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1LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 201 de leur intensité, n'est-ce pas déjà être aux trois quarts guéri ? Nous avons connu un médecin de cam pagne qui, dans le cours de sa carrière, avait dû voir, maintes et maintes fois, des cancers du rectum. Atteint à son tour de cette affection, il fut persuadé que les hémorragies qui l'affaiblissaient et les dou leurs qu'il ressentait, étaient dues simplement à des hémorroïdes. Calme et rassuré sur son état de santé, il put vivre ainsi d'assez longues années, gardant jus qu'à la fin ses illusions intactes. Nous sommes per suadés que le cancer aurait évolué plus vite, si notre malheureux médecin avait reconnu la nature de son mal, ou en avait fait l'objet de ses constantes préoc cupations. Les effets de l'imagination, mais ils sont innom brables! Ne sait-on pas qu'une secousse morale un peu forte peut amener les guérisons les plus inatten dues? On a souvent rapporté le fait du fils de Crésus, de ce muet qui, voyant le glaive levé sur son père, re trouve la voix et s'écrie : « Soldat, épargne mon père. » Le prince de Saxe-Weimar éprouvait à midi précis les premiers symptômes d'une fièvre intermittente. Comme cette fièvre avait résisté à tous les médica ments, Hufeland avança un jour son horloge de deux heures ; le malade se crut guéri et la joie qu■il en éprouva le guérit réellement. On connaît la curieuse histoire de ce goutteux de Bordeaux, qui écoutait la messe à l'église dans sa chaise à porteurs. Soudain on entend un grand bruit, des cris effroyables; on apprend qu'un lion venait de
2202 l'initiation s'échapper d'une ménagerie et accourait vers l'église. Le goutteux est pris d'une telle peur qu'il se lève, bondit sur l'autel et de 4à dans une niche presque inaccessible. Il fallut une échelle pour le descendre. Il était, sous l'impression de la terreur, devenu in gambe. Le docteur Bouchut dans sa Pathologie générale, cite le cas d'une petite fille de onze ans, devenue muette et paralytique de peur, après une tentative de viol. Les médecins de province avaient tout tenté, sans succès, pour la guérir. On la conduisit à Paris et elle entra à l'Hôtel-Dieu, en 1849. Elle avait une telle confiance aux médecins deParis que deux jours après, elle était guérie, sans avoir suivi de médications. Pinel guérit de même un nommé Allause, qui se croyait accusé d'un grand crime et poursuivi comme assassin. On simula une séance en cour d'assises. Té moins, juges, réquisitoire, défense et acquittement, toute la mise en scène, tout l'appareil de la justice fut simulé. Le malade guérit, jusqu'au jour où l'on eut l'imprudence de lui avouer la supercherie. Voici un autre exemple typique, que nous extrayons d'un livre du baron Feuchtersleben. Un médecin an glais, le docteur Beddoes, croyait que l'oxyde nitreux était un spécifique du sang contre la paralysie. Davy, Coleridge et lui se déterminèrent à tenter une expé rience sur un paralytique abandonné des médecins. Le patient ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commence par mettre sous la langue de ce malade un petit thermomètre de poche, dont il se
3LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 203 servait dans ces occasions pour connaître le degré de chaleur du sang, degré que l'oxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eût-il senti le thermomètre entre ses dents, qu'il fut persuadé que la crise s'opérait et que l'instrument merveilleux qui devait le guérir n'était autre que le thermomètre. «Ah ! s'écria-t-il, je me sens mieux ». Davy adressa un regard expressif à Bcddoes et Coleridge. Au lieu de spécifique, on se contenta du thermomètre qui, pendant quinze jours consécutifs, fut placé, avec toute la solennité convenable, sous la langue de ce pauvre homme, dont la cure fut complète, et auquel on ne fit subir aucun traitement. Si Davy n'eût pas entouré d'un certain mystère son expérience, s'il avait négligé la partie dramatique de son art, s'il avait dit au patient : voici un thermo mètre qui doit servir à tel ou tel usage, le malade se rait resté paralytique et le traitement par l'oxyde ni treux aurait peut-être entraîné la mort. Pour tous ces motifs, nous sommes persuadés qu'à côté de la médecine physique, il doit exister une mé decine morale. La médecine morale, comme le dit le docteur Bouchut,« devrait jouer un rôle presque aussi grand que la médecine physique et loin de les ex clure, la thérapeutique devrait utiliser simultanément les ressources que lui fournissent les agents psychi ques et la force morale ». En médecine plus qu'ailleurs, la foi est une force dont la puissance est sans limite, et peut réaliser des miracles. « La faith-healing (la foi qui guérit), dit Charcot, me paraît être l'idéal à atteindre, car elle
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 201 de leur intensité, n'est-ce pas déjà être aux trois quarts guéri ? Nous avons connu un médecin de cam pagne qui, dans le cours de sa carrière, avait dû voir, maintes et maintes fois, des cancers du rectum. Atteint à son tour de cette affection, il fut persuadé que les hémorragies qui l'affaiblissaient et les dou leurs qu'il ressentait, étaient dues simplement à des hémorroïdes. Calme et rassuré sur son état de santé, il put vivre ainsi d'assez longues années, gardant jus qu'à la fin ses illusions intactes. Nous sommes per suadés que le cancer aurait évolué plus vite, si notre malheureux médecin avait reconnu la nature de son mal, ou en avait fait l'objet de ses constantes préoc cupations. Les effets de l'imagination, mais ils sont innom brables! Ne sait-on pas qu'une secousse morale un peu forte peut amener les guérisons les plus inatten dues? On a souvent rapporté le fait du fils de Crésus, de ce muet qui, voyant le glaive levé sur son père, re trouve la voix et s'écrie : « Soldat, épargne mon père. » Le prince de Saxe-Weimar éprouvait à midi précis les premiers symptômes d'une fièvre intermittente. Comme cette fièvre avait résisté à tous les médica ments, Hufeland avança un jour son horloge de deux heures ; le malade se crut guéri et la joie qu■il en éprouva le guérit réellement. On connaît la curieuse histoire de ce goutteux de Bordeaux, qui écoutait la messe à l'église dans sa chaise à porteurs. Soudain on entend un grand bruit, des cris effroyables; on apprend qu'un lion venait de
2202 l'initiation s'échapper d'une ménagerie et accourait vers l'église. Le goutteux est pris d'une telle peur qu'il se lève, bondit sur l'autel et de 4à dans une niche presque inaccessible. Il fallut une échelle pour le descendre. Il était, sous l'impression de la terreur, devenu in gambe. Le docteur Bouchut dans sa Pathologie générale, cite le cas d'une petite fille de onze ans, devenue muette et paralytique de peur, après une tentative de viol. Les médecins de province avaient tout tenté, sans succès, pour la guérir. On la conduisit à Paris et elle entra à l'Hôtel-Dieu, en 1849. Elle avait une telle confiance aux médecins deParis que deux jours après, elle était guérie, sans avoir suivi de médications. Pinel guérit de même un nommé Allause, qui se croyait accusé d'un grand crime et poursuivi comme assassin. On simula une séance en cour d'assises. Té moins, juges, réquisitoire, défense et acquittement, toute la mise en scène, tout l'appareil de la justice fut simulé. Le malade guérit, jusqu'au jour où l'on eut l'imprudence de lui avouer la supercherie. Voici un autre exemple typique, que nous extrayons d'un livre du baron Feuchtersleben. Un médecin an glais, le docteur Beddoes, croyait que l'oxyde nitreux était un spécifique du sang contre la paralysie. Davy, Coleridge et lui se déterminèrent à tenter une expé rience sur un paralytique abandonné des médecins. Le patient ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commence par mettre sous la langue de ce malade un petit thermomètre de poche, dont il se
3LES CURIOSITÉS DE L'OCCULTE 203 servait dans ces occasions pour connaître le degré de chaleur du sang, degré que l'oxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eût-il senti le thermomètre entre ses dents, qu'il fut persuadé que la crise s'opérait et que l'instrument merveilleux qui devait le guérir n'était autre que le thermomètre. «Ah ! s'écria-t-il, je me sens mieux ». Davy adressa un regard expressif à Bcddoes et Coleridge. Au lieu de spécifique, on se contenta du thermomètre qui, pendant quinze jours consécutifs, fut placé, avec toute la solennité convenable, sous la langue de ce pauvre homme, dont la cure fut complète, et auquel on ne fit subir aucun traitement. Si Davy n'eût pas entouré d'un certain mystère son expérience, s'il avait négligé la partie dramatique de son art, s'il avait dit au patient : voici un thermo mètre qui doit servir à tel ou tel usage, le malade se rait resté paralytique et le traitement par l'oxyde ni treux aurait peut-être entraîné la mort. Pour tous ces motifs, nous sommes persuadés qu'à côté de la médecine physique, il doit exister une mé decine morale. La médecine morale, comme le dit le docteur Bouchut,« devrait jouer un rôle presque aussi grand que la médecine physique et loin de les ex clure, la thérapeutique devrait utiliser simultanément les ressources que lui fournissent les agents psychi ques et la force morale ». En médecine plus qu'ailleurs, la foi est une force dont la puissance est sans limite, et peut réaliser des miracles. « La faith-healing (la foi qui guérit), dit Charcot, me paraît être l'idéal à atteindre, car elle
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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