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1Î I 96 L,INlTIATlON Hégel, Shelling, Fichte et leurs disciples l"ont indiquée plus ou moins clairement. Mais la démonstration complète de Finconscience du Tout était réservée au pessimisme, qui a pénétré dans les plus intimes profondeurs de la source des choses. Nous voilà loin du fameux axiome: «Le þÿû n i ne peut comprendre þÿ l ' l nû n i . : : C ' e s t que, selon M. de Hartmann, nous avons en nous de þÿ l ' i nû n i , c ' e s t - à - d i r e de l'inconscient, puisque c"est identiquement la même chose. C'est par ce côté inconscient de notre nature, instinct, intuition, génie, que nous pénétrons dans Pinconscience de l'Absolu, et que nous pouvons découvrir sa manière d'être, ou plutôt de ne pas être, car l'Un qui est tout n'est absolument rien, si l'on en croit la définition donnée par la philosophie de l'inconscz`ent : « Il n'est ni grand ni petit, ni dans un lieu ni dans un autre, ni þÿû n i ni þÿ i nû n i , ni présent sous une forme, ni en un point, ni quelque part, ni nulle part. þÿ : : On comprend que ce néant soit inconscient de luimême; mais ce que l'on comprend moins, c'est qufune conscience puisse le concevoir. * Et pourtant, dans ce rien qui va produire le tout, une chose, et même deux choses sommeillent. Schopenhauer n'en a vu qu'une; M. de Hartmann en a vu deux. Schopenhauer a vu la volonté; à côté d'elle, ou plutôt au-dessous d'elle, M. de Hartmann a vu de plus l'Idée, chacune inconsciente, bien entendu. Il n'y a que de Pinconscient dans l"inconscience universelle. Et c'est, avons-nous dit, la Volonté qui a fait tout le mal, en s'éveillant un beau matin. si l'on peut se
2IÎINCONSCIENT EN ALLEMAGNE 197 servir de cette expression dans l'état du non-être où il n'y a ni jour ni nuit, en s'éveillant þÿ e nû n dans un moment donné, quoiqu"íl n'y ait pas de moments quand le temps n'existe pas encore, en s'éveillant n'importe où et n'importe comment, pour vouloir vivre. Si cette velléité ne lui était pasuvenue, et elle pouvait ne pas lui venir, rien de ce qui fut, est et sera n'aurait connu l'existence, et nous serions tous encore plongés dans l'on ne sait quoi, inerte et sans forme, ni þÿû n i s rii þÿ i nû n i s , ni quelque part ni nulle part. «' La volonté en soi, enseigne la métaphysique pessimiste, pouvait vouloir et, par suite aussi, ne pas vouloir. Le vouloir vivre est la volonté qui s'est déterminée à vouloir. þÿ : : Pourquoi la volonté a-t-elle .voulu vouloir? Ceci, nous ne pouvons le dissimuler, est le côté faible de la doctrine: une volonté qui veut, sans qu'une idée quelconque l'ait induite à vouloir _ car, dans l'acte de la volonté, l'idée, dont la présence dans l,Absolu niée par Schopenhauer est affirmée par M. de Hartmann, n'intervient pas encore; la volonté va l'éveiller tout à l'heure pour la forcer de lui prêter son concours, - la volonté, disons-nous, tout inconsciente qu'elle soit, n"a aucun motif pour se permettre de vouloir vivre, ignorant complètement, puisqu'elle ignore tout, ce que peut bien être la vie. Du reste, elle serait impardonnable si, le sachant, elle s'obstinait à la vouloir. ' De motif, elle n'en a pas, le pessimisme en convient; c'est le hasard qui la décide. Shelling, qui n'est pas pessimiste, a exprimé la même opinion : -
3198 L,lNlTI.TXON « Le vouloir, a-t-il dit, qui est pour nous le commencement d'un Monde, est le hasard en soi. þÿ : Voilà encore une chose qui sommeillait dans l'Inconscient, et la plus importante de toutes, puisque c'est elle qui fait que la volonté veut. Mais alors ce n'est pas à la volonté, c'est au hasard en soi que nous devons le triste cadeau de la Vie, et, cette fois, nous avons bien affaire à Finconscience absolue. Qu'y a-til de plus inconscient que le hasard P Enfin, d'où qu'il vienne, le mal est fait : la volonté a voulu. Mais, si l'on peut vouloir sans le secours de l'idée, ce qui est déjà bien difficile, il est complètement impossible de réaliser son désir sans avoir l'idée de ce que l'on veut. La Volonté appelle donc l'Idée qui sommeille à côté d'elle; et, comme celle-ci, qui n'a pourtant pas de volonté, pas plus que la volonté n'a d'idée, ne veut pas entendre parler de vivre, la volonté lui fait violence, « l'attire et la saisit þÿ : : . « On voit clairement ici, dit M. de Hartmann, que la volonté et l'idée sont dans le rapport du principe masculin et du principe féminin. » Si cela se voit ! Pauvre féminin l déjà victime,même dans le sein de l'absolu ! Et nous prétendons qu'elles ont tort de se plaindre! Elle cède donc. Mais qu"on ne lui jette pas la pierre ; c'est pour un motif si louable, que son péché lui sera remis. « L'idée, ajoute M. de Hartmann, qui, avant l'existence réelle est dans un état diinnocence bienheu« reuse, sacrifie cette innocence virginale pour sauver à la þÿû n la volonté, qui ne peut se sauver ellemême. »
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Î I 96 L,INlTIATlON Hégel, Shelling, Fichte et leurs disciples l"ont indiquée plus ou moins clairement. Mais la démonstration complète de Finconscience du Tout était réservée au pessimisme, qui a pénétré dans les plus intimes profondeurs de la source des choses. Nous voilà loin du fameux axiome: «Le þÿû n i ne peut comprendre þÿ l ' l nû n i . : : C ' e s t que, selon M. de Hartmann, nous avons en nous de þÿ l ' i nû n i , c ' e s t - à - d i r e de l'inconscient, puisque c"est identiquement la même chose. C'est par ce côté inconscient de notre nature, instinct, intuition, génie, que nous pénétrons dans Pinconscience de l'Absolu, et que nous pouvons découvrir sa manière d'être, ou plutôt de ne pas être, car l'Un qui est tout n'est absolument rien, si l'on en croit la définition donnée par la philosophie de l'inconscz`ent : « Il n'est ni grand ni petit, ni dans un lieu ni dans un autre, ni þÿû n i ni þÿ i nû n i , ni présent sous une forme, ni en un point, ni quelque part, ni nulle part. þÿ : : On comprend que ce néant soit inconscient de luimême; mais ce que l'on comprend moins, c'est qufune conscience puisse le concevoir. * Et pourtant, dans ce rien qui va produire le tout, une chose, et même deux choses sommeillent. Schopenhauer n'en a vu qu'une; M. de Hartmann en a vu deux. Schopenhauer a vu la volonté; à côté d'elle, ou plutôt au-dessous d'elle, M. de Hartmann a vu de plus l'Idée, chacune inconsciente, bien entendu. Il n'y a que de Pinconscient dans l"inconscience universelle. Et c'est, avons-nous dit, la Volonté qui a fait tout le mal, en s'éveillant un beau matin. si l'on peut se
2IÎINCONSCIENT EN ALLEMAGNE 197 servir de cette expression dans l'état du non-être où il n'y a ni jour ni nuit, en s'éveillant þÿ e nû n dans un moment donné, quoiqu"íl n'y ait pas de moments quand le temps n'existe pas encore, en s'éveillant n'importe où et n'importe comment, pour vouloir vivre. Si cette velléité ne lui était pasuvenue, et elle pouvait ne pas lui venir, rien de ce qui fut, est et sera n'aurait connu l'existence, et nous serions tous encore plongés dans l'on ne sait quoi, inerte et sans forme, ni þÿû n i s rii þÿ i nû n i s , ni quelque part ni nulle part. «' La volonté en soi, enseigne la métaphysique pessimiste, pouvait vouloir et, par suite aussi, ne pas vouloir. Le vouloir vivre est la volonté qui s'est déterminée à vouloir. þÿ : : Pourquoi la volonté a-t-elle .voulu vouloir? Ceci, nous ne pouvons le dissimuler, est le côté faible de la doctrine: une volonté qui veut, sans qu'une idée quelconque l'ait induite à vouloir _ car, dans l'acte de la volonté, l'idée, dont la présence dans l,Absolu niée par Schopenhauer est affirmée par M. de Hartmann, n'intervient pas encore; la volonté va l'éveiller tout à l'heure pour la forcer de lui prêter son concours, - la volonté, disons-nous, tout inconsciente qu'elle soit, n"a aucun motif pour se permettre de vouloir vivre, ignorant complètement, puisqu'elle ignore tout, ce que peut bien être la vie. Du reste, elle serait impardonnable si, le sachant, elle s'obstinait à la vouloir. ' De motif, elle n'en a pas, le pessimisme en convient; c'est le hasard qui la décide. Shelling, qui n'est pas pessimiste, a exprimé la même opinion : -
3198 L,lNlTI.TXON « Le vouloir, a-t-il dit, qui est pour nous le commencement d'un Monde, est le hasard en soi. þÿ : Voilà encore une chose qui sommeillait dans l'Inconscient, et la plus importante de toutes, puisque c'est elle qui fait que la volonté veut. Mais alors ce n'est pas à la volonté, c'est au hasard en soi que nous devons le triste cadeau de la Vie, et, cette fois, nous avons bien affaire à Finconscience absolue. Qu'y a-til de plus inconscient que le hasard P Enfin, d'où qu'il vienne, le mal est fait : la volonté a voulu. Mais, si l'on peut vouloir sans le secours de l'idée, ce qui est déjà bien difficile, il est complètement impossible de réaliser son désir sans avoir l'idée de ce que l'on veut. La Volonté appelle donc l'Idée qui sommeille à côté d'elle; et, comme celle-ci, qui n'a pourtant pas de volonté, pas plus que la volonté n'a d'idée, ne veut pas entendre parler de vivre, la volonté lui fait violence, « l'attire et la saisit þÿ : : . « On voit clairement ici, dit M. de Hartmann, que la volonté et l'idée sont dans le rapport du principe masculin et du principe féminin. » Si cela se voit ! Pauvre féminin l déjà victime,même dans le sein de l'absolu ! Et nous prétendons qu'elles ont tort de se plaindre! Elle cède donc. Mais qu"on ne lui jette pas la pierre ; c'est pour un motif si louable, que son péché lui sera remis. « L'idée, ajoute M. de Hartmann, qui, avant l'existence réelle est dans un état diinnocence bienheu« reuse, sacrifie cette innocence virginale pour sauver à la þÿû n la volonté, qui ne peut se sauver ellemême. »
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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