l’amour d’une femme, les ailes d’un ange, me soutenaient ; porté sur son cœur, je pouvais goûter ces plaisirs ineffables dont l’étreinte est plus dangereuse pour nous, mortels, que ne le sont les angoisses du monde mauvais. En accomplissant mon pèlerinage à travers les sombres régions d’en-bas, j’étais parvenu de douleur en douleur, de crime en crime, de punitions en punitions, de silences atroces en cris déchirants sur le gouffre supérieur aux cercles de l’Enfer. Déjà, je voyais dans le lointain la clarté du Paradis qui brillait à une distance énorme, j’étais dans la nuit, mais sur les limites du jour. Je volais, emporté par mon guide, entraîné par une puissance semblable à celle qui pendant nos rêves nous ravit dans les sphères invisibles aux yeux du corps, L’auréole qui ceignait nos fronts faisait fuir les ombres sur notre passage, comme une impalpable poussière. Loin de nous, les soleils de tous les univers jetaient à peine la faible lueur des lucioles de mon pays. J’allais atteindre les champs de l’air où, vers le paradis, les masses de lumière se multiplient, où l’on fend facilement l’azur, où les innombrables mondes jaillissent comme des fleurs dans une prairie.
3Là, sur la dernière ligne circulaire qui appartenait encore aux fantômes que je laissais derrière moi, semblable à des chagrins qu’on veut oublier, je vis une grande ombre. Debout et dans une attitude ardente, cette âme dévorait les espaces du regard, ses pieds restaient attachés par le pouvoir de Dieu sur le dernier point de cette ligne où elle accomplissait sans cesse la tension pénible par laquelle nous projetons nos forces lorsque nous voulons prendre notre élan, comme des oiseaux prêts à s’envoler. Je reconnus un homme, il ne nous regarda, ne nous entendit pas ; tous ses muscles tressaillaient et haletaient ; par chaque parcelle de temps, il semblait éprouver sans faire un seul pas la fatigue de traverser l’infini qui le séparait du paradis où sa vue plongeait sans cesse, où il croyait entrevoir une image chérie. Sur la dernière porte de l’Enfer comme sur la première, je lus une expression de désespoir dans l’espérance. Le malheureux était si horriblement écrasé par je ne sais quelle force, que sa douleur passa dans mes os et me glaça. Je me réfugiai près de mon guide dont la protection me rendit à la paix et au silence. Semblable à la mère dont l’œil perçant voit le milan dans les airs ou l’y devine, l’ombre poussa un cri de joie. Nous regardâmes là où il regardait, et nous vîmes comme un saphir flottant au-dessus de nos têtes dans les abîmes de lumière. Cette éclatante étoile descendait avec la rapidité d’un rayon de soleil quand il apparaît au matin sur l’horizon, et que ses premières clartés glissent furtivement sur notre terre. La splendeur devint distincte, elle grandit ; j’aperçus bientôt le nuage glorieux au sein duquel vont les anges, espèce de fumée brillante émanée de leur divine substance, et qui çà et là pétille en langues de feu.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1*‘Child!’’ said the old man suddenly, in a sterner voice, ‘have you so soon forgotten the holy teaching of our good master, Doctor Sigier? In order to return, you to your heavenly home, and I to my native land on earth, must we not obey the voice of God? We must walk on resignedly in the steny paths where His almighty finger points the way. Do not you quail at the thought of the danger to which you exposed yourself? Arriving there without being bidden, and saying, ‘Here I am!’ before your time, would you not have been cast back into a world beneath THE EXILES 347 that where your soul now hovers? Poor outcast cherub! Should you not rather bless God for having suffered you to live in a sphere where you may hear none but heavenly harmonies? Are you not as pure as a diamond, as lovely as a flower?
2“Think what it is to know, like me, only the City of Sorrows!—Dwelling there I have worn out my heart.—To search the tombs for their horrible secrets; to wipe hands steeped in blood, counting them over night after night, seeing them rise up before me imploring forgiveness which I may not grant; to mark the writhing of the assassin and the last shriek of his victim; to listen to appalling noises and fearful silence, the silence of a father devouring his dead_sons; to wonder at the laughter of the damned; to look for some human form among the livid heaps wrung and trampled by crime; to learn words such as lying men may not hear without. dying; to call perpetually on the dead, and always to accuse and condemn!—Is that living ?”’ “‘Cease!’’ cried Godefroid; ‘‘I cannot see you or hear you any further! My reason wanders, my eyes are dim. You light a fire within me which consumes me.”’ ‘‘And yet I must go on!’’ said the senior, waving his hand with a strange gesture that worked on the youth like a spell. For a moment the old man fixed Godefroid with his large, weary, lightless eyes; then he pointed with one finger to the ground. A guif seemed to open at his bidding. He remained standing in the doubtful light of the moon; it lent a glory to his brow which reflected an almost solar gleam. Though at first a somewhat disdainful expression lurked in the wrinkles of his face, his look presently assumed the fixity which seems to gaze on an 848 BALZAC’S WORKS
3object invisible to the ordinary organs of sight. His eyes, no doubt, were seeing then the remoter images which the grave has in store for us. Never, perhaps, had this man presented so grand an aspect. <A terrible struggle was going on in his soul, and reacted on his outer frame; strong man as he seemed to be, he bent as a reed bows under the breeze that comes before a storm. Godefroid stood motionless, speechless, spellbound; some inexplicable force nailed him to the floor; and, as happens when our attention takes us out of ourselves while watching a fire or a battle, he was wholly unconscious of his body. ‘Shall I tell you the fate to which you were hastening, poor angel of Love? Listen! It has been given to me to see immeasurable space, bottomless gulfs in which all human creations are swallowed up, the shoreless sea whither flows the vast stream of men and of angels. As I made my way through the realms of eternal torment, I was sheltered under the cloak of an immortal—the robe of glory due to genius, and which the ages hand on—I, a frail mortal! When I wandered through the fields of light where the happy souls play, 1 was borne up by the love of a woman, the wings of an angel; resting on her heart, I could taste the ineffable pleasures whose touch is more perilous to us mortals than are the torments of the other world.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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