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1AU PAYS DES ESPRITS Il \ de lumière a laquelle notre pauvre, morne planète doit sa diurne clarté. Je compris que par saturation mutuelle, les courants magnétiques, émanés de cette rayonnante sphère solaire, se combinant avec notre magnétisme terrestre, engendraient chaleur, lumière, mouvement, toutes ces forces impondérables dont la somme représente LA VIE. le compris que la lumière, la chaleur et la vie qui pénètre tout être sont le pro duit de l’action galvanique se développant entre les photosphères de la masse parentale et ses satellites circonférentiels. Aussi, lorsque, dans la marche des temps, une planète échappe à l’attraction de la masse centrale, se désorbite, elle échappe en même temps, à toute action galvanique; et de cette absence d’action résulte l’obscurité, la nuit. La vie, c’est le mouve ment, etle mouvement, c’est la lumière et la chaleur. La lumière et la chaleur sont du magnétisme; et c’est à ce magnétisme que sont dues l’action et la réaction conséquentes entre la photo_sphère négative de la terre et la photosphère positive du soleil. Ce simple théorème, si semblable à une leçon d’écolier, régit tous les milliards de milliards de mondes en révolu— tion, de corps dans l’espace, et tout ce qui est en eux, dans l’immensité de l’univers. Mon imminente approche de la porte mystique où finit la vie humaine, et dont l’au delà se voile dans le royaume des ombres,m’arracha enfin à ces éblouis- . sautes, efi‘arentes visions. Mon pauvre corps agoni sant réclama sapart de sympathie, fit valoir ses droits à n’être point oublié. Un dernier effort instinctif me traina de nouveau vers les bords de la rivière, lors— I
212 - L’INlTIATION qu’un bruit étrange, un bruit de carillon, ébranla mon oreille, me rappelant la façon dont, maintes autres fois, j’avais été averti de la présence d'un esprit. Cette fois cependant, il me sembla entendre comme la voix de très lointaines cloches, carillonnant dans une grande cité un chant de fête et d’allégresse. Le son en était très éloigné, mais singulièrement adouci par la distance, et d’autant plus mélodieux, se fon dant presque en échos. Mes oreilles l’entendirent, bien qu’assourdies et hébétées. Un autre bruit plus distinct, comme le bruissement d’ailes puissantes survint alors. Mes yeux restaient clos. Je pus voir cependant, à travers mes paupières alourdies, d’im menses nappes d’une lumière étincelante, couvrant, tels de gigantesques éventails, toute la partie septen trionale du firmament. J’eus tout d'abord la pensée, si je puis appeler pensée la faible lueur qui éclairait encore mon cer veau encombré des ombres de la mort, j’eus la pensée, dis—je, que j’assistais au grandiose développement d’une aurore boréale, lorsque, soudain, cette lumière se ramassa, se condensa, figurant un être à forme humaine de stature gigantesque, constitué par une masse lumineuse, éclatante de splendeur et de gloire: « Je suis Métrone, le génie du Nord, » me fut-il dit, dela mêmevoiecarillonnante, harmonieusequ’avaient les cloches lointaines : « Je suis ton esprit gardien, le chef des Élémentaires parmi lesquels ton âme a erré si longtemps. Tu n’as point rêvé ni imaginé ce que tu as vu. Lorsque, à la lumière de la vérité spirituelle, tous les secrets de la nature seront dévoilés, on recon
3au PAYS DES ESPRITS 13 "'æ:'I‘t- ‘. naîtra que la matière n’est que le fantôme de la créa tion, que l’esprit en est la substance. Les visions du corps sont troubles, incertaines, variables ; celles de l‘âme sont réelles, bien que souvent dégradées et déviées par l’effet des rayons prismatiques de la ma— tière. Tu as bu à la fontaine de la vérité, pour la première fois dans ta vie, seul et sans l’aide de la volonté d’un autre. Patience encore quelque temps, tu n’as plus qu’une brève période probatoire à subir, et tu vivras, marcheras, apprendras et sauras par le seul enseignement de l’esprit. « Je suis celui à qui a été confiée la tâche de guider ton esprit à travers les premiers plans de l‘univers. Courage donc et confiance, mon bien-aimé ! Mainte nant repose-toi et dors l Dans les temps futurs, _lorsque tu revivras, lorsque tu seras seul, appelle moi, appelle ton esprit gardien, et Métrone, génie du Nord, te répondra toujours. » La nuit, un froid mortel, un silence profond comme le néant, se répandirent par tout mon être. Que me rap« pelé-je encore? Je vais tâcher de réveiller ma mémoire. Une voix infiniment plus mélodieuse, plus douce, plus tendre que celle de Métrone, murmura à mon oreille: « Louis, mon pauvre bien—aimé Louis! tes épreuves touchent à leur terme, et bientôt pour toi viendra le repos. » Parlai-je ? Répondis-je P Je ne saurais dire si ma bouche s’ouvrit, ce fut certainement pour dire: « 0 Constance ! laissez-moi mourir, laissez-moi entrer dans l‘éternel repos 1 » (A suivre.)
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1AU PAYS DES ESPRITS Il \ de lumière a laquelle notre pauvre, morne planète doit sa diurne clarté. Je compris que par saturation mutuelle, les courants magnétiques, émanés de cette rayonnante sphère solaire, se combinant avec notre magnétisme terrestre, engendraient chaleur, lumière, mouvement, toutes ces forces impondérables dont la somme représente LA VIE. le compris que la lumière, la chaleur et la vie qui pénètre tout être sont le pro duit de l’action galvanique se développant entre les photosphères de la masse parentale et ses satellites circonférentiels. Aussi, lorsque, dans la marche des temps, une planète échappe à l’attraction de la masse centrale, se désorbite, elle échappe en même temps, à toute action galvanique; et de cette absence d’action résulte l’obscurité, la nuit. La vie, c’est le mouve ment, etle mouvement, c’est la lumière et la chaleur. La lumière et la chaleur sont du magnétisme; et c’est à ce magnétisme que sont dues l’action et la réaction conséquentes entre la photo_sphère négative de la terre et la photosphère positive du soleil. Ce simple théorème, si semblable à une leçon d’écolier, régit tous les milliards de milliards de mondes en révolu— tion, de corps dans l’espace, et tout ce qui est en eux, dans l’immensité de l’univers. Mon imminente approche de la porte mystique où finit la vie humaine, et dont l’au delà se voile dans le royaume des ombres,m’arracha enfin à ces éblouis- . sautes, efi‘arentes visions. Mon pauvre corps agoni sant réclama sapart de sympathie, fit valoir ses droits à n’être point oublié. Un dernier effort instinctif me traina de nouveau vers les bords de la rivière, lors— I
212 - L’INlTIATION qu’un bruit étrange, un bruit de carillon, ébranla mon oreille, me rappelant la façon dont, maintes autres fois, j’avais été averti de la présence d'un esprit. Cette fois cependant, il me sembla entendre comme la voix de très lointaines cloches, carillonnant dans une grande cité un chant de fête et d’allégresse. Le son en était très éloigné, mais singulièrement adouci par la distance, et d’autant plus mélodieux, se fon dant presque en échos. Mes oreilles l’entendirent, bien qu’assourdies et hébétées. Un autre bruit plus distinct, comme le bruissement d’ailes puissantes survint alors. Mes yeux restaient clos. Je pus voir cependant, à travers mes paupières alourdies, d’im menses nappes d’une lumière étincelante, couvrant, tels de gigantesques éventails, toute la partie septen trionale du firmament. J’eus tout d'abord la pensée, si je puis appeler pensée la faible lueur qui éclairait encore mon cer veau encombré des ombres de la mort, j’eus la pensée, dis—je, que j’assistais au grandiose développement d’une aurore boréale, lorsque, soudain, cette lumière se ramassa, se condensa, figurant un être à forme humaine de stature gigantesque, constitué par une masse lumineuse, éclatante de splendeur et de gloire: « Je suis Métrone, le génie du Nord, » me fut-il dit, dela mêmevoiecarillonnante, harmonieusequ’avaient les cloches lointaines : « Je suis ton esprit gardien, le chef des Élémentaires parmi lesquels ton âme a erré si longtemps. Tu n’as point rêvé ni imaginé ce que tu as vu. Lorsque, à la lumière de la vérité spirituelle, tous les secrets de la nature seront dévoilés, on recon
3au PAYS DES ESPRITS 13 "'æ:'I‘t- ‘. naîtra que la matière n’est que le fantôme de la créa tion, que l’esprit en est la substance. Les visions du corps sont troubles, incertaines, variables ; celles de l‘âme sont réelles, bien que souvent dégradées et déviées par l’effet des rayons prismatiques de la ma— tière. Tu as bu à la fontaine de la vérité, pour la première fois dans ta vie, seul et sans l’aide de la volonté d’un autre. Patience encore quelque temps, tu n’as plus qu’une brève période probatoire à subir, et tu vivras, marcheras, apprendras et sauras par le seul enseignement de l’esprit. « Je suis celui à qui a été confiée la tâche de guider ton esprit à travers les premiers plans de l‘univers. Courage donc et confiance, mon bien-aimé ! Mainte nant repose-toi et dors l Dans les temps futurs, _lorsque tu revivras, lorsque tu seras seul, appelle moi, appelle ton esprit gardien, et Métrone, génie du Nord, te répondra toujours. » La nuit, un froid mortel, un silence profond comme le néant, se répandirent par tout mon être. Que me rap« pelé-je encore? Je vais tâcher de réveiller ma mémoire. Une voix infiniment plus mélodieuse, plus douce, plus tendre que celle de Métrone, murmura à mon oreille: « Louis, mon pauvre bien—aimé Louis! tes épreuves touchent à leur terme, et bientôt pour toi viendra le repos. » Parlai-je ? Répondis-je P Je ne saurais dire si ma bouche s’ouvrit, ce fut certainement pour dire: « 0 Constance ! laissez-moi mourir, laissez-moi entrer dans l‘éternel repos 1 » (A suivre.)
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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