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1LE FEU SACKÉ IO7 qualité inférieure, bien préparée, et en bon état, pro duit des effets suffisants. Certains habitants de la ville, d'allure bourgeoise et calme, vont à jours ré guliers chercher leur provision de rêve. En leur âme, sans qu'on s'en doute, passent les visions d'Hoffmann et de Poë. Ge sont des conseillers auliques hantés par le démon vert. L'extrait en pilules peut aussi se rem placer par un extrait liquide. La formule m'en fut donnée par un pharmacien précisément, qui avait succombé, sans doute, en servant la passion d'autrui. Il demeure dans les environs de l'Arc de Triomphe. Il me donna une fiole que je laissai à un autre de mes amis, n'osant pas en user moi-même. Ce pharmacien était bien l'homme le plus falot que j'aie jamais vu. Sous les regards souriants et indulgents de ses élèves, il versait quelques gouttes du flacon vert sur un mor ceau de sucre qu'il absorbait avec une mine d'extase joyeuse. Puis il s'en allait à travers les rues à la découverte des fêtes populaires, cherchant une ma tière à son rêve, tout à fait heureux, et l'air un peu fou. On use parfois aussi des sommités fleuries de la plante, que l'on fume. Il y a une vieille herboristerie, dans une rue étroite, près de la Seine, au fond d'une cour. Mais il faut être un habile pour distinguer, au fumer, les feuilles de chanvre français ou indien. Cet usage n'est d'ailleurs pas excellent. On éprouve des impressions analogues à celles que donne le thé fumé. Je ne sais ce que donnerait un extrait de thé mis en pilules. Mais notons qu'il ne faut plus songer, et cela est à
2ioS l'initiation noter, par aucune formule de persuasion, à ramener au goût normal du tabac, une pipe ayant connu, ne serait-ce qu'une fois, le charme du chanvre indien. Elle garde pour toute sa vie une abominable àpreté. On doit se 'résoudre à ne plus l'emplir d'autres feuilles que les maudites. Vous voyez là, sans effort, un symboledes passions, qui empoisonnent une âme à jamais. Notons-le, pour réjouir le vieux moraliste qui sommeille, avec ses lunettes et la tête sur la poitrine, au fond de l'âme de chacun de nous. Pendant le discours de Mathias, l'animation de la rue s'était apaisée Le café devenait désert. On voyait quelques couples attardés échanger sur la terrasse des propos d'amour inférieur. Les deux causeurs se levè rent. Deux heures venaient de sonner. Ils marchè rent sur le boulevard. C'est quand les bords de la Seine et la Cathédrale entrevue rappellent du VictorHugo. — « Avez-vous sommeil ? » dit Jean Dcrève. — « Le sage n'a jamais sommeil. Cet axiome se trouve au livre six du Bhagavata, paragraphe trentedeux. Il ne pleuvra pas de la nuit. Nous avons l'éternité pour dormir. » Jean Derève sourit : « Puisse l'Éternel mettre sur nos lèvres, avant de refermer le sépulcre, une lourde dose d'opium ou de haschich ! » — « Non, les rêves ne se produisent que dans le sommeil modéré, et la mort est probablement un sommeil profond. Il est vrai que l'on ne peut prévoir exactement les effets d'après la mesure du poison. Certains s'étonnent et n'éprouvent aucun résultat.
3LE FEU SACRÉ IoQ L'influence dépend beaucoup de l'actuelle disposition. Il faut distinguer encore entre les formes différentes, confiture, extrait, ou feuilles. Gautier parle de la con fiture, mélange avec un véhicule parfumé. » C'est d'un goût un peu écœurant. Le haschich n'a, sous cettte forme, qu'une influence fort atténuée, et pour ainsi dire, paresseuse. C'est, je pense, dans ces con ditions, qu'en usent les Orientaux. Mais tout se trans forme avec les tempéraments. Le naturel de l'IndoChine fume, étendu surdes nattes, une pipe d'opium, qui suffit à faire éclore son rêve un peu animal. Et Thomas de Quincey, l'homme du Nord, l'Anglais aux nerfs robustes, parce qu'Anglais, bien qu'un peu affolé, comme poète, était privé quand il n'avait pas, sur sa table de travail, une grande carafe de laudanum. Les observations que j'ai pu faire portent toutes sur des gens ayant usé de pilules. C'est la forme la plus commode. On emporte aisément avec soi le prétexte du rêve. Et c'est vraiment un problème amusant à poser, que celui de tant de visions encloses dans un globule de pâte verte. Elles y sont réellement, puisque, le globule absorbé, elles vont se déployer dans notre cerveau, faisant jouer sous nos yeux intérieurs une pantomime folle, charmante, colorée. L'effet est ra pide ou lent, et ne se produit pas, d'ailleurs chez tous. Pour certains, qui sont réfractaires, de façon ou d'autre, il n'y a qu'une secousse bizarre, un ébran lement pénible et bref du cerveau. Ou encore l'im pression dure, mais purement physique et tout à fait insupportable. Ce sont des tremblements nerveux, des yeux convulsés, des gémissements inarticulés,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE FEU SACKÉ IO7 qualité inférieure, bien préparée, et en bon état, pro duit des effets suffisants. Certains habitants de la ville, d'allure bourgeoise et calme, vont à jours ré guliers chercher leur provision de rêve. En leur âme, sans qu'on s'en doute, passent les visions d'Hoffmann et de Poë. Ge sont des conseillers auliques hantés par le démon vert. L'extrait en pilules peut aussi se rem placer par un extrait liquide. La formule m'en fut donnée par un pharmacien précisément, qui avait succombé, sans doute, en servant la passion d'autrui. Il demeure dans les environs de l'Arc de Triomphe. Il me donna une fiole que je laissai à un autre de mes amis, n'osant pas en user moi-même. Ce pharmacien était bien l'homme le plus falot que j'aie jamais vu. Sous les regards souriants et indulgents de ses élèves, il versait quelques gouttes du flacon vert sur un mor ceau de sucre qu'il absorbait avec une mine d'extase joyeuse. Puis il s'en allait à travers les rues à la découverte des fêtes populaires, cherchant une ma tière à son rêve, tout à fait heureux, et l'air un peu fou. On use parfois aussi des sommités fleuries de la plante, que l'on fume. Il y a une vieille herboristerie, dans une rue étroite, près de la Seine, au fond d'une cour. Mais il faut être un habile pour distinguer, au fumer, les feuilles de chanvre français ou indien. Cet usage n'est d'ailleurs pas excellent. On éprouve des impressions analogues à celles que donne le thé fumé. Je ne sais ce que donnerait un extrait de thé mis en pilules. Mais notons qu'il ne faut plus songer, et cela est à
2ioS l'initiation noter, par aucune formule de persuasion, à ramener au goût normal du tabac, une pipe ayant connu, ne serait-ce qu'une fois, le charme du chanvre indien. Elle garde pour toute sa vie une abominable àpreté. On doit se 'résoudre à ne plus l'emplir d'autres feuilles que les maudites. Vous voyez là, sans effort, un symboledes passions, qui empoisonnent une âme à jamais. Notons-le, pour réjouir le vieux moraliste qui sommeille, avec ses lunettes et la tête sur la poitrine, au fond de l'âme de chacun de nous. Pendant le discours de Mathias, l'animation de la rue s'était apaisée Le café devenait désert. On voyait quelques couples attardés échanger sur la terrasse des propos d'amour inférieur. Les deux causeurs se levè rent. Deux heures venaient de sonner. Ils marchè rent sur le boulevard. C'est quand les bords de la Seine et la Cathédrale entrevue rappellent du VictorHugo. — « Avez-vous sommeil ? » dit Jean Dcrève. — « Le sage n'a jamais sommeil. Cet axiome se trouve au livre six du Bhagavata, paragraphe trentedeux. Il ne pleuvra pas de la nuit. Nous avons l'éternité pour dormir. » Jean Derève sourit : « Puisse l'Éternel mettre sur nos lèvres, avant de refermer le sépulcre, une lourde dose d'opium ou de haschich ! » — « Non, les rêves ne se produisent que dans le sommeil modéré, et la mort est probablement un sommeil profond. Il est vrai que l'on ne peut prévoir exactement les effets d'après la mesure du poison. Certains s'étonnent et n'éprouvent aucun résultat.
3LE FEU SACRÉ IoQ L'influence dépend beaucoup de l'actuelle disposition. Il faut distinguer encore entre les formes différentes, confiture, extrait, ou feuilles. Gautier parle de la con fiture, mélange avec un véhicule parfumé. » C'est d'un goût un peu écœurant. Le haschich n'a, sous cettte forme, qu'une influence fort atténuée, et pour ainsi dire, paresseuse. C'est, je pense, dans ces con ditions, qu'en usent les Orientaux. Mais tout se trans forme avec les tempéraments. Le naturel de l'IndoChine fume, étendu surdes nattes, une pipe d'opium, qui suffit à faire éclore son rêve un peu animal. Et Thomas de Quincey, l'homme du Nord, l'Anglais aux nerfs robustes, parce qu'Anglais, bien qu'un peu affolé, comme poète, était privé quand il n'avait pas, sur sa table de travail, une grande carafe de laudanum. Les observations que j'ai pu faire portent toutes sur des gens ayant usé de pilules. C'est la forme la plus commode. On emporte aisément avec soi le prétexte du rêve. Et c'est vraiment un problème amusant à poser, que celui de tant de visions encloses dans un globule de pâte verte. Elles y sont réellement, puisque, le globule absorbé, elles vont se déployer dans notre cerveau, faisant jouer sous nos yeux intérieurs une pantomime folle, charmante, colorée. L'effet est ra pide ou lent, et ne se produit pas, d'ailleurs chez tous. Pour certains, qui sont réfractaires, de façon ou d'autre, il n'y a qu'une secousse bizarre, un ébran lement pénible et bref du cerveau. Ou encore l'im pression dure, mais purement physique et tout à fait insupportable. Ce sont des tremblements nerveux, des yeux convulsés, des gémissements inarticulés,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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